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Consignaction semble avoir atteint une certaine vitesse de croisière dans l’aménagement de ses lieux de retour de contenants : l’organisme en a ouvert près de 130 jusqu’à présent. Toutefois, la Côte-Nord n’en a toujours pas, alors que l'Abitibi-Témiscamingue et la région Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine n’en ont qu’un seul chacune. Et l’Outaouais n’en compte que trois.
L’implantation est tellement lente qu’on constate une pénurie dramatique du nombre de sites de dépôt dans certaines régions, déplore Jean-Claude Thibault, porte-parole de l’Opération Verre-Vert, qui milite pour la réutilisation et le recyclage du verre.
La situation est telle que des consommateurs doivent maintenant faire plusieurs kilomètres de route pour rapporter leurs contenants consignés, ce qui n’était pas le cas auparavant, avant la réforme du système, signale-t-il.
Les gens s'écœurent. Ils considèrent que le service n’est pas adéquat, alors ils laissent tomber. Et ça, c’est terrible. Ceux qui veulent vraiment récupérer leur consigne gaspillent beaucoup plus d’essence pour s’y rendre parce que les sites sont plus loin, sont plus rares.

Jean-Claude Thibault est porte-parole de l'Opération Verre-Vert.
Photo : Radio-Canada
Le vice-président de Consignaction, Jean-François Lefort, montre du doigt le manque de locaux disponibles dans plusieurs régions.
Il affirme qu’en plus d’avoir de la difficulté à dénicher des emplacements, son organisme constate que les exigences réglementaires fixées par Québec pour l’aménagement des lieux de retour lui compliquent la tâche. Le règlement prévoit que les sites doivent être aménagés dans un certain espace, une certaine superficie [...], et ça prend une forme spécifique pour être capables d’installer notre espace client et l’entrepôt, explique-t-il.
Les lourdeurs administratives dans certaines municipalités peuvent également freiner l’ouverture de centres Consignaction, ajoute M. Lefort. On doit négocier avec les municipalités pour les sensibiliser, dit-il. On ne peut pas aller plus vite que la bureaucratie municipale.
Il déplore par exemple que la Municipalité de Delson, en Montérégie, ait refusé à cet organisme le plan d’aménagement de son local. On se fait refuser les permis. Maintenant, on a un espace loué qu’on ne peut pas aménager.
Le recrutement du personnel pose également un défi dans plusieurs régions, selon Jean-François Lefort. On travaille avec les MRC et les centres de développement économique des régions pour accélérer le recrutement en amont de notre arrivée.
Jusqu’à présent, sur les 128 lieux spécialisés ouverts par Consignaction, 25 se trouvent à Montréal, 26 en Montérégie et 13 en Estrie.
Même de grandes municipalités n’ont que quelques sites ouverts malgré la réforme en cours. La région de la Capitale-Nationale compte huit centres Consignaction, dont seulement deux à Québec. L’Outaouais en compte trois, dont deux à Gatineau.
Un premier centre Consignaction est aussi en construction à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, souligne M. Lefort.
Il va y avoir bientôt une épicerie, un bureau de poste et un centre Consignaction dans toutes les municipalités.
Jean-François Lefort reconnaît cependant que Consignation ne sera pas en mesure d’atteindre un des objectifs que le gouvernement du Québec lui a fixés : avoir ouvert 200 points de retour avant le 1er mars prochain.
Mais ce qui est important, c’est qu’on réponde à la demande du volume, estime-t-il. On a des sites en construction. On travaille avec les municipalités. On a encore beaucoup d'ouvrage.

Jean-François Lefort est vice-président de Consignaction.
Photo : Radio-Canada / Veronique Duval
Les détaillants partenaires ne suffisent plus
Le président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, Pierre-Alexandre Blouin, n’est guère optimiste.
Il est d’avis que Consignaction ne parviendra même pas à compléter l’ensemble de son réseau avant le début de la consigne sur les bouteilles de vin et de spiritueux, en mars 2027. Le réseau est censé compter alors 400 points de retour.
On n’arrivera probablement pas à ce chiffre-là, prévient-il. Quel sera l’impact sur la capacité de reprise des contenants consignés sur le terrain? Quel sera l’impact sur le service aux clients? Nous, c’est la grande préoccupation qu’on a actuellement.
M. Blouin ne croit pas que les épiceries et les dépanneurs puissent absorber une telle quantité de contenants consignés s’il n’y a pas suffisamment de centres Consignation.
Les consommateurs des régions qui n’ont pas de centres Consignaction ou qui n’en comptent que quelques-uns doivent continuer à retourner leurs contenants consignés dans des épiceries ou dans des dépanneurs. Certains commerçants sont ainsi débordés par la quantité de matières qu’ils reçoivent depuis que la consigne a été élargie, en mars 2025.
En effet, le système repose encore en grande partie sur les détaillants, alors qu’il y en a de moins en moins qui reprennent les contenants consignés en raison de la réforme du système. Quelque 60 % des contenants consignés retournent chez les commerçants encore de nos jours.
On ne peut pas continuer à être l’épine dorsale de la reprise des contenants consignés. Ça doit aller dans les sites Consignaction.
Certaines régions, en plus de manquer de centres Consignaction, ne peuvent compter que sur une poignée de détaillants pour les retours.

Pierre-Alexandre Blouin est président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec.
Photo : Radio-Canada
Depuis le 1er mars 2025, tous les contenants de boissons prêtes à boire en plastique de 100 millilitres à 2 litres sont consignés avec une valeur de 10 cents.
Pour s’assurer que le réseau de Consignaction soit achevé en mars 2027, quand la consigne sur les bouteilles de vin va entrer en vigueur, Québec a imposé des échéances à l'organisme pour l'aménagement de ses lieux de retour. Selon la réglementation, Consignaction doit en avoir au moins 200 en mars 2026, 300 en septembre et 400 en mars 2027.
Le règlement prévoit un grand total de 1200 points de retour dans le cadre d’un système hybride, soit 400 centres Consignaction et 800 autres chez divers détaillants.


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