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Les années étudiantes traînent une réputation d'insouciance et d'émancipation. La réalité mesurée sur le terrain est nettement plus contrastée. Une enquête conduite fin 2025 auprès d'environ 3 000 étudiants de première année à l'Université de Lille révèle une grande hétérogénéité des états de santé, avec une majorité de jeunes présentant une vulnérabilité physique, psychologique, ou les deux.
Une transition qui ne se vit pas de la même façon
L'entrée dans l'enseignement supérieur ouvre sur davantage d'autonomie, de rencontres et de liberté. Elle s'accompagne aussi d'une série de bouleversements : éloignement du cadre familial, responsabilités nouvelles, dépenses en hausse, premiers emplois, charge de travail plus lourde, incertitudes sur l'avenir.
La littérature scientifique alerte depuis plusieurs années sur les effets de cette transition. À l'échelle mondiale, près d'un étudiant sur cinq présenterait un trouble de santé mentale. Plusieurs travaux documentent en parallèle une baisse de l'activité physique et une progression des comportements sédentaires au moment du passage dans le supérieur.
Reste que tous les étudiants ne traversent pas cette période de la même manière. Cerner cette diversité conditionne la qualité de l'accompagnement proposé.
Trois profils de santé bien distincts
Les participants à l'enquête lilloise ont passé des tests de condition physique portant sur l'endurance, la vitesse ou encore la force musculaire. Ils ont également renseigné des questionnaires évaluant l'anxiété, les symptômes dépressifs et la qualité de vie.
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L'analyse fait ressortir trois groupes.
- Vulnérabilité physique dominante (28 % des étudiants) : condition physique nettement inférieure à celle des deux autres groupes, et situations de surpoids ou d'obésité plus fréquentes.
- Vulnérabilité psychologique dominante (26 %) : niveaux d'anxiété et de symptômes dépressifs significativement plus élevés, qualité de vie plus dégradée.
- Indicateurs favorables (46 %) : meilleurs résultats sur les deux plans, physique et mental.
Le constat qui en découle est préoccupant. Plus d'un étudiant sur deux franchit les portes de l'université avec une fragilité déjà installée.
L'entrée dans l'enseignement supérieur s'accompagne d'une série de bouleversements et les professionnels de la santé alertent depuis plusieurs années sur les effets physiques et psychiques de cette transition. © Noko LTD, iStock
Ce que les étudiants attendent vraiment du sport
L'activité physique constitue un levier documenté, aussi bien sur le plan physique que mental. Encore faut-il que les étudiants s'y engagent de façon régulière, à hauteur des repères de l'Organisation mondiale de la Santé, soit au moins 150 minutes d'activité modérée ou 75 minutes d'activité soutenue par semaine.
L'enquête a donc interrogé les participants sur ce qu'ils recherchent en envisageant une pratique. Les réponses varient fortement selon le profil de santé et le sexe.
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Chez les étudiantes, les attentes se concentrent sur le bien-être psychologique : diminuer le stress, se détendre, retrouver un équilibre. Les considérations pratiques pèsent aussi lourd, en particulier la proximité des installations et la compatibilité avec l'emploi du temps.
Chez les étudiants, le tableau se révèle plus contrasté. Ceux qui sont en bonne santé mettent en avant les bénéfices corporels et la progression des performances. Ceux qui présentent une vulnérabilité psychologique privilégient au contraire le bien-être mental, rejoignant les attentes exprimées par de nombreuses étudiantes. Autrement dit, le profil type n'existe pas.
La fin du programme unique
Les dispositifs de promotion de l'activité physique ont longtemps fonctionné sur une logique uniforme : les mêmes propositions pour tous, quels que soient l'état de santé, les attentes ou le passé sportif.
Cette approche produit des effets, mais bute vite sur ses limites. Les besoins d'un étudiant sportif visant la performance n'ont rien de commun avec ceux d'un jeune adulte traversant une période d'anxiété, ou de celui qui cherche simplement à se réapproprier son corps.
Les études convergent depuis plusieurs années : les interventions gagnent en efficacité quand elles tiennent compte des caractéristiques des personnes visées. Les outils numériques, applications mobiles, objets connectés et plateformes de suivi, ouvrent des possibilités d'accompagnement plus individualisé.
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Appliqué au contexte universitaire, ce principe conduit à adapter le contenu des séances plutôt qu'à prescrire une pratique générique. Une étudiante en difficulté psychologique pourrait ainsi se voir proposer des situations centrées sur le bien-être et la gestion du stress. Un étudiant physiquement fragilisé bénéficierait plutôt d'un travail progressif sur l'endurance, la force ou la souplesse.
L'enjeu dépasse la seule question sportive. Il touche à la capacité des universités à accompagner une génération confrontée à des vulnérabilités croissantes, en identifiant les besoins réels pour orienter chacun vers des dispositifs adaptés.
Ces résultats décrivent une population à un instant donné et ne valent pas diagnostic individuel. Toute difficulté persistante, physique ou psychologique, mérite d'être évoquée avec un professionnel de santé. Les services de santé universitaires, le médecin traitant et les dispositifs d'écoute dédiés aux étudiants constituent des points d'entrée accessibles pour en parler.


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