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Tout sourire à l’orée du bois adjacent au domicile familial de Saint-Ferréol-les-Neiges, Zachari Moreau ressemble à la plupart des jeunes du coin. Un grand adolescent élancé toujours prêt à enfourcher un vélo ou embarquer sur ses skis pour rejoindre les sentiers avoisinants.
Ainsi va la vie en bordure du mont Sainte-Anne.
Ce paradis du plein air est depuis longtemps associé à l’un des plus illustres athlètes de l’histoire de la province : Pierre Harvey. Il y était déjà installé, en 1984, lorsqu’il a réussi l’exploit de participer aux Jeux d’été de Los Angeles et aux Jeux d’hiver de Sarajevo la même année.
Une approche multisports qui, 40 ans plus tard, a fait des petits à tous les coins de rue de Saint-Ferréol-les-Neiges. On skie dès la première neige. On pédale dès la dernière fonte.
Zachari Moreau est en quelque sorte le produit de cet environnement. Lui-même fils d’une Olympienne en ski de fond, il complétera la semaine prochaine son propre doublé international.

Zachari Moreau aux mondiaux juniors de ski de fond à Lillehammer, en Norvège, en mars dernier.
Photo : Gracieuseté : Nordiq Canada
Six mois seulement après avoir pris le 5e rang de l’épreuve de 20 kilomètres en style libre des Championnats du monde juniors de ski de fond, en Norvège, il sera cette fois sur la ligne de départ des mondiaux cyclistes de Montréal.
C’est excitant parce que je pense à ça depuis plusieurs années. Ça a toujours été un objectif que je voulais atteindre, lance le jeune Québécois qui, au retour d’un séjour préparatoire en Europe, vient de commencer sa première session de cégep.
Cela ne l’a pas empêché d’aller rouler avec les pros de l’équipe World Tour d’Alpecin-Premier Tech, quelques jours avant le Grand Prix cycliste de Québec.
La puissante formation belge, qui compte désormais l’entreprise québécoise comme principal commanditaire, a déjà fait ratifier un contrat à Zachari pour qu’il rejoigne son équipe des moins de 23 ans en 2028. Un contrat conditionnel à ce qu’il se concentre sur sa carrière de cycliste.
Comme l’équipe était à Québec, ils m’ont invité à aller faire une ride de 3 heures et environ 100 kilomètres. On a roulé ensemble et les gars m’ont payé le café ensuite. Je leur ai parlé de ma situation. Ils comprennent que j’ai un choix à faire.
Une famille de fondeurs
Chez les Moreau, tout le monde fait du vélo et du ski de fond, mais c’est ce deuxième sport qui est roi.
C’est comme fondeuse, après tout, que la mère de Zachari, Marie-Odile Raymond, a représenté le Canada aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998.
Mon père, lui, a été sur l’équipe du Centre national d’entraînement Pierre Harvey et mon grand frère et ma grande sœur ont aussi choisi de se concentrer sur le ski de fond, relate Zachari.

Marie-Odile Raymond après l'épreuve de 30 kilomètres en style libre des Jeux olympiques de Nagano, en 1998.
Photo : Associated Press / Joe Cavaretta
Ses deux aînés, Félix-Olivier, 24 ans, et Emmanuelle, 20 ans, poursuivent leur parcours en ski de fond sur le circuit nord-américain. Leur petit frère pourrait non seulement les y rejoindre dès cette saison, mais il rêve à des débuts précoces sur le circuit de la Coupe du monde.
C’est sûr qu’une médaille aux mondiaux juniors de l’hiver prochain, j’aimerais vraiment ça. Ensuite, c’est de voir si je serai capable de faire mes débuts en Coupe du monde à la fin de l’hiver, énonce-t-il.
Avant de trop se mouiller, Zachari Moreau attend toutefois de voir comment se déroulera son retour au ski de fond, en octobre. Alors que la vaste majorité des meilleurs jeunes fondeurs au monde passent leur été à faire du ski à roulettes, le natif de Saint-Ferréol-les-Neiges a complètement rangé ses bâtons, depuis mars.
Moi, avec le vélo, je ne dois vraiment pas prendre de muscle du haut du corps. Les deux sports se combinent parce qu’ils nécessitent un bon cardio, mais on est davantage dans la puissance en ski de fond et davantage dans l’endurance en vélo. Il faut être le plus léger possible pour monter des parcours comme celui de Montréal, qui a 2700 mètres de dénivelé.

En attendant d'être en âge de joindre l'équipe des moins de 23 ans d'Alpecin-Premier Tech, Zachari Moreau (4e à partir de la gauche) a passé une partie de l'été en Europe avec la formation junior belge Crabbé-dstny.
Photo : Facebook Crabbé-dstny
Depuis avril, l’adolescent s’est donc uniquement consacré au vélo. Ses bras et ses épaules n’ont pas grossi – au contraire! –, mais ils sont maintenant jonchés de quelques cicatrices. Dans les pelotons de courses juniors européennes et nord-américaines, les chutes sont fréquentes et parfois violentes.
J’ai plusieurs amis qui se sont cassé la clavicule. Moi, j’ai seulement eu deux chutes, quelques éraflures et un casque cassé. J’ai eu peur, mais je n’ai rien de cassé, énumère-t-il.
J’ai été chanceux pour cette année, mais il y a des chutes à chaque course. C'est un sport où il y a des choses qu’on ne contrôle pas.
En attendant le moment décisif
Les dangers des deux sports, le plaisir qu’ils lui procurent et les opportunités qu’ils offrent, tout cela entrera en ligne de compte lorsque Zachari Moreau choisira l’avenue sportive qu’il souhaite emprunter.
D’un côté, la voie familiale toute tracée au Centre national d'entraînement Pierre Harvey. De l’autre, une carrière de cycliste professionnel et une chance de faire son chemin jusqu’au World Tour avec une équipe de pointe.
En raison de son contrat avec Alpecin-Premier Tech qui doit commencer en 2028, la décision du Québécois devrait venir à peu près à pareille date l’an prochain.

Zachari Moreau portera les couleurs de l'équipe canadienne junior pour l'épreuve de contre-la-montre, le 22 septembre, ainsi qu'à la course sur route, le 24.
Photo : Guillaume Piedboeuf
Pour l'instant, impossible pour lui de trancher. Il prend les choses une saison à la fois, un championnat du monde à la fois.
Je pense que le parcours des mondiaux cyclistes à Montréal est bon pour moi. Je suis assez puncheur et le parcours a beaucoup de montées, mais pas trop longues, analyse Zachari.
Après ça, je vais prendre une semaine et demie de repos et je vais recommencer immédiatement le ski de fond. Ce n’est pas l'entraînement optimal, mais jusqu’à maintenant, j’ai réussi à combiner les deux sports assez bien. Il me reste les mondiaux cyclistes, une saison de ski de fond, une autre saison de vélo et après on verra.


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