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À quelques kilomètres de distance, le prix de l’essence peut varier de plus de 10 cents le litre en Alberta. Des écarts qui ne tiennent pas uniquement du prix du pétrole, des conflits géopolitiques ou des taxes des différentes régions : ils dépendent aussi du plan d’affaires, de la concurrence locale et de la marge que chaque détaillant choisit — ou peut se permettre — de conserver.

Lundi, alors que plusieurs stations de la région d’Edmonton affichaient l’essence ordinaire autour de 176,9 ¢/l, certaines stations de Stony Plain et de Spruce Grove vendaient le litre à 160,9 ¢.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Pour comprendre l'écart de prix proposé par les différentes stations, il faut d’abord décomposer le prix à la pompe, explique Carol Montreuil, vice-président de l’Association canadienne des carburants.
Quatre éléments entrent en jeu : le prix du pétrole brut, le raffinage, la vente au détail et les taxes.
Une fois le carburant acheté auprès du fournisseur, le transport et les taxes payés, le détaillant dispose d’une certaine latitude sur sa marge permettant d'entreprendre diverses stratégies, selon le plan d'affaires.
La pression pour garder les prix les plus bas est énorme pour les stations, pour vendre le plus d'essence. Les dizaines de compétiteurs qui existent dans le marché albertain se livrent une guerre féroce présentement, pour attirer les consommateurs chez eux.

Dan McTeague, analyste à GasBudy.com, indique que le prix de l'essence en Alberta dépend des détaillants.
Photo : Radio-Canada / CBC/Radio-Canada
Dan McTeague, président de l'organisation des Canadiens pour une énergie abordable, estime que la marge au détail tourne souvent autour de 10 à 12 cents le litre. Dans des marchés concurrentiels comme Edmonton ou Calgary, certaines stations acceptent toutefois de la réduire pour attirer davantage d’automobilistes.
L’essence comme produit d’appel
Les grandes chaînes et les détaillants vendant d'autres services ou d'autres biens que de l’essence disposent d’un avantage important dans leur détermination de prix de vente, alors qu'ils peuvent accepter de réduire leur prix sur chaque litre, tout en récupérant une partie de leurs revenus ailleurs.

Les multinationales peuvent se permettre de baisser leur prix d'essence, tous en générant du profit, selon les experts.
Photo : Radio-Canada / Antoine Proulx
Un magasin, un lave-auto ou un restaurant d'une grande chaîne lié aux différentes stations d'essence peut ainsi aider à rentabiliser l’ensemble du site. Chez certains grands détaillants, l’essence devient même un produit d’appel destiné à faire venir les clients.
Ce n’est plus l’essence en elle-même ou le diesel en lui-même qui va faire en sorte qu’une station-service va rentrer dans ses frais, explique M. Montreuil.
Les indépendants plus exposés
Une station qui écoule beaucoup de carburant, attirant un volume de client plus grand, peut fonctionner avec une marge plus mince sur chaque litre. À l’inverse, une petite station qui vend moins de volume dispose de moins de latitude pour suivre une guerre de prix.

Greg Yohemas, gérant et propriétaire de la station-service familiale Salisbury Petroleum.
Photo : Radio-Canada
Impossible de rivaliser avec le prix des grandes pétrolières. Elles possèdent de nombreuses stations et peuvent ajuster leurs prix à l’échelle de leur réseau avec leurs autres ventes, ce qui n’est pas mon cas.
Étant propriétaire d'une station indépendante de la région d’Edmonton, Greg Yohemas affirme n'avoir pas le choix d'afficher un prix d’essence plus élevé que la moyenne, pour que son entreprise demeure rentable.
S’il achète une cargaison à prix élevé et que le marché recule le lendemain, il doit choisir entre conserver un prix plus élevé que ses concurrents, ou réduire sa marge.
Un petit exploitant dépend du prix que son fournisseur peut lui offrir. Il faut espérer acheter au bon moment et au bon prix, résume-t-il.
Selon lui, cette volatilité s’est accentuée au cours des derniers mois. Son entreprise brasse davantage d’argent qu’il y a un an en raison de la hausse des prix, dit-il, mais avec des profits plus faibles.
Une baisse de taxe qui ne fera pas disparaître les écarts
À compter du 1er octobre, l’Alberta suspendra sa taxe provinciale de 13 cents le litre sur l’essence et le diesel jusqu’à la fin de l’année.
Ladite mesure réduira une composante commune du prix à la pompe, mais elle ne fera pas disparaître les écarts entre stations.
Le prix payé par les automobilistes continuera de dépendre du coût d’approvisionnement de chaque détaillant, du moment où il achète son carburant, de son volume de vente, de sa concurrence et de la marge qu’il peut absorber.
Le gouvernement provincial affirme qu’il surveillera les prix à la pompe pour s’assurer que l’allégement fiscal est transmis aux consommateurs.


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