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Nathaniel Frigon a été condamné à une peine globale de 34 mois de détention pour conduite dangereuse ayant causé la mort de deux personnes, fuite des lieux et possession de stupéfiants dans le but d’en faire le trafic. C’est la peine qu’a prononcée le juge Jean-Pierre Gervais, jeudi, au palais de justice d’Amos.
Frigon avait reconnu le 14 octobre dernier sa culpabilité à six chefs d'accusation en lien avec l’accident qu’il a causé, tard dans la soirée du 9 septembre 2023. L'accident avait coûté la vie à sa copine du moment, Amyrah Maranda, alors âgée de 21 ans, et à son ami Mario Lessard, qui avait 28 ans. Une troisième passagère, Joanie Doiron, n’avait pas subi de blessures importantes, mais Nathaniel Frigon l’avait abandonnée sur place.
La témérité de Nathaniel Frigon et la vitesse à laquelle il conduisait, sans écouter Joanie Doiron qui lui demandait de ralentir, lui ont fait perdre le contrôle de son véhicule et finir sa course dans un fossé à plus de 120 km/h. Dans la voiture, les policiers ont trouvé des quantités importantes de cannabis, de méthamphétamine et de champignons magiques destinés à la revente.
Bien qu’il ait voulu se livrer aux autorités le lendemain de l’accident, ce n’est que le 20 décembre 2023 qu’il a été interpellé par les policiers, puis remis en liberté sous conditions.

Selon l'enquête, la voiture roulait à une vitesse se situant entre 133 et 136 km/h dans les instants qui ont précédé la sortie de route survenue sur la route de l'Aéroport à Amos. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Potentiel de réhabilitation
Son avocate, Me Clara Daviault, a fait valoir lors des observations sur la peine, en mars dernier, qu’il avait beaucoup cheminé et que son potentiel de réhabilitation était excellent. Frigon avait alors exprimé ses remords et présenté ses excuses aux familles des victimes. Il est aujourd'hui âgé de 28 ans.
Dans une décision écrite d’une douzaine de pages, le juge de la Cour du Québec a reconnu tout le chemin parcouru par Frigon, mais il a rejeté d’emblée la suggestion de la défense, qui croyait qu’une peine d’un an de détention avec une probation de trois ans serait suffisante.
Il a reconnu l’empathie et la responsabilisation de Nathaniel Frigon ainsi que son fort potentiel de réhabilitation, alors qu’il a complètement changé son mode de vie, qu'il occupe un emploi stable, qu'il a fondé une famille et qu'il reçoit le soutien positif de sa famille et de sa conjointe.
Dénoncer et dissuader
Le magistrat a toutefois rappelé que le législateur privilégie la dénonciation et la dissuasion pour les infractions de conduite dangereuse causant la mort ou des lésions corporelles. Il a aussi insisté sur les conséquences du crime sur les familles des victimes.

Sur les lieux de l’accident, deux croix décorées en souvenir des victimes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
En somme, comme on peut s’y attendre, le décès de ces jeunes personnes survenu dans ces circonstances affecte lourdement leur entourage respectif, et les séquelles seront inévitablement durables, a-t-il affirmé.
Il s’est néanmoins aussi éloigné de la recommandation d’une peine globale de 5 ans réclamée par Me Andrée-Anne Gagnon, procureure aux poursuites criminelles et pénales, en imposant une peine qui totalise 34 mois de détention, en plus d’une interdiction de conduire pendant deux ans après sa remise en liberté. Sa peine sera purgée dans un pénitencier fédéral.
À sa sortie de prison, ce dont la société a besoin, c’est que monsieur Frigon reprenne sa place, soit respectueux des lois et redevienne un actif pour sa communauté, a souligné le juge Jean-Pierre Gervais.
Il lui sera aussi interdit de posséder des armes à feu et des explosifs pour une durée de 10 ans.
Une peine jugée insuffisante
Présents lors du prononcé de la peine, des membres de la famille d’Amyrah Miranda ont exprimé en entrevue leur insatisfaction face à la peine imposée à Nathaniel Frigon.

La grande amie d'Amyrah, Layna Poucachiche, la grand-mère de sa fille, Edith Boucher, ainsi que ses sœurs Lucy-Anne et Dreanna, tenaient à être présentes pour le prononcé de la sentence.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Il n’y aura jamais de peine assez exemplaire pour notre douleur. On sait que la justice au Québec est un peu difficile présentement. Je considère que c’est une sentence bonbon, mais je vais vivre avec la décision du juge. J’ai un cheminement à faire à travers cette décision, a réagi Édith Boucher, la grand-mère paternelle de la petite fille de 4 ans d’Amyrah, dont elle a la garde.
Lucy-Anne et Dreanna, deux sœurs d’Amyrah, n’ont pour leur part pas cru à la sincérité des remords et des excuses de Nathaniel Frigon. Elles espéraient une peine plus lourde.
Je trouve que la sentence, ce n’est pas assez pour moi. La justice n’a pas fait son travail comme je l’aurais espéré. Le fait que Nathaniel soit parent et tout ça, il savait que ma sœur était mère d’un bébé. Ma nièce, elle n’aura plus jamais la possibilité de vivre avec, ni de la voir, ni juste de lui donner un câlin, de la chaleur maternelle, a déploré sa petite sœur, Lucy-Anne Maranda.
J’étais la plus proche d’Amyrah au moment de son décès. Aujourd’hui, je suis un peu fâchée, honnêtement. J’espère qu’il a ressenti ma colère. Ses excuses ne sont pas honnêtes, je le ressens en moi, a confié Dreanna Maranda Michel, à sa sortie du tribunal.

Joanie Doiron.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Peu importe la sentence qu'il aurait eue, ça ne ramènera jamais Mario puis Amyrah. Ils ne méritaient pas de mourir dans cet accident-là. J’espère qu'il va comprendre de ses actions, a souligné pour sa part la seule autre survivante de cet accident, Joanie Doiron.


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