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Course vers l’espace : Ottawa propulse trois compagnies

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La mission : envoyer des satellites dans l’espace à partir du sol canadien. L’échéancier : d’ici 2028. C’est le défi lancé par Ottawa à trois entreprises canadiennes afin que le pays cesse de dépendre des États-Unis et de ses autres partenaires pour envoyer des satellites en orbite.

Le Canada est le seul pays du G7 qui n’a pas cette capacité.

L’une des entreprises sélectionnées, NordSpace, basée à Markham, en banlieue de Toronto, a reçu cette année un peu plus de 8 millions de dollars du ministère de la Défense nationale.

Rahul Goel devant une fusée de NordSpace.

Rahul Goel est fondateur et PDG de NordSpace, une entreprise aérospatiale canadienne spécialisée dans les lancements spatiaux commerciaux.

Photo : Radio-Canada / Annie Poulin

Son fondateur et PDG, Rahul Goel, dit que l’intérêt pour des lancements depuis le sol canadien a bondi au cours de la dernière année. La situation avec les États-Unis a définitivement affecté la façon dont on pense à notre propre souveraineté, explique-t-il.

Sa compagnie mène des tests et espère un premier lancement en orbite en 2028. Rahul Goel estime que NordSpace aura ensuite besoin d’un an ou deux pour que les lancements aient un potentiel commercial viable. D’ici quelques années, il vise une capacité modeste de 10 à 20 lancements par année.

Question de souveraineté

Le gouvernement canadien mise aussi sur l’entreprise Reaction Dynamics Lab, de Longueuil, et sur la Torontoise Canada Rocket Company pour développer en trois ans seulement la capacité d’envoyer dans l’orbite terrestre basse (environ 500 kilomètres d’altitude) des charges de 200 kilogrammes. Ottawa s’est engagé à verser en tout 105 millions de dollars pour les projets retenus.

D’ici 10 ans, la Défense nationale voudrait que l’industrie canadienne soit en mesure de lancer des charges moyennes de 4000 kilogrammes.

Un homme qui tient un rapport dans ses mains.

Daniel Kerry est directeur et responsable du secteur spatial chez Deloitte Canada.

Photo : Radio-Canada / Nick Persaud

Les lancements sont super critiques et on l’a vu dans la Stratégie industrielle de défense, qui a été dévoilée récemment, explique l’analyste Daniel Kerry, directeur et responsable du secteur spatial chez Deloitte Canada. On a besoin de nos propres capacités de lancement parce qu’on peut alors contrôler ce qu’on envoie dans l’espace. On ne dépend plus d’autres nations.

Le ministère cite entre autres des besoins pour la communication, la navigation, le renseignement, la surveillance et les alertes précoces.

Le parcours comporte toutefois des embûches, selon Mina Mitry, PDG de Kepler Communications. Ce dernier décrit les procédures d’approvisionnement publiques employées par Ottawa comme un des systèmes les plus complexes du monde.

Le délai moyen d’une acquisition publique en technologie, de la commande à la livraison, s’étale souvent sur plus de 15 ans, selon lui. Il espère que la nouvelle stratégie de la défense annoncée par le gouvernement de Mark Carney permettra de simplifier le processus.

Un intérêt commercial grandissant

L’entreprise torontoise Kepler Communications suit l’évolution des lancements spatiaux canadiens de près. En janvier, elle a fait appel à la compagnie américaine SpaceX pour envoyer 10 satellites en orbite.

Le lancement a toujours constitué un goulot d’étranglement dans notre secteur.

Le PDG explique que chacun de ces satellites pèse 300 kilogrammes et a la taille approximative d’une vache.

Il faut acheminer les satellites depuis le centre-ville de Toronto vers l’un des pays étrangers du monde disposant de capacités de lancement, que ce soit aux États-Unis, à Los Angeles ou en Floride, ou bien il faut se rendre en Guyane française ou en Inde pour les lancer, détaille-t-il.

Selon lui, un accès à l’espace à partir du Canada serait un avantage significatif pour l’industrie d’ici.

Chez Deloitte, Daniel Kerry remarque aussi un intérêt grandissant du secteur privé pour les lancements spatiaux à partir du Canada.

On voit que le gouvernement donne des signaux clairs pour indiquer qu’il souhaite une capacité spatiale souveraine, explique-t-il. On assiste alors à l’émergence d’une vague d’entrepreneurs.

Je constate souvent que les banques s’impliquent, et que les investisseurs en capital-risque et les fonds d’investissement privés sont désormais convaincus que nous disposons de cette capacité spatiale et que le Canada bénéficie d’une excellente base sur laquelle s’appuyer, dit-il.

Selon les données les plus récentes de l’Agence spatiale canadienne, les revenus générés par le secteur spatial au pays ont pourtant baissé entre 2018 et 2023, passant de 5,7 milliards à 5,1 milliards de dollars.

Toutefois, en raison de l’intérêt récent, Daniel Kerry s’attend à une croissance importante. Deloitte estime dans un rapport que l’industrie canadienne pourrait valoir 40 milliards de dollars d'ici 2040.

Une saison charnière pour l’innovation

La quête d’autonomie du Canada sert aussi une autre mission, selon Olivier Lamarre. L’ingénieur en robotique pour NordSpace estime que le Canada a traversé son dernier âge d’or de l’innovation dans les années 1960 et 1970. Il cite en exemple le projet d’avion intercepteur supersonique Avro, conceptualisé pendant la guerre froide.

On veut avoir nos propres programmes et nos propres missions qui vont faire que le Canada est un incontournable dans ces missions-là.

Il est le concepteur d'un véhicule d’exploration lunaire qui est dans la course pour être le premier au Canada. L’appareil nommé Terry pèse un kilogramme et a la taille d’une miche de pain. L’objectif est de démontrer qu’on peut créer des technologies rapidement, affirme le scientifique. Le déploiement du robot sur la Lune devra se faire en partenariat avec une entreprise américaine sur un vol entièrement robotisé.

Un ingénieur dans un entrepôt spacieux.

Olivier Lamarre est ingénieur en robotique pour NordSpace, une entreprise basée à Markham, au nord de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pelin Sidki

Bachar Elzein, président de Reaction Dynamics Lab, affirme que ce type de programme favorise une compétition saine. Il avance que son projet a l’avantage de pouvoir être lancé à partir d’installations simples. M. Elzein souligne aussi que les trois entreprises dans la course communiquent régulièrement et partagent leurs avancées.

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