Dans 32 expériences sur 33, des groupes d’humains de cultures et d’âges différents ont montré une nette préférence pour se déplacer dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Les athlètes de l’Antiquité couraient déjà ainsi. Personne ne sait encore pourquoi — et c’est précisément ce qui rend cette découverte fascinante.
Ce que vous allez apprendre
- Comment cinq expériences très différentes ont toutes abouti au même résultat surprenant
- Pourquoi ni la latéralité, ni la culture, ni les yeux n’expliquent ce biais directionnel
- Ce que cela révèle sur une asymétrie biomécanique profonde chez l’humain
Un résultat inattendu dans 32 expériences sur 33
Des chercheurs des universités de Tokyo et de Navarre ont conçu une série d’expériences pour étudier les mouvements des foules humaines. Ils n’cherchaient pas spécifiquement une préférence directionnelle — mais c’est exactement ce qu’ils ont trouvé.
Cinquante participants se déplaçant vers des cibles dans une cour. Cent sept adolescents espagnols filmés par drone dans leur école. Des étudiants japonais dans une salle encombrée. Des enfants de maternelle. Des piétons sur un campus. Dans 32 des 33 essais expérimentaux, une tendance nette et mesurable s’est imposée : les humains préfèrent tourner dans le sens antihoraire.
Une surprise totale pour les chercheurs
Claudio Feliciani, professeur associé au département d’aéronautique de l’Université de Tokyo, le reconnaît sans détour : ce résultat était totalement inattendu. Intuitivement, quand des gens se déplacent au hasard, on imagine qu’ils tournent selon leurs besoins, sans préférence apparente. La réalité est différente.
L’équipe a cherché des facteurs explicatifs : origine culturelle, taille du groupe, sexe, âge, latéralité. Aucun ne suffit à expliquer le phénomène. Le seul signal notable : les enfants montrent une préférence encore plus marquée que les adultes pour le sens antihoraire, suggérant que l’âge module l’intensité de ce biais sans en être la cause.
Crédit : ©2026 Echeverría-Huarte et al. CC-BY-NDUne préférence gravée dans l’Antiquité
Ce biais ne sort pas de nulle part. Les athlètes des Jeux olympiques de la Grèce antique couraient déjà dans le sens antihoraire. Les conducteurs de chars romains aussi. À de rares occasions dans l’histoire où des athlètes ont été contraints de courir dans le sens des aiguilles d’une montre, ils se sont plaints que cela ne leur semblait pas naturel.
Aujourd’hui encore, les pistes d’athlétisme, les circuits automobiles et de nombreuses compétitions sportives sont parcourus dans le sens antihoraire — une convention dont l’origine reste inexpliquée, mais dont la persistance à travers les cultures et les millénaires est frappante.
Ce que ce n’est pas
Les chercheurs ont testé plusieurs hypothèses et les ont éliminées une par une. Ce n’est pas une question de vision : cacher l’œil gauche ou droit des participants ne change pas le résultat. La force de Coriolis et le champ magnétique terrestre ont été évoqués, mais semblent improbables au vu des données. La latéralité non plus ne suffit pas à expliquer un biais aussi cohérent entre des populations aussi différentes.
Ce qui reste, selon Feliciani, c’est l’hypothèse d’une asymétrie biomécanique profonde — quelque chose d’inscrit dans la mécanique même du corps humain, que les sciences n’ont pas encore localisé. Dans la nature, la plupart des animaux se déplacent sans préférence directionnelle nette. Que les humains fassent exception est en soi une anomalie qui mérite d’être expliquée.
L’étude est publiée dans Nature Communications.


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