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Une chercheuse en santé publique spécialisée dans la crise des dépendances au Canada explique pourquoi la mortalité liée aux opioïdes diminue, alors que les appels au 911 augmentent. Ce constat provient d’une nouvelle analyse de données de CBC menée à Thunder Bay et dans plusieurs autres villes de l’Ontario.
Gillian Kolla, professeure adjointe à la Faculté de médecine de l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, étudie les interventions en cas de surdose, la réduction des méfaits et l’impact des politiques antidrogue sur les services sociaux et de santé.
Elle explique que les sédatifs, de plus en plus fréquents dans les drogues de rue, plongent les consommateurs dans des états d’inconscience profonds qui rendent leur réveil très difficile.
Cependant, la chercheuse précise que ces substances ne provoquent pas le même niveau de dépression ou de détresse respiratoire que le fentanyl.
C’est pourquoi le nombre de morts recule : la puissance du fentanyl semble avoir diminué en Ontario depuis un an et demi. En revanche, les appels aux services médicaux d’urgence continuent d’augmenter, explique Mme Kolla.

Gillian Kolla est chercheuse en santé publique à la Faculté de médecine de l'Université Memorial, à Terre-Neuve-et-Labrador.
Photo : Radio-Canada / Julia Israel
L’analyse des données démontre que, malgré la baisse des morts par opioïdes aux échelles provinciale et nationale, les ambulanciers d’Ottawa, Toronto, Hamilton et Thunder Bay font face à une hausse des appels pour surdose.
À Thunder Bay uniquement, les interventions pour des empoisonnements présumés aux opioïdes ont bondi de 20 % au cours des cinq premiers mois de 2026, comparativement à la même période l’an dernier.
Inquiétudes face aux tranquillisants vétérinaires
Depuis le printemps, 11 alertes aux substances hautement toxiques ont été émises à Thunder Bay.
La plus récente, publiée la semaine dernière par les Centres de santé communautaire NorWest, révèle que plus de 80 % des échantillons récents de fentanyl contenaient des benzodiazépines ou de la médétomidine, un tranquillisant vétérinaire.
Ces produits ralentissent fortement l’activité du cerveau et du système nerveux.
Shane Muir, chef du service d’ambulanciers paramédicaux Superior North EMS à Thunder Bay, confirme que ses équipes interviennent quotidiennement pour des surdoses.
Il précise que, si la population utilise davantage la naloxone, celle-ci reste inefficace contre ces nouvelles substances non opioïdes.
Avec une telle variété de toxines dans les drogues de rue, je ne sais pas si nous avons une image fidèle de la réalité du terrain, admet M. Muir.
Le rôle vital des ambulanciers
M. Muir insiste sur la nécessité de reconnaître l’impact de cette crise sur les premiers répondants.
Ils continuent de renverser les surdoses d’opioïdes, administrent la naloxone sur place et pratiquent la ventilation artificielle. Ils sauvent des vies.
Pour soutenir les personnes vulnérables, il réclame des patrouilles de rue plus actives ainsi que des options de traitement des dépendances plus accessibles et moins contraignantes.

Selon Shane Muir, chef de Superior North EMS, une meilleure éducation du public permet désormais d’administrer la naloxone plus rapidement, souvent avant même l'arrivée des ambulanciers sur les lieux d'une surdose.
Photo : Radio-Canada / Marc Doucette
À cet effet, le Service de police de Thunder Bay a prolongé un programme pilote, le Project Support.
Ce projet vise à orienter les usagers vers les services sociaux plutôt que de déposer des accusations criminelles, une initiative née des inquiétudes liées à la consommation publique et aux troubles à l’ordre public dans les centres-villes.
Il faut tendre la main à ces personnes au bon moment de leur vie, lorsqu’elles ont besoin de ce soutien, sinon la démarche est inefficace, affirme M. Muir.
Impact de la fermeture des sites de consommation supervisée
Selon Gillian Kolla, la fermeture récente des sites publics de consommation supervisée en Ontario accentue la pression sur le système de santé.
L’unique site de Thunder Bay fait partie des 10 établissements contraints de fermer à la fin mars 2025, en raison des nouvelles directives provinciales sur la distance minimale avec les écoles et les garderies.
En mars 2026, le gouvernement a annoncé la fin du financement de tous les autres sites provinciaux, bien que des centres privés fonctionnent encore à Toronto.
La province privilégie désormais les carrefours de traitement de l’itinérance et de la dépendance (centres HART). Ces structures interdisent toutefois la consommation supervisée, l’approvisionnement sécuritaire et les programmes d’échange de seringues.

Unique centre de consommation supervisée de la ville, le site Path 525 à Thunder Bay a été contraint de fermer le 31 mars 2025 car il se trouvait trop près de l'école publique Ogden Community.
Photo : Radio-Canada / Sarah Law
Mme Kolla rappelle pourtant que des décennies de recherche prouvent l’efficacité des sites de consommation supervisée pour sauver des vies et orienter les usagers vers des ressources clés.
Les gens sont forcés de consommer dans des espaces publics ou cachés. En supprimant l’infrastructure de santé qui assurait leur sécurité, il est logique de voir grimper les appels aux services d’urgence, déplore-t-elle.
Avec les informations de Sarah Law


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