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Dans l’Orne, des maraîchères bio tentent de s’adapter au changement climatique

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Face à la multiplication des vagues de chaleur, le travail des maraîchers se complexifie. Dans l’Orne, Clara nous explique comment elle tente de s’y adapter.

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Clara est maraîchère bio à Montmerrei.

Clara est maraîchère bio à Montmerrei. ©Juliette Ossola

Par Juliette Ossola Publié le 5 août 2026 à 5h30

À Montmerrei (Orne), Clara et Marie se sont associées en GAEC en 2022. Sur trois hectares, perchées sur une colline, ces maraîchères bio cultivent une cinquantaine de variétés de légumes de saison, ainsi que quelques fruits, qu’elles proposent en vente directe. Une activité rendue de plus en plus complexe par le changement climatique.

« Quand on voit toutes les terres aux alentours qui ne sont même plus jaunes, mais qui deviennent grises, on se demande, même s’il y a des pluies qui arrivent, comment l’herbe va repartir », s’inquiète Clara.

En 2026, déjà trois importantes vagues de chaleur ont touché l’Orne, fin mai, fin juin et mi-juillet. Ces épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, longs et intenses, frappent de plein fouet le secteur agricole. Alors, comme d’autres, les maraîchères tentent de s’adapter, afin de minimiser les pertes autant que possible.

Des variétés adaptées

Cette adaptation passe d’abord par un choix de variétés plus adaptées. « On va aller chercher des variétés du sud », explique Clara, en marchant parmi les salades.

Ce sont aussi des techniques d’irrigation qui permettent d’économiser de l’eau, et de mieux la répartir. Pour cela, il est essentiel de « bien connaître les besoins en eau des légumes », ajoute la maraîchère, « par exemple, il faut être très vigilent avec les carottes ».

Clara est maraîchère bio à Montmerrei.

Clara est maraîchère bio à Montmerrei. ©Juliette Ossola

Depuis le début de la saison, les serres sont couvertes de chaux éteinte, qui doit disparaître progressivement, notamment avec les orages. « Grâce à ça, à midi, avec un grand soleil, c’est plus agréable de travailler sous la serre que dehors », affirme Clara.

« On a calculé, et on dépense en moyenne trois fois moins d’eau que du maraîchage traditionnel », ajoute-t-elle. Pour cause, sur les terres qu’elle cultive avec Marie, « à peu près 60 % du champ est couvert avec un paillage ». Composé de bâches tissées en plastique ou de paille, posé à même le sol, ce paillage permet de conserver l’humidité.

Goutte à goutte

Un tiers du champ est également arrosé en goutte à goutte, « de l’irrigation de précision, qui arrose uniquement la ligne qu’on a décidée », précise Clara. Utilisé sur les légumes les plus gourmands en eau (tomates, courgettes, courges…), le goutte à goutte permet, lui aussi, d’économiser l’eau.

« On a décidé d’investir dès le début dans un système d’irrigation performant. Toutes nos sorties d’irrigation sont reliées à un programmateur, donc on peut programmer l’irrigation, notamment la nuit, quand il y a moins d’évaporation ».

Clara est maraîchère bio à Montmerrei.

Clara est maraîchère bio à Montmerrei. ©Juliette Ossola

Ces adaptations, Clara a eu l’idée de les mettre en place après avoir travaillé dans le sud de l’Orne pendant plusieurs années : « Là-bas, on avait déjà eu six semaines de sécheresse, et j’avais déjà vu que je perdais un temps monstre à gérer l’irrigation. Donc je me suis dit qu’il fallait investir là-dedans pour se faciliter la tâche ».

« Un système à bout de souffle »

Si ces systèmes sont efficaces, ils ont un coût et ne conviennent pas à toutes les exploitations. Pour Clara et Marie, qui nourrissent environ 200 familles et sont situées sur une nappe phréatique majeure, il a été possible de mettre en place cette irrigation de précision.

Mais la maraîchère pointe également du doigt un problème de disparité de l’accès à l’eau chez les agriculteurs : « beaucoup de voisins ont eu des séries entières de légumes cramés avec les fortes températures ».

Pour d’autres producteurs ornais donc, dont les exploitations peuvent être beaucoup plus importantes, ces solutions d’irrigation restent « difficilement adaptables ».

« On est déjà dans un système à bout de souffle. Nos prix de vente sont dérisoires, on ne se paye vraiment pas beaucoup. Mettre en place ce système, ça implique des investissements. Ce n’est pas la volonté qui manque, mais les subventions ».

Depuis le début de la saison, les maraîchères ont perdu des fleurs et des haricots verts à cause de la chaleur. Pour d’autres légumes, les feuilles fanent plus tôt que d’habitude, et les récoltes vont par conséquent, elles aussi, devoir avoir lieu plus tôt. Les calibres de certains légumes évoluent, les rendant moins vendables. « Et là, on n’a pas encore fait les récoltes, donc les surprises sont encore à venir, et c’est sûr qu’il y en aura », conclu Clara.

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