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La macronie prétend manquer d’argent, mais ne semble pas très pressée de retrouver les milliards disparus.
Dans son évaluation de la politique française de lutte contre la corruption, la Cour des comptes décrit un dispositif complexe, mal coordonné et insuffisamment soutenu. Dix années de lois, d’agences, de référents, de plans et de sigles ont produit une belle armoire administrative. Pour ce qui est de retrouver l’argent et de sanctionner les responsables, le résultat paraît nettement moins spectaculaire.
22 millions pour combattre un phénomène estimé à 120 milliards
Le chiffre résume l’étrange sens des priorités nationales. Selon la Cour des comptes, la lutte contre la corruption représente environ 22 millions d’euros de coûts directs pour l’État et mobilise près de 170 personnes à temps plein. Dans le même temps, une étude réalisée en 2016 pour un groupe du Parlement européen estimait le coût de la corruption en France à 120 milliards d’euros par an.
Cette estimation donne l’ordre de grandeur d’un phénomène que l’État reconnaît lui-même être incapable de mesurer précisément. Autrement dit, on ignore combien coûte réellement la fuite, mais on sait déjà que le seau utilisé pour l’éponger tient dans une main.
Une chaîne pénale déjà au bord de la rupture
La Cour constate que les atteintes à la probité peinent à devenir une priorité de la politique pénale. Aucune circulaire générale consacrée au sujet n’avait été publiée depuis plus de dix ans au moment de l’évaluation. Les magistrats et les enquêteurs manquent de temps, de formation spécialisée et de moyens techniques pour traiter des dossiers financiers souvent longs et complexes.
La prévention reste également très inégale. Les grandes entreprises ont été contraintes de développer des programmes internes depuis la loi Sapin 2. Dans le secteur public, les dispositifs d’alerte, les référents déontologues et la publication des données sur les marchés publics demeurent beaucoup moins systématiques. La République contrôle donc sévèrement les procédures des entreprises, tout en conservant quelques angles morts dans sa propre maison.
Les chiffres officiels ne captent d’ailleurs qu’une petite partie du phénomène. En 2024, les services de sécurité ont enregistré 934 faits de corruption, auxquels s’ajoutent les dossiers de favoritisme, de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics. La Cour rappelle que ces statistiques dépendent des plaintes et des signalements : ce qui reste caché ne figure naturellement dans aucun tableau.
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »
La formule de Jacques Chirac pourrait être recyclée sans difficulté. Les forces de sécurité civile sont réduites, la justice pénale manque de bras, les urgences hospitalières craquent, les EHPAD épuisent leurs personnels et l’enseignement fonctionne sous tension permanente. Chaque fois, la même réponse tombe : les caisses sont vides.
Pour Anticor, combattre la corruption et la dilapidation des fonds publics constitue donc une urgence démocratique et budgétaire. Cent vingt milliards d’euros dépasseraient le budget annuel de plusieurs grands ministères. Même en considérant cette estimation avec toutes les précautions nécessaires, la disproportion avec les moyens engagés reste difficile à défendre.
La Cour demande désormais des indicateurs fiables, une meilleure protection des associations anticorruption, le renforcement des contrôles dans le secteur public, une politique pénale claire et davantage de spécialistes. Rien de révolutionnaire : mesurer, prévenir, enquêter et sanctionner. Des missions élémentaires, sauf peut-être dans un pays où la recherche d’économies commence toujours par les infirmières, les professeurs et les justiciables.


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