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Tout avait pourtant si bien commencé. De l'automne 2025 au printemps 2026, des précipitations efficaces ont permis de bien recharger les nappes phréatiques. Assez pour aborder l'été plutôt sereinement.
Et puis, la vague de chaleur de fin mai 2026 est survenue, suivie par un été caniculaire, ponctuée de vagues de fraîcheur. Un été sans précédent qui a mis le pays à feu et à sec.
Alors que septembre s'achève, les pluies se font cruellement attendre et les stocks d'eau s'amenuisent à vue d'oeil. Les restrictions sur leur usage n'est plus qu'une grosse tache rouge sur la carte publiée quotidiennement par les services de l'Etat. Nos départements ne font pas exception, même si certains s'en sortent légèrement mieux que d'autres.
Dans le Rhône, pour l'instant, «ça tient»
C'est saisissant : faute de pluie, plus de la moitié du Rhône est en situation de crise. Sur l'échelle des alertes sécheresse, c'est la pire, celle qui entraîne une utilisation de l'eau limitée aux besoins vitaux : boire, se laver et assurer la sécurité. Pour le reste, c'est NON. Et c'est le nord du territoire qui est le plus affecté.
Le Sud-Est, lui, est en alerte renforcée, le dernier stade avant l'état de crise qui limite les plages horaires d’arrosage et interdit certains usages, même le soir. Des mesures prises face aux niveaux extrêmement bas des cours d'eau.
Car, paradoxalement, les nappes phréatiques affichent globalement des niveaux proches de la normale. Pas de quoi pavoiser pour autant. L'inertie de ces poches expliquent en partie leur résistance actuelle face aux éléments. Mais une sécheresse prolongée pourrait les pousser dans le rouge.
Petit lexique hydrologique
Pluies efficaces : la quantité d’eau fournie par les précipitations qui reste disponible, à la surface du sol, après soustraction des pertes par évapotranspiration réelle.
Evapotranspiration : quand les végétaux perdent de l'eau sous forme de vapeur transférée vers l'atmospère.
Nappe phréatique : non, il ne s'agit pas d'un « lac » souterrain. C'est en fait une partie du sol saturé en eau : les interstices entre les grains solides en sont entièrement remplis.
Aquifère : se dit d'une roche réservoir contenant de l'eau. Ces formations géologiques sont assez perméables et poreuses (ou fissurées) pour stocker l'eau et la laisser circuler.
Nappe réactive : elle peut se recharger rapidement lors de fortes pluies mais est également très sensible à la sécheresse. Du coup, son taux de remplissage peut varier très rapidement sur une même saison. On retrouve ce type de nappes dans des aquifères de sables, graviers, calcaires karstiques...
Nappe inertielle : elle réagit lentement et nécessite une longue période pour se recharger ou se vidanger. On retrouve ce type de nappe dans des aquifères de craie, calcaire non-karstique et grès.
Recharge : c'est la période où les nappes se remplissent. Elle se déroule, en général, à partir de septembre-octobre jusqu'à mars-avril, lorsque les températures baissent et que l'activité des plantes ralentit. L'infiltration des eaux de pluie est la plus efficace.
Vidange : c'est la période comprenant le printemps et l'été, au moment où les températures grimpent et la végétation se réactive. L'infiltration des eaux de pluie est limitée.
Dans l'Ain, des niveaux modérément bas
Qu'il s'agisse des nappes phréatiques ou des cours d'eau, dans l'Ain les niveaux sont globalement juste en dessous de la moyenne. « Seuls » quatre ruisseaux et rivières sont asséchés sur certaines portions : au Nord-Ouest, le Solnan, au Sud-Est, l'Albarine et le Groin, et au Nord-Est la Semine. Une situation « moins pire » que dans d'autres départements comme la Haute-Loire ou le Jura ; mais loin d'être rêvée.
Seul le secteur de Dombes-Sud est placé en alerte renforcée. Le reste du territoire, lui, reste en vigilance. Mais la sécheresse met à mal le secteur agricole.
Le Jura parmi les départements les plus touchés
Au sortir de cet été de fin du monde, le Jura s'affiche parmi les départements les plus touchés par la sécheresse. Ses ressources ont été profondément dégradées, poussant même certaines communes à faire appel à des camions-citernes pour recevoir de l'eau potable.
Si la baisse relative des températures ralentit le phénomène de vidange, l'absence de pluie maintient une situation difficile. Du coup, l'ensemble du territoire est classé en crise, même si, localement, on observe des mesures de restriction adaptées. C'est que le niveau des nappes phréatiques est proche du seuil critique quand les eaux de surface, elles, sont dans un état dramatique.
Dans la Loire, la pire crise depuis 20 ans
Le niveau de la Loire, en amont du barrage de Villerest, est particulièrement bas. Photo Claude Essertel
La Loire n'avait pas vu ça depuis au moins 20 ans : des coupures d'eau ponctuelles, des livraisons d'eau potable dans plusieurs villages à travers le territoire, des eaux de surface à bout... La sécheresse a eu et continue d'avoir un sérieux impact sur les stocks.
Situé en Haute-Loire, le barrage de Lavalette, principal réservoir de la métropole stéphanoise, n'affiche plus que 30% de remplissage quand celui de Villerest n'est plus qu'à 28%. Curieusement, onze des autres structures ligériennes affichent des taux encore satisfaisants.
Si des précipitations durables et efficaces venaient enfin à tomber, la situation pourrait rapidement revenir au positif. C'est l'avantage des réserves de surface. Mais si la sécheresse venait à se prolonger...
Mi-septembre, dans le secteur de la Bombarde, dans le Roannais, le syndicat des eaux tirait la sonnette d'alarme en indiquant qu'il ne restait plus que 40 à 50 jours de stockage, avec le risque, à moyen terme, que 23 communes ne soient plus alimentées.
Comme partout, la Loire est sur le fil et l'eau n'est plus prise pour argent comptant. Du coup, pour préserver un maximum les ressources, le Forez a été placé en situation de crise alors que le reste du territoire est en alerte renforcée.
En Haute-Loire, les restrictions sont renforcées
La Haute-Loire a elle aussi été très affectée par la sécheresse. Eaux de surface et souterraines sont actuellement au plus bas, tant et si bien que les restrictions ont été renforcées la semaine dernière.
L'ensemble du territoire, à l'exception des bassins de l'Alagnon et de la Dore, en crise, a été placé en alerte renforcée.
L'impact sur l'agriculture locale de cette sécheresse, la pire depuis au moins 40 ans, est lourd, avec des rendements qui s'annoncent inquiétants. Tout en gardant les yeux rivés sur le ciel, dans l'espoir de pluies qui, décidément, se font trop attendre, se posent des questions pour l'avenir. Multiplication des retenues d'eau ou gestion plus raisonnée, les idées se confrontent.


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