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Comment Winnipeg lutte contre la traite des personnes dans les locations à court terme?

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Les criminels utilisent de plus en plus les plateformes de location à court terme pour la traite des personnes. Face à cette réalité, la Ville de Winnipeg a décidé de s'attaquer au phénomène grâce à une sensibilisation et à de nouvelles réglementations, s'imposant ainsi comme un modèle prisé ailleurs au pays.

Contrairement aux hôtels traditionnels, les locations de courte durée, disponibles notamment sur les plateformes Airbnb et Vrbo, n'ont pas de réception pour garder un œil sur leur clientèle. L'accès autonome par boîtier sécurisé permet aux criminels d'entrer et de sortir en toute discrétion, souvent avec des réservations effectuées sous de faux profils, sans jamais croiser les propriétaires ou éveiller les soupçons.

La réponse de Winnipeg

En avril 2024, la capitale manitobaine a rendu obligatoire l'obtention d'un permis municipal (nouvelle fenêtre) pour tous les propriétaires souhaitant exploiter une entreprise de location de courte durée.

La réglementation impose des limites strictes sur le nombre d'occupants, interdit les locations de plus de 29 nuits consécutives et soumet les exploitants à des vérifications d'antécédents et à des frais annuels, sous peine de pénalités.

La Ville souligne que ce programme établit des normes minimales pour la sécurité et favorise l'équité. L'administration reconnaît que l'exploitation sexuelle passe souvent inaperçue et que les trafiquants privilégient ces propriétés pour leur anonymat.

Winnipeg a collaboré avec la Fondation Joy Smith pour développer du matériel éducatif. Désormais, un panneau d'affichage de sensibilisation doit être visible en tout temps à l'intérieur de chaque logement loué.

Une affiche de la fondation Joy Smith posée à l'intérieur d'une location courte durée.

L'affiche obligatoire rappelle que 93 % des victimes de traite des personnes au pays sont nées au Canada, que l'âge moyen des victimes est de 13 ans et qu'une victime génère 280 000 $ annuellement pour un trafiquant.

Photo : Radio-Canada / Raoul Junior Lorfils

Beaucoup de propriétaires nous ont dit qu'ils n'étaient absolument pas conscients du problème ni que leur propre logement pouvait être utilisé par des prédateurs. C'est l'objectif de la campagne : mettre ces connaissances directement entre leurs mains, affirme Janet Campbell, présidente-directrice générale de la fondation.

La police de Winnipeg confirme que la grande majorité du temps, le propriétaire ignore complètement que sa propriété est utilisée à cette fin jusqu'à ce qu'il soit contacté par la police.

Une affaire judiciaire révélatrice

En 2024, une affaire judiciaire à Winnipeg a mis en lumière cette sombre mécanique. Malik Regele Marc, 24 ans, originaire de Calgary, a convaincu une élève québécoise âgée de 18 ans qu'ils sortaient ensemble. Il l'a invitée à entreprendre un périple avec lui à travers le pays avec la promesse qu'ils y gagneraient de l'argent. La jeune femme n'avait aucune idée du piège qui se refermait sur elle.

Selon un exposé conjoint des faits provenant de la Cour provinciale du Manitoba, M. Marc a voyagé avec la victime à travers cinq villes du pays, jusqu'à Winnipeg. En utilisant des maisons de vacances et des locations de courte durée, il l'a forcée à offrir des services sexuels à une cinquantaine d'hommes en l'espace de 15 jours. La victime a finalement réussi à contacter une amie, qui a alerté la police. En avril 2025, l'homme a plaidé coupable et a été condamné à huit ans d'emprisonnement, dont sept pour traite des personnes.

Ce cas n'est pas isolé. En novembre 2025, la police de Winnipeg (WPS) et la Gendarmerie royale du Canada ont mené une vaste opération conjointe qui s'est soldée par l'arrestation de 32 hommes en 3 jours pour avoir obtenu des services sexuels, au Manitoba. Les autorités ont confirmé qu'au moins un logement de location à court terme était impliqué. En juin 2026, la police a participé à une opération à Brandon menant à 23 arrestations. Là encore, au moins une location de courte durée a été utilisée par des réseaux d'exploitation.

Un crime invisible et sous-déclaré

Selon les experts, la traite des personnes est un délit particulièrement difficile à détecter, car les trafiquants ont recours à la manipulation psychologique et au contrôle coercitif plutôt qu'à la force brute. Il s’agit aussi d’un problème qui recoupe des enjeux de société plus vastes, comme la toxicomanie, la pauvreté et l’itinérance.

Janet Campbell explique que la nature même du crime rend la compilation de données officielles ardue.

Au fil des décennies, nous avons soutenu plus de 7000 survivants et leurs familles à travers le Canada. Nombre de ces cas se sont déroulés dans des locations de courte durée, des propriétés privées, ainsi que dans des hôtels , explique l'experte.

Elle rappelle que les chiffres ne montrent qu'une fraction de la réalité. Par peur ou parce qu'elle ne réalise pas immédiatement son statut de victime, la personne exploitée porte rarement plainte sur le coup.

À l'échelle nationale, Statistique Canada a recensé 5070 incidents entre 2014 et 2024 (nouvelle fenêtre), avertissant que ces données ne fournissent qu'un portrait très partiel d'un crime extrêmement sous-déclaré.

La sécurité n’incombe pas uniquement aux forces de l’ordre

Dans l'entrée d'une maison de location de courte durée du quartier Rillwood Place, à Winnipeg, l'affiche de sensibilisation est accrochée à côté des consignes du lieu. Pour Debbie Umukadjo, la propriétaire, c'est un véritable engagement citoyen.

Cela me rassure de savoir que j'apporte ma pierre à l'édifice pour créer un environnement où les clients, les voisins et la communauté savent que la sécurité est prise très au sérieux ici, dit-elle.

La sécurité n'incombe pas uniquement aux forces de l'ordre, c'est une responsabilité que nous partageons tous.

Un modèle winnipégois qui s'exporte

En intégrant la prévention directement dans son processus d'octroi de permis, Winnipeg fait figure de pionnière, suscitant un vif intérêt au-delà du Manitoba.

La Ville de Winnipeg a fait preuve d'un véritable leadership, souligne Janet Campbell, précisant que son organisme a été sollicité par des municipalités de l'Ontario, de la Nouvelle-Écosse, de l'Ouest canadien, et même par la Ville de New York pour s'inspirer de ce travail.

J'ai reçu une demande de la ville de New York sollicitant notre soutien pour le travail que nous avons mené ici, à Winnipeg.

Des géants de la location en ligne affirment exiger le respect des lois locales et assurer leur entière collaboration avec les autorités.

Airbnb souligne réaliser des investissements pour la formation des hôtes et des voyageurs sur la façon d'identifier et de signaler les problèmes potentiels. La plateforme ajoute également appuyer les policiers dans leurs enquêtes. Vrbo tient un discours similaire, rappelant que la plateforme interdit toutes les formes d'esclavage moderne, de servitude, de travail forcé et de traite de personnes.

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