La Savoyarde pèse 18 835 kg, soit près de trois éléphants, et elle est suspendue dans le campanile du Sacré-Cœur depuis le début du XXe siècle. Pour la monter sur la butte Montmartre en octobre 1895, il a fallu un attelage de 28 chevaux. Le fondeur Paccard comme la Ville de Paris en font la plus grosse cloche de France, la plus lourde pour être exact.
Trois mètres de diamètre, 3,03 m précisément.
À retenir
- La Savoyarde pèse 18 835 kg et mesure 3,03 m de diamètre.
- Elle a été coulée à Annecy-le-Vieux en mai 1891, offerte par la Savoie.
- Sa montée sur Montmartre a demandé 28 chevaux et une centaine d’ouvriers.
- Elle est classée monument historique depuis le 18 juin 1999.
Sommaire
Une cloche offerte par la Savoie, coulée à Annecy-le-Vieux
Tout part de Chambéry. C’est l’archevêque de la ville, Mgr Leuillieux, qui a l’idée de doter la basilique parisienne d’une cloche hors norme, financée par la Savoie plutôt que par une souscription nationale. Le contrat est signé avec les frères Paccard, fondeurs à Annecy-le-Vieux, le 17 octobre 1889.
La coulée a lieu le 13 mai 1891. Le bronze qui sort du moule mesure 3,03 m de diamètre et 9,60 m de circonférence, des cotes à peine concevables quand on pense qu’un plafond d’appartement ordinaire plafonne autour de 2,50 m. Le battant, cette pièce qui vient frapper la paroi, pèse à lui seul 850 kg, presque une tonne. Quant au joug, la poutre qui la porte, il en affiche 4 650 kg, de quoi égaler près de quatre voitures citadines.
Additionnez le tout et la masse en mouvement atteint 25 765 kg. C’est ce chiffre, et non les 18 835 kg de la cloche nue, qui décrit ce que le beffroi doit réellement supporter quand la Savoyarde est lancée.
Le surnom vient de là, évidemment : la Savoie l’a offerte, Paris l’a hissée. Son nom de baptême, lui, est plus long et nettement moins connu : « Françoise-Marguerite du Sacré-Cœur ». Elle l’a reçu le 20 novembre 1895, un peu plus d’un mois après son arrivée sur la butte.
Quatre heures du matin, 28 chevaux et des torches
Le récit le plus précis de la montée vient d’un périodique néerlandais de 1895, aujourd’hui numérisé sur la bibliothèque DBNL. Le départ est donné à 4 h du matin. Vingt-huit chevaux sont attelés au chariot qui porte la cloche, et une centaine d’ouvriers l’accompagnent avec des torches et des lanternes. Le convoi atteint la butte après 6 h.
Une centaine d’hommes éclairaient la route en pleine obscurité.
Faisons le calcul, sans prétendre à la précision d’un ingénieur : 18 835 kg répartis sur 28 chevaux, cela donne environ 670 kg à tirer par animal. Et ce chiffre ne compte ni le chariot, ni la pente. La butte de Montmartre ne pardonne rien aux attelages lourds, même aujourd’hui aux cyclistes qui la gravissent à vide.
Sur la date, un mot de prudence. Plusieurs sources secondaires, dont Paris Zigzag, situent l’arrivée au 16 octobre 1895 et confirment l’attelage de 28 chevaux. Le périodique de 1895, lui, ne donne que l’heure, pas le quantième.
On lit çà et là des attelages de 25 chevaux selon les récits d’époque. Le chiffre de 28 est celui que retiennent les sources les plus solides, et c’est lui qui est resté dans la mémoire du quartier.
Installée, ménagée, classée
La cloche est-elle montée dans le campanile dès 1895 ? Pas tout de suite. Paccard indique une installation définitive en 1898, la Ville de Paris parle de 1907. Les deux dates ne s’accordent pas, ce qui permet seulement d’affirmer qu’elle est en place dans le campanile depuis le début du XXe siècle.
En 1947, il faut la réinstaller. La Savoyarde exerçait une pression excessive sur le beffroi, l’ossature qui la porte, et l’on a donc modifié son montage. Un bourdon de cette taille ne se contente pas de sonner : il secoue sa propre charpente à chaque volée.
Le 18 juin 1999, elle est classée monument historique. Paccard, qui l’avait coulée, la présente toujours comme la plus grosse cloche de France, plus d’un siècle après sa fonte.
Le chantier le plus récent concerne ses organes de sonnerie. Selon la Ville de Paris, dans une page mise à jour le 10 décembre 2025, les deux roues de sonnerie et les éléments en acier font l’objet d’une restauration complète. La remise en volée, c’est-à-dire le retour de la cloche en mouvement, y était annoncée pour Pâques. Je n’ai pas trouvé de confirmation que ce retour a bien eu lieu, il vaut donc mieux consulter les annonces de la basilique ou de la Ville avant de compter sur son timbre.
Un dernier détail de vocabulaire éclaire tous ces chiffres. Quand on parle des 18 835 kg de la Savoyarde, on parle du bronze seul. Ajoutez le battant de 850 kg et le joug de 4 650 kg, et la masse en mouvement monte à 25 765 kg, de quoi expliquer pourquoi le beffroi a dû être ménagé dès 1947.
Sources : sacre-coeur-montmartre.com | paccard.com


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