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Des éleveurs morbihannais veulent reprendre la main sur la dernière étape de la vie de leurs animaux. Leur projet d’abattage à la ferme entre dans une nouvelle phase.
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Par Arnaud Marlet Publié le 18 juil. 2026 à 18h10
L’idée n’est pas sortie d’un laboratoire ou d’un bureau d’études. Elle est née des échanges entre agriculteurs. Il y a trois ans, lors de réunions organisées par le Groupement des agriculteurs biologiques (GAB 56), plusieurs éleveurs ont exprimé un même besoin : pouvoir conserver la maîtrise de la dernière étape de la vie de leurs animaux. De cette réflexion est née l’association AALVie (Abattage des animaux sur leur lieu de vie), qui rassemble aujourd’hui une cinquantaine d’éleveurs de différentes productions et poursuit un objectif précis : permettre la mise à mort des animaux sur leur ferme avant leur transfert vers un abattoir partenaire.
« Le projet est vraiment né d’une demande du terrain, explique Fanny Gatel, éleveuse laitière à Pluneret. Les éleveurs souhaitaient que le GAB travaille sur cette question de l’abattage à la ferme. Petit à petit, le groupe s’est structuré avant de créer une association dédiée ».
Contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, le projet ne consiste pas à créer un abattoir mobile complet. Seule la mise à mort est réalisée sur l’exploitation. La carcasse est ensuite transportée rapidement vers un abattoir où sont effectuées les opérations d’éviscération, de dépouille et de découpe dans le respect de la réglementation.
Réduire le stress sans opposer élevage et abattoirs
Les promoteurs du projet insistent sur un point : leur démarche ne constitue pas une remise en cause du travail réalisé dans les abattoirs.
« Les transporteurs et les abattoirs font correctement leur travail. Ce que nous remettons en question, c’est le fait de devoir transporter des animaux vivants », résume Fanny Gatel.
Pour les éleveurs engagés dans la démarche, le simple fait de quitter l’exploitation constitue déjà une source de stress : changement d’environnement, chargement, transport, arrivée dans un lieu inconnu. L’objectif est donc de supprimer cette étape en réalisant la mise à mort dans un environnement familier avant d’acheminer uniquement la carcasse vers l’abattoir.
Au-delà du bien-être animal, cette réflexion répond aussi à une attente exprimée par de nombreux éleveurs.
« Nous avions le sentiment d’être dépossédés de cette étape. Nous faisons tout pour assurer le bien-être de nos animaux pendant toute leur vie et, au moment le plus compliqué, nous ne pouvons plus intervenir. Pour certains, il y avait même un sentiment de trahison envers leurs animaux ». Cette dimension éthique constitue le moteur du projet, bien avant les considérations commerciales.
Un caisson mobile plutôt qu’un abattoir roulant
Techniquement, le dispositif prend la forme d’une remorque spécialement conçue pour accueillir un bovin sans lui demander de monter sur un plancher. L’animal reste les pieds au sol, dans une cage de contention adaptée. La procédure d’étourdissement puis de saignée est identique à celle pratiquée en abattoir. Le sang est récupéré dans un double fond de la remorque avant le départ vers l’abattoir partenaire.
Le respect de la réglementation impose ensuite un acheminement rapide de la carcasse.
« L’éviscération doit intervenir dans les deux heures. En pratique, cela limite le rayon d’action à environ une heure ou une heure quinze autour de l’abattoir partenaire », précise Fanny Gatel.
Le projet est aujourd’hui développé en lien avec l’abattoir de Rostrenen, qui a participé aux travaux préparatoires, mais l’abattoir de Vannes pourrait également accueillir les carcasses pour les exploitations morbihannaises.
Un projet construit avec de nombreux partenaires
Depuis trois ans, les porteurs du projet travaillent avec une ergonome, l’Aract, les directions départementales de la protection des populations des Côtes-d’Armor et du Morbihan ainsi que plusieurs professionnels de la filière afin de sécuriser chaque étape du futur dispositif. La carrosserie Lair et l’entreprise Socober sont associées à la conception du premier prototype destiné aux bovins.
Une fois cette première version validée, l’association souhaite adapter le concept aux ovins, caprins puis aux porcins.
Le financement participatif pour franchir une nouvelle étape
Pour passer du concept au prototype, AALVie lance, du 15 juillet au 15 octobre, une campagne de financement participatif sur HelloAsso. Les fonds permettront de financer les plans techniques détaillés puis la fabrication du premier caisson mobile. L’association estime le coût des études à environ 20 000 euros et celui du prototype à près de 50 000 euros.
À terme, les éleveurs espèrent pouvoir valoriser les animaux issus de cette démarche grâce à une mention du type « Né, élevé et abattu à la ferme ».

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