Dans Lauzanne, placé sous le signe de Georges Perec et du scrabble, Mathias Howald se souvient de son père, qui l’a initié à l’écrivain comme au jeu. De «polje» à «ta», les 14 brefs chapitres intitulés d’après les mots placés par son père sur une grille de scrabble au cours de son ultime partie ne sont pas un simple exercice de style. Ce livre qui mêle l’intime au politique est mince mais d’une remarquable densité, et chaque mot y pèse de tout son poids, ou de sa polysémie: «to scrabble», nous rappelle l’auteur, signifie aussi en anglais «gratter, racler, se battre ou lutter avec les griffes ou les mains».
Dans une relation pleine de pudeur, la bibliothèque et le jeu de scrabble étaient pour Mathias Howald et son père un territoire à habiter silencieusement en commun. Au scrabble, le père impressionnait le fils «par l’étendue de son vocabulaire et la vivacité de son esprit». Si de son père Mathias Howald ne peut dire s’il «était un homme heureux», il a «avec le temps […] appris à [se] satisfaire de ses explications incomplètes et de l’expression rare de ses sentiments». Dans un pays si fier de ses barrages et de ses galeries, le père, ingénieur civil «alors qu’il aurait peut-être pu devenir écrivain», se tenait derrière un «barrage de silence» ou au fond de «galeries intérieures» d’une profondeur insondable.


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