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Légende ancestrale difficile à dater, l’histoire de la Fée d’Argouges s’est transmise oralement au cours des siècles et est liée à l’histoire du manoir d’Argouges de Vaux-sur-Aure.
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Par William Beville Publié le 15 août 2026 à 20h40
Nom familier des amateurs de balade champêtre autour de Bayeux (Calvados), la Fée d’Argouges, avant d’être un parcours de randonnée traversant la vallée de l’Aure, est d’abord et surtout la protagoniste fantastique d’une légende que l’on se raconte depuis le Moyen Âge et qui a contribué à la renommée de la puissante famille d’Argouges. Le manoir d’Argouges aurait été le théâtre de cette histoire et en porterait encore les stigmates…
D’après cette légende, les villageois étaient la proie d’un terrible dragon qui rôdait dans la vallée. Impuissants face au monstre, ils allèrent implorer le secours du seigneur d’Argouges. Chevalier valeureux, celui-ci accepta la requête, se mit en chasse, et parvint à terrasser la bête dans son antre de la Fosse-Soucy.
Mais le dragon, en périssant, s’effondra sur le guerrier et le blessa grièvement. Celui-ci était prêt à rendre son âme à Dieu quand apparut une fée sublime, qui proposa à l’infortuné de le délivrer. Sa seule condition était de l’épouser et de ne jamais prononcer le mot « mort » en sa présence ; un pacte bien évidemment accepté par le chevalier, sous le charme de sa bienfaitrice. Comme bien des légendes populaires, plusieurs versions du récit circulent. Ainsi, dans certaines d’entre elles, le dragon est remplacé par un géant ; ailleurs, le chevalier rencontre la fée au cours d’une partie de chasse ou dans une fontaine.
Un serment magique rompu par empressement…
Le mariage eut lieu sous les plus doux auspices et de beaux enfants vinrent bientôt combler les deux époux. Le sire d’Argouges prenait évidemment garde à ne jamais prononcer le mot fatal et plusieurs années s’écoulèrent sans que celui-ci ne s’échappe de sa bouche.

Mais un jour que le couple devait assister à un tournoi au château de Bayeux ; la dame, occupée à sa toilette, se fit trop attendre. Enfin, elle parut, resplendissante, mais le sire d’Argouges, piaffant d’impatience, ne put se modérer… « Belle dame, vous seriez bonne à aller chercher la mort, car vous êtes bien longue en vos besognes ! » s’exclama-t-il.
« Quelle est la part d’imaginaire et de réalité ? »
À peine eut-il prononcé cette phrase que la fée poussa un cri déchirant et disparut aussitôt en s’envolant par une fenêtre. Elle abandonna ainsi son époux et le monde des hommes, laissant l’empreinte de sa main sur le bord de la fenêtre. La légende affirme que la fée revient hanter le manoir, certains soirs de pleine lune, en poussant de lugubres gémissements et répétant d’une voix glaçante « la mort, la mort, la mort ».
Il y a un mélange entre histoire et merveilleux puisque la famille d’Argouges a réellement existé. Quelle est la part d’imaginaire et de réalité ? Difficile de le dire avec précision. Il y a probablement, à l’origine, une part de vérité, mais comme les gens de ces époques ne savaient pas écrire, ces histoires étaient transmises oralement et probablement déformées à mesure qu’elles se répandaient.
Un lien mythique entre la famille d’Argouges et la fée protectrice
Derrière le merveilleux se cacherait peut-être un souvenir historique. L’érudit bayeusain Frédéric Pluquet, dans un ouvrage sur les contes populaires du Bessin, paru en 1834, rapprochait notamment le récit de la victoire remportée par Robert d’Argouges sur un adversaire de très grande taille lors du siège de Bayeux en 1106.

La légende pourrait également avoir été nourrie par les armes de la famille d’Argouges, dont le cimier représentait une femme avec la devise « À la fois ! ». La tradition populaire aurait pu transformer cette devise en « À la fée ! ».
Il s’agit d’un des grands classiques des légendes familiales normandes, que l’on retrouve également dans le Cotentin et dans l’Orne. Les divers châteaux qui ont été habités par la famille d’Argouges s’attribuent en effet cette histoire. À Gratot, on voit le pied de la fée ; au château de Rânes, il y a la tour de la Fée, en haut de laquelle on voit une empreinte laissée par la créature fantastique, connue de même sous le nom de Fée d’Andaine.
Ce récit est à rapprocher de la Fée Mélusine, autre figure majeure des légendes médiévales françaises, mettant en scène des femmes féeriques épousant un mortel à une condition précise. Dans les deux cas, la rupture d’un tabou entraîne la perte ou la disparition de l’enchanteresse. Elles symbolisent toutes deux les fées « lignagères » ancrant des familles nobles, et serviraient probablement, dans un registre merveilleux, à rappeler aux seigneurs l’importance de la fidélité au serment et les funestes conséquences de la rupture de celui-ci…
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