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Édouard de Mareschal est peut-être issu d’une longue lignée, mais il ne fait pas honneur à la France. Souvent, dans les journaux, les grands plumes n’osent pas aller sur les terrains minés, et laissent à de jeunes ambitieux la tâche de se prendre les retours de bâton.
On apprend qu’Édouard est « grand reporter », puis « journaliste web », puis « adjoint aux matinales ». C’est bien ce qu’on disait, c’est le petit fusible qui va assumer l’article à charge. Nous avons relevé plusieurs fautes dans son acte d’accusation, mais pouvait-il en être autrement ?
L’article étant payant, nous n’allons pas le diffuser, seulement quelques parties trafiquées. On commence par le titre :
« Les jeunes qui se politisaient en ligne croisaient forcément sa route » : comment Soral a intoxiqué toute une génération
Certains, plus prudents, parleraient d’éduquer toute une génération, de la politiser, voire de l’éclairer. Une telle influence ne vient pas de nulle part. On ne peut pas en dire autant de François Hollande, par exemple : que représente-t-il pour les Français, pour sa génération, à part un gros radsoc qui sort de table ? Rien. Zéro idée, zéro vision, zéro charisme, normal, c’est un fiscaliste.
Donc parler d’intoxication pour un site ouvert à tous qui a enchanté et réenchanté politiquement des millions de jeunes, c’est de la pure désinformation (que fait la SDJ du Figaro ?). Avant cela, les jeunes ne votaient pas, ou peu. En les politisant, en les polarisant aussi (mais on remarque que ce sont les « vieux » qui haïssent Soral, pas les jeunes), il leur a donné une importance, et on le voit aujourd’hui avec la multiplication des sites d’information de qualité, tous, qu’ils le veuillent ou pas, pouvant être qualifiés de bébés Soral.
Édouard voudrait peut-être que le diable – celui de l’ignorance politique – rentre dans sa boîte ? Second paragraphe, l’intro :
Dans les années 2010, Alain Soral était déjà ostracisé et condamné par la justice pour ses propos antisémites. Mais en ligne, il est parvenu à fédérer par ses outrances toute une génération peu politisée, pour qui il était devenu un référentiel anticonformiste presque clownesque.
Primo, on sait tous ce que vaut cette justice, qui la tient et pourquoi. Ignorer cela, et, plus grave, ne pas le dire, c’est rester à la surface des choses, c’est pourquoi on parle, ici, de politique profonde. C’est pas Édouard (et pourtant, son journal est censé être de droite) qui va nous parler de la justice de gauche, inféodée aux loges, elles-mêmes fournisseuses de ministres, qui en retour donnent leurs ordres à la hiérarchie, au parquet, aux procs, magistrats, mur des cons, etc.
À l’arrivée, le propriétaire qui défend son bien prend des années de taule, tandis que le voleur est dédommagé, victimisé, protégé. Comment voulez-vous, cher Édouard, que les Français n’aient pas envie de se faire la haute ?
Secundo, les « outrances » : pour qui a quelques lettres, il y a la forme, et le fond. La forme permet de toucher un public désiré, ici les jeunes, et le fond d’envoyer un message, plus ou moins subliminal. Avec Soral, le message n’était pas subliminal, et c’est ça qui plaisait, pour ne parler que de 2010. Il s’adressait aux jeunes comme à des personnes, dignes de respect, en s’adressant à leur intelligence, ce qui a fait grandir leur conscience politique, et, il faut bien le dire, révolutionnaire aussi.
Là, c’est vrai, on peut comprendre que le Système et ses employés, petits et grands – n’est-ce pas Édouard ? –, puissent être mécontents. S’attacher à quelques gros mots ou expressions gauloises imagées pour salir ou refuser le fond, c’est une escroquerie intellectuelle. Inversement, tous les intellectuels validés par le Système généralement mentent ou racontent des conneries, mais avec de jolis mots, des phrases bien propres...
« Presque clownesque » : oui, il y a du clown en Soral, c’est-à-dire du jeu, de l’acting, ça fait partie de la forme, de l’efficacité du message, et c’est ce qui plaît. Quand on voit les sépulcres blanchis du camp d’en face, visages et corps affadis, parfois effondrés (regardez la galerie physique de nos intellos), qui professent tous la même salade, qui n’ont aucun humour et qui jouent les sages, on se marre ! Enfin, on se marre pas, justement. Le problème, et ce qu’Édouard ne sait pas, c’est que l’intelligence va avec l’humour.
Sinon, au hasard des paragraphes, on est tombés sur « sous-culture en ligne », ce qui n’est pas très gentil car quand on voit le catalogue Kontre Kulture, parfois, il faut se hisser au niveau ! Y a pas que du simple ! À propos de simple, Julien Rochedy est appelé à la rescousse par Édouard pour analyser le phénomène sous-culturel (Kontre Sous-Kulture ? C’est pas mal, ça, ça sonne bien).
« Les jeunes qui cherchaient à se politiser à droite contre le progressisme, contre le gauchisme ambiant et la mondialisation heureuse, croisaient forcément la route d’Éric Zemmour et, dans une certaine mesure, d’Alain Soral... À l’époque, le discours de Soral portait surtout par sa critique radicale du progressisme, du gauchisme ou du féminisme et pas tellement par son antisémitisme. Je pense d’ailleurs que c’est cet antisémitisme complètement dingue dans lequel il s’est enfermé qui lui a fait perdre l’adhésion des jeunes. »
Et ces jeunes ont grandi, physiquement et politiquement, et maintenant ils votent Bardella, qui lui a été formé par l’école Soral... Visiblement, vu l’impact du programme soralien et la grande peur des bien-pensants, l’adhésion est là ! Mais, effectivement, au vu de la répression et de la prudence des Français en tyrannie, elle est dans les têtes. Et c’est ce qui compte. Ne parle-t-on pas de gagner les têtes et les cœurs ? L’influence réelle, elle se mesure à ça.
Allez, maintenant qu’Édouard est célèbre, on va célébrer l’influence de Soral à droite comme à gauche avec le dernier pâté du Figaro, qui contredit complètement le projet de l’article. Merde, tous ces gens intelligents qui ont admis avoir lu ou écouté Soral et dont ça a changé la trajectoire...
Si le discours soralien a surtout trouvé un public à droite, il a aussi pénétré les milieux de gauche. L’essayiste Amine El Khatmi, qui a fait ses armes au Parti socialiste, affirmait récemment sur Radio J qu’Alain Soral avait « infesté des générations d’ados, et aussi LFI ». Il cite pour exemple le cas de David Guiraud, maire de Roubaix qui avait reconnu avoir été sensibilisé au conflit israélo-palestinien, puis avoir rallié la cause palestinienne, en écoutant dans sa jeunesse les vidéos de Soral et Dieudonné. L’élu LFI, expliquait dans Libération qu’à l’époque, « ils étaient les seuls à prendre à bras-le-corps ce sujet ». David Guiraud a depuis accusé le journal d’avoir « déformé ses propos ». Le parti a aussi dû faire le ménage chez des brebis galeuses : en juin 2024, il écartait en catastrophe Reda Belkadi, candidat investi par le NFP pour les législatives dans le Loir-et-Cher. Dans de nombreux messages exhumés sur Twitter, l’individu se vantait d’avoir été « soralien » et multipliait les sorties anti-juives ou homophobes. D’autres figures de la gauche alternative, aujourd’hui totalement marginalisées, ont affiché par le passé leur proximité avec l’essayiste antisémite. Citons Étienne Chouard, enseignant et militant politique qui a connu son heure de gloire au moment des « gilets jaunes » lorsqu’il défendait la mise en place d’un RIC, pour « Référendum d’initiative citoyenne ». Dans les années 2010, il expliquait avoir été « sensibilisé à la question du sionisme » par Soral.
L’antisionisme, voire l’antisémitisme traversent toujours les courants de la gauche radicale et « décoloniale », y compris chez LFI - rappelons par exemple les récents jeux de mots douteux de Jean-Luc Mélenchon sur les consonances juives de Jeffrey Epstein ou de Raphaël Glucksmann. Mais ils se fondent sur d’autres bases idéologiques que les discours soraliens, y compris chez les jeunes où il n’a jamais eu vraiment prise. « Bien sûr, on partageait ces memes comme des blagues. De la même façon qu’on a pu se moquer d’Henri de Lesquen », se souvient un ancien de l’Unef, aujourd’hui proche de LFI. « Personne ne le prenait au premier degré. Ils ont quelque part bénéficié d’une certaine complaisance parce qu’ils étaient un peu perçus comme des comiques, d’une certaine façon », se souvient-il. Mais il assure que jamais il n’a été pris comme référence sérieuse par qui que ce soit au sein de la gauche radicale « Les références, c’était Marx ou n’importe qui d’autre, mais pas un antisémite qui était passé par le Front national... »
Aujourd’hui ostracisé par l’ensemble du spectre politique et intellectuel français, Alain Soral garde une aura certaine dans des petits milieux viscéralement antisémites ou complotistes. Ses obsessions sur l’existence d’une « oligarchie financière mondialisée » sous la coupe d’un « pouvoir juif ou sioniste », contre laquelle les Français « de souche » et ceux issus de l’immigration doivent se battre côte à côte, trouvent toujours leur public. Mais il est acculé par les condamnations judiciaires – dernièrement, il a été condamné à deux ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, en raison de son soutien au collectif de « l’Axe de la résistance », dont les publications faisaient l’objet de poursuites pour apologie du terrorisme. Cette peine, assortie d’un mandat d’arrêt, l’a fait fuir en Russie où désormais, il s’exprime en clamant être « devenu un réfugié politique ».
Ouf pour Édouard, ça finit bien : le grand influenceur est acculé par la justice. Euh, aux ordres de qui, déjà ? Pour dire ce qu’est la meute, elle aussi aux ordres de qui, on peut reprendre l’exemple du kevlar.


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