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Dans le désert du Nevada, 828 essais souterrains menés entre 1951 et 1992 ont laissé un sol criblé de cratères d’effondrement

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Dans le désert du Nevada, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Las Vegas, le sol de Yucca Flat ressemble aujourd’hui à la surface de la Lune. Entre 1951 et 1992, ce site a accueilli 928 essais nucléaires, dont 828 souterrains et 100 atmosphériques, un record mondial pour un site unique. Les cicatrices de ce demi-siècle d’essais sont si vastes qu’elles restent nettement visibles sur les photographies aériennes et satellitaires, aux coordonnées 37° 06′ 40″ N, 116° 04′ 16″ O.

À retenir

  • Un désert américain transformé en surface lunaire : comment ?
  • Le cratère Sedan détient un record étonnant que vous ne soupçonniez pas
  • Sous terre, une menace silencieuse se propage depuis 70 ans

Sommaire

  1. Un record mondial gravé dans le sol du Nevada
  2. Sedan, la plus grande cicatrice artificielle des États-Unis
  3. Des centaines de cheminées effondrées sous Yucca Flat
  4. La nappe phréatique, sous surveillance depuis plus de trente ans

Un record mondial gravé dans le sol du Nevada

Tout commence le 27 janvier 1951, avec le largage d’une bombe d’un peu plus d’une kilotonne au-dessus de Frenchman Flat. Les essais atmosphériques se poursuivent jusqu’en 1962, date à laquelle le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires pousse le programme sous terre. Au total, ce sont 100 essais atmosphériques et 828 essais nucléaires souterrains qui ont été menés sur le site entre 1951 et 1992. Le dernier tir, baptisé Divider, a lieu le 23 septembre 1992, quelques jours avant l’instauration d’un moratoire américain sur les essais nucléaires. À lui seul, le bassin de Yucca Flat concentre 827 essais documentés, atmosphériques et souterrains, réalisés entre 1951 et 1992, soit près de 80 % du total du site.

Sedan, la plus grande cicatrice artificielle des États-Unis

Le 6 juillet 1962, un engin thermonucléaire de 104 kilotonnes est enfoui à 635 pieds de profondeur, soit environ 194 mètres, dans l’alluvion désertique de la zone 10. C’est l’essai Sedan, mené dans le cadre du programme Plowshare, censé démontrer l’utilité civile de l’arme nucléaire pour creuser des ports ou des canaux. L’explosion a déplacé environ 12 millions de tonnes de terre, créant un cratère de 1 280 pieds de diamètre et 320 pieds de profondeur, soit environ 390 mètres de large pour 98 mètres de fond. L’énergie sismique libérée équivalait à un séisme de magnitude 4,75. Le nuage de retombées radioactives s’est élevé à plus de 3 600 mètres avant de se déplacer vers l’est du pays. Ce cratère, aujourd’hui inscrit au Registre national des lieux historiques, reste le plus grand cratère d’origine humaine des États-Unis.

Des centaines de cheminées effondrées sous Yucca Flat

Le mécanisme qui façonne ce paysage n’a rien d’un impact venu du ciel. La chaleur de l’explosion nucléaire vaporise le sol et la roche environnants, créant une cavité sur laquelle le sol de surface finit par s’effondrer, un phénomène clairement visible sur les photographies aériennes et satellitaires qui donne à Yucca Flat un aspect proche de la surface lunaire. Ces dépressions ne sont donc pas des cratères d’impact mais des cratères de subsidence, ou d’affaissement, formés parfois des jours, parfois des années après le tir, quand le toit de la cavité souterraine cède sous son propre poids. Des centaines de bombes nucléaires y ont été détonées, dont 800 souterraines, chacune ou presque laissant sa propre trace en surface. La profondeur d’enfouissement des puits variait fortement selon la puissance attendue, de quelques centaines de mètres à plus de 700 mètres pour les charges les plus fortes, ce qui explique la diversité des cratères observés aujourd’hui sur le terrain.

La nappe phréatique, sous surveillance depuis plus de trente ans

Sous ces cratères, l’autre héritage des essais reste invisible à l’œil : la contamination des eaux souterraines. Le Département de l’Énergie américain conduit depuis des décennies un programme de suivi baptisé UGTA (Underground Test Area), qui échantillonne en continu les puits, sources naturelles et réseaux d’eau potable autour du site. Le tritium est aujourd’hui le seul radionucléide connu pour dépasser sa limite réglementaire à des points de prélèvement situés hors de la cavité d’essai souterraine, en raison de sa forte mobilité dans l’eau, même s’il pourrait encore migrer davantage à l’avenir. Les modélisations les plus récentes sont plutôt rassurantes : après plus de cinquante ans de prélèvements, le tritium reste le seul contaminant préoccupant en aval des zones d’essais, et il ne devrait plus dépasser sa limite réglementaire dans les eaux souterraines qu’après environ 120 ans. Sur le secteur de Pahute Mesa, l’une des dernières zones encore en phase de caractérisation active, le programme prévoit une transition vers une simple surveillance de long terme d’ici 2028.

Le site n’a pas pour autant été abandonné à son sort. Renommé Nevada National Security Site en août 2010, il reste géré par le Département de l’Énergie et continue d’héberger des recherches sur les armes nucléaires, menées par les laboratoires de Livermore, Los Alamos et Sandia, sans qu’aucun essai explosif n’y soit plus déclenché depuis 1992. La surveillance radiologique de l’air et de l’eau y est permanente, tout comme celle des dizaines de sites de gestion de déchets radioactifs disséminés sur ses 3 500 kilomètres carrés. Les cratères, eux, ne bougeront plus : certains servent même aujourd’hui de terrain d’analogie géologique pour étudier des cratères martiens, preuve que même une cicatrice de la guerre froide peut finir par intéresser les planétologues.

Sources : hoodmuseum.dartmouth.edu | guinguette-maraispoitevin.com

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