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Dans la roche d’un abri près de Barcelone dormait depuis plus de 40 000 ans une perche néandertalienne de 5,10 m dont il ne reste plus un seul copeau de bois

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Ni fossile de bois ni morceau pétrifié. À l’Abric Romaní, une falaise à environ 50 kilomètres à l’ouest de Barcelone, la perche de 5,10 m qui dormait dans la roche depuis plus de 40 000 ans n’existe plus que sous la forme d’un vide. Le bois a pourri depuis longtemps. Ce que les archéologues de l’IPHES-CERCA ont dégagé, c’est le moule minéral qu’il a laissé, assez précis pour montrer un objet écorcé et travaillé.

Au total, 597 restes de bois ont été recensés sur 16 niveaux archéologiques.

À retenir

  • Le bois a disparu, mais la roche a gardé son moule creux.
  • Une perche de 5,10 m, deux lances et une massue ont été identifiées.
  • Les occupations de l’abri s’étendent sur plus de 20 000 ans, entre 62 000 et 40 000 ans.

Sommaire

  1. Un moule de calcaire à la place du bois
  2. Une perche de 5,10 m, deux lances et une massue
  3. Des plateaux d’écorce et un bois sous-estimé

Un moule de calcaire à la place du bois

L’abri s’ouvre sous une falaise de travertin, un calcaire poreux qui se forme quand une eau chargée de minéraux enrobe branches, troncs et feuilles. Sur place, le carbonate de calcium a durci autour du bois pendant qu’il se décomposait. La matière organique a fini par disparaître, et la roche a gardé une copie creuse, parfois jusqu’à l’échelle des cellules. Les chercheurs lisent donc la forme des objets dans la pierre, comme on observe un moulage après avoir retiré la statue.

Jusqu’ici, l’essentiel des preuves de bois paléolithique venait de sites boueux au bord de lacs, où des Néandertaliens abattaient leurs proies à la lance. L’Allemagne, l’Italie et la Grèce en offrent des exemples, le bois s’y étant conservé dans la boue.

Le détail du moule a une conséquence pratique. Il permet de reconnaître les essences, et les auteurs identifient du pin sylvestre pour les foyers et les outils résistants, de l’écorce de genévrier pour les récipients. Sans cette finesse, on ne saurait même pas de quel arbre venaient les pièces.

L’Abric Romaní, lui, était un espace d’habitation, pas un site d’abattage. Les occupations s’y succèdent entre 62 000 et 40 000 ans environ, soit plus de 20 000 ans, soit quatre fois l’âge approximatif de l’écriture. Le site avait déjà livré une pointe de lance en os datée d’environ 50 000 ans. Il a fallu environ 40 ans de fouilles avant la première analyse complète du bois recueilli, menée sous la direction de Palmira Saladié.

Une perche de 5,10 m, deux lances et une massue

La perche de 5,10 m a été écorcée puis travaillée. Elle aurait servi de support à des structures en trépied, des pare-vent selon l’interprétation des auteurs. C’est près de 3 fois la taille d’un adulte actuel.

Elle fait partie de 13 objets façonnés isolés dans la masse des restes. On y trouve d’autres perches de structure, qui auraient soutenu des abris, et des bâtons pointus qui pourraient avoir servi à fouir.

Deux lances complètent l’inventaire. Selon le média catalan Ara, l’une est une lance d’estoc de 2,45 m, l’autre mesure 1,99 m. Elles côtoient une pièce que personne n’attendait.

Cette pièce est un objet de type massue, au manche et à la tête nettement façonnés, dont le manche mesure 16 cm, toujours selon Ara. Palmira Saladié parle d’une « pièce extraordinaire ». Les spécialistes ne disposent d’aucun équivalent, et le bois a disparu, de sorte que seule la forme du creux permet d’en juger. La fonction exacte reste à établir.

Les archéologues n’avaient jamais rien vu de comparable dans le registre préhistorique.

Des plateaux d’écorce et un bois sous-estimé

Quatre écorces carbonisées aplaties pourraient avoir servi de plateaux ou de récipients. D’après Palmira Saladié, ces plateaux auraient servi à isoler la nourriture de la saleté du sol.

Pour Vallverdú, chercheur de l’équipe, le bois pesait bien plus lourd dans la vie néandertalienne que ne le montre l’archéologie. La pierre survit extrêmement bien, alors que le bois disparaît le plus souvent, et les collections de musée en gardent la trace déformée. Les 13 objets de l’Abric Romaní comblent donc un angle mort, celui des abris, des ustensiles et des armes périssables.

Le procédé a toutefois ses limites. Les objets ne survivent souvent que sous forme de vides dans le sédiment, et certains détails ont été effacés avec le bois, rappelle une chercheuse citée par Science. Même pour la massue, les auteurs jugent difficile d’établir la fonction exacte, faute de point de comparaison. L’étude est parue dans Science Advances en 2026 (DOI 10.1126/sciadv.aeh2287).

Sources : ncbi.nlm.nih.gov | time.news

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