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Dans la constellation du Cancer s’embrase tous les 12 ans un astre de 18 milliards de soleils : ce qui déclenche le flash le traverse de part en part

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Un astre capable de briller comme un milliard d’étoiles réunies, et ce, avec une régularité presque mécanique : voilà qui a de quoi donner le vertige, même aux astrophysiciens les plus aguerris. Nichée à 3,5 milliards d’années-lumière de nous, dans la discrète constellation du Cancer, une paire de trous noirs orchestre depuis plus d’un siècle un ballet cosmique d’une violence inouïe. En cette rentrée où l’on scrute à nouveau le ciel avec une attention renouvelée, ce système baptisé OJ 287 revient sur le devant de la scène scientifique. Car ce qui s’y joue n’est pas une simple curiosité astronomique : c’est un véritable laboratoire à ciel ouvert pour tester les théories les plus fondamentales sur la gravité et la structure de l’univers.

À retenir

  • Le système OJ 287 abrite un trou noir de 18 milliards de masses solaires et un compagnon de 150 millions de masses solaires, dont les éruptions lumineuses proviennent du passage périodique du petit trou noir à travers le disque d’accrétion du plus massif
  • Ces éruptions suivent une double périodicité, environ 12 ans et environ 55 ans, permettant aux astronomes de prédire certaines dates avec précision, bien qu’une éruption attendue en octobre 2022 ne se soit pas produite
  • Ce système sert de test pour la relativité générale et le théorème de la calvitie des trous noirs, avec une nouvelle échéance majeure attendue entre 2026 et 2028

Un géant endormi dans la constellation du Cancer

Pour saisir l’ampleur du phénomène, il faut d’abord se figurer la masse en jeu. Au cœur de OJ 287 trône un trou noir supermassif dont la masse avoisine 18 milliards de fois celle du Soleil, ce qui en fait l’un des objets les plus lourds jamais recensés dans l’univers observable. Pour donner un ordre d’idée, ce monstre gravitationnel dépasse largement la masse du trou noir central de notre propre galaxie, Sagittarius A*, pourtant déjà considéré comme un poids lourd cosmique.

Ce géant ne trône pas seul. Il est accompagné d’un second trou noir, dix fois plus petit mais loin d’être négligeable avec ses 150 millions de masses solaires, soit tout de même plusieurs dizaines de fois la masse de Sagittarius A*. Les deux astres forment ce que les astronomes appellent un système binaire, une configuration où deux objets massifs s’orbitent mutuellement, liés par une attraction gravitationnelle colossale. C’est cette danse à deux, observée depuis 1888, qui va provoquer l’un des phénomènes lumineux les plus spectaculaires jamais documentés.

Quand un trou noir en perfore un autre de part en part

Voici le cœur du mystère, et sa résolution. Le trou noir géant est entouré d’un disque d’accrétion, cette gigantesque galette de gaz et de poussière en orbite qui alimente peu à peu l’appétit insatiable de l’astre central. Or, à chaque révolution du petit trou noir autour de son compagnon massif, celui-ci traverse littéralement ce disque, et ce, à deux reprises par orbite.

Ce passage n’a rien d’anodin. En perforant le disque d’accrétion, le petit trou noir provoque une perturbation si brutale qu’elle libère une quantité d’énergie phénoménale, sous forme d’un flash de lumière dont l’éclat surpasse celui d’un milliard d’étoiles. Imaginez une aiguille traversant à toute vitesse une couche de gaz surchauffé : l’impact génère une onde de choc qui embrase littéralement la matière environnante. C’est précisément ce mécanisme qui explique le titre énigmatique de cet article, ce qui déclenche le flash traverse bel et bien l’astre de part en part, ou plus exactement son disque de matière incandescente.

Douze ans, montre en main : l’horloge cosmique la plus précise de l’univers

Ce qui distingue OJ 287 de la plupart des phénomènes cosmiques violents, c’est sa régularité. Il y a plus de quarante ans, l’astronome finlandais Aimo Sillanpää a mis en évidence une double périodicité dans ces éruptions : l’une d’environ 12 ans, correspondant à la période orbitale du petit trou noir, et une autre plus longue, d’environ 55 ans. Cette découverte a transformé OJ 287 en une sorte d’horloge cosmique, dont les battements peuvent être anticipés avec une précision remarquable.

Une équipe dirigée par Mauri Valtonen, de l’Université de Turku en Finlande, a ainsi réussi à prédire avec exactitude les dates de plusieurs de ces éruptions périodiques. Mais la nature garde toujours une part d’imprévu : une éruption attendue en octobre 2022 ne s’est finalement pas produite, ce qui a contraint les chercheurs à revoir à la baisse leurs estimations de la masse du trou noir central. Ce contretemps a d’ailleurs conduit à une nouvelle interprétation des éruptions à double pic, avec une échéance majeure désormais attendue entre 2026 et 2028, une fenêtre que les astronomes surveillent de très près en ce moment. Plus récemment encore, en 2025, un réseau de radiotélescopes plus vaste que la Terre elle-même a permis d’obtenir les toutes premières images radio de ce système binaire, grâce à un dispositif virtuel dont la résolution équivaut à la moitié de l’orbite lunaire, une prouesse technique qui donne enfin un visage à ce ballet jusque-là invisible.

Ce que OJ 287 révèle sur Einstein et les limites de la physique actuelle

Au-delà du spectacle qu’il offre, OJ 287 constitue un terrain d’expérimentation unique pour la relativité générale. Les astrophysiciens s’en servent notamment pour tester le fameux théorème de la calvitie, une théorie qui postule qu’un trou noir en rotation ne peut être décrit que par trois paramètres seulement, sa masse, sa charge et son moment angulaire, sans aucune autre caractéristique distinctive. Autrement dit, deux trous noirs de même masse et de même rotation seraient rigoureusement identiques, aussi chauves l’un que l’autre, dépourvus de toute signature particulière.

Or, la précision avec laquelle les éruptions de OJ 287 peuvent être calculées offre un moyen inédit de vérifier cette hypothèse sur le terrain, si l’on peut dire, des trous noirs réels. Chaque écart entre la prédiction et l’observation, comme celui constaté en 2022, devient alors une occasion précieuse d’affiner les modèles et de sonder les limites de notre compréhension actuelle de la gravité. C’est tout l’intérêt de ce système binaire : il ne se contente pas d’éblouir, il interroge les fondements mêmes de la physique moderne.

Derrière ces flashs qui traversent l’espace depuis des milliards d’années avant de nous parvenir se cache donc bien plus qu’un simple feu d’artifice cosmique. OJ 287 incarne cette tension fascinante entre l’imprévisibilité brute de l’univers et notre capacité, encore balbutiante, à en décrypter les rouages. Alors que la prochaine échéance majeure se profile entre 2026 et 2028, une question demeure : jusqu’où cette horloge cosmique confirmera-t-elle les prédictions d’Einstein, et jusqu’où nous surprendra-t-elle encore ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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