Après le skyr et les yaourts, les produits enrichis en protéines investissent désormais les pâtes, le pain, les céréales, les soupes ou encore les plats préparés. Une tendance qui ne concerne plus seulement les sportifs et que les marques investissent pleinement.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

Le skyr est le produit protéiné le plus consommé. Photo d'illustration Sipa/Syspeo Le skyr est le produit protéiné le plus consommé. Photo d'illustration Sipa/Syspeo

« Protéines » ne rime plus seulement avec shaker après la salle de sport, blanc de poulet et fromage blanc. Désormais, il suffit de parcourir les rayons d’un supermarché pour constater que le mot s’est largement affranchi de l’univers de la musculation. On trouve des pâtes protéinées, pains, céréales, soupes, salades composées, sandwichs ou plats préparés enrichis. Les marques mais aussi les distributeurs s’y mettent. Lundi 14 septembre, c’est le spécialiste du surgelé Picard qui a lancé son offre de plats et snacks protéinés.

« Le premier signal, ça a été l’explosion du skyr il y a déjà quelques années », observe Emily Mayer, spécialiste des tendances de consommation chez Circana. Un produit sain et protéiné par excellence qui s’est décliné sous tous les goûts possibles. Mais depuis quelques années, et particulièrement en 2025, la protéine s’est multipliée sur « beaucoup, beaucoup de produits ». Les chiffres illustrent cette accélération. En 2025, les ventes de produits hyperprotéinés, vitaminés ou présentés comme des « boosters d’immunité » ont progressé de 12 % en valeur et de 15 % en unités, selon NielsenIQ. Le seul segment de l’ultra-frais hyperprotéiné a bondi de 27 % sur l’année.

Le marché français des produits hyperprotéinés serait ainsi passé d’environ 70 millions d’euros en 2020 à plus de 380 millions en 2024, selon des données citées par Xerfi. Une croissance portée notamment par… les yaourts et les skyrs. Et le phénomène ne s’arrête plus à l’ultrafrais. Chez Circana, Emily Mayer constate une multiplication des références dans des catégories parfois beaucoup plus éloignées de l’univers sportif : « Les barres de céréales, les céréales en elles-mêmes, les pâtes, les plats préparés, les produits ultrafrais, le fromage mais aussi le saucisson », énumère-t-elle, même si certaines catégories restent toutefois émergentes. Les pâtes protéinées, par exemple, constituent encore « un petit marché », relève la spécialiste, mais les ventes peuvent progresser très rapidement à partir d’un niveau encore faible. Entre juillet 2025 et juin 2026, elles ont ainsi été multipliées par huit, selon Circana. Les céréales protéinées, elles, ont été multipliées par 2,5 sur la même période.

Les produits sortent du rayon sport

Cette diversification s’observe directement dans les rayons des supermarchés. Carrefour a lancé au printemps 2024 sa première gamme enrichie en protéines, avec trois yaourts à la vanille, au citron et à la myrtille. Devant l’engouement des clients, l’enseigne a largement étoffé son offre : elle compte désormais 15 références, auxquelles se sont ajoutés cette année notamment un sandwich et des crèmes dessert. Selon l’enseigne, tous les produits lancés ces deux dernières années affichent une croissance supérieure à 30 % sur un an.

Surtout, les produits protéinés ne sont plus cantonnés à un espace dédié à la nutrition sportive mais sont désormais intégrés aux rayons correspondant à leur catégorie. « L’enjeu est de repositionner ces produits au cœur des courses du quotidien. C’est la raison pour laquelle nous avons repensé leur implantation pour les rendre visibles et accessibles », explique Carrefour. Car ces produits n’intéressent plus seulement les sportifs, mais le grand public. Un succès qui raconte l’évolution de la manière dont les consommateurs envisagent leur alimentation. « On observe une volonté grandissante de manger ou boire pour avoir un bénéfice concret », constate Emily Mayer. Les consommateurs s’intéressent de plus en plus à une alimentation fonctionnelle : on ne mange plus seulement pour répondre à un besoin vital mais aussi pour apporter des bienfaits pour notre corps grâce à certains aliments, dont les protéines.

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L’influence des réseaux sociaux

Longtemps associée à la performance physique et à la prise de muscle, la protéine est désormais présentée comme un atout pour une alimentation quotidienne apportant satiété, maintien de la masse musculaire et vitalité. Les réseaux sociaux ont largement participé à cette démocratisation. Les recettes protéinées affluent sur les comptes d’influenceurs sport ou cuisine. Tibo Inshape, l’un des youtubeurs les plus suivis de France, a lancé sa marque de nutrition en début d’année, composée de protéines en poudre, de boissons, barres et pancakes protéinés. Elle est aujourd’hui distribuée la plupart des enseignes de distribution : Carrefour, Intermarché, Auchan, U, Casino, Monoprix.

La tendance pourrait-elle finir par s’essouffler ? Emily Mayer estime que la dynamique devrait encore se poursuivre, même si d’autres arguments nutritionnels commencent déjà à émerger. « On dit que les fibres, c’est la nouvelle protéine », note-t-elle. Affaire à suivre dans les rayons.

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