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Environnement 17/06/2026 06:30 Actualisé le 17/06/2026 07:47
Quelques aménagements pourraient faire perdre plusieurs degrés dans une ville. L’illustrateur et urbaniste Benjamin Marquette sort son crayon pour l’expliquer.

Deux vues de Le Rochelle et Paris transformées, imaginées par Benjamin Marquette, illustrateur et urbaniste.
EN BREF • Alors qu’une vague de chaleur est attendue ce mercredi sur la France, Le HuffPost interviewe l’urbaniste et illustrateur Benjamin Marquette.
• Ces dessins futuristes proposent des visions des villes adaptées au réchauffement climatique pour sensibiliser aux enjeux climatiques et inspirer des transformations urbaines.
• Il souligne l’importance de la végétalisation des métropoles et la nécessité de repenser la mobilité pour atténuer les effets des vagues de chaleur en milieu urbain.
À nouveau, le thermomètre s’emballe en France. Il pourrait grimper jusqu’à 40 °C ce dimanche, selon Météo France qui annonce le début d’une vague de chaleur précoce ce mercredi 17 juin. Ventilateurs, éventails, brumisateurs… Malgré tous ces petits gestes, une telle chaleur reste difficile à supporter. En particulier en ville, où la canicule peut rapidement devenir étouffante.
Pourtant, quelques transformations pourraient changer la donne. Pour le montrer, l’illustrateur et urbaniste Benjamin Marquette s’est lancé dans un vaste projet : dessiner le futur des grandes villes françaises. Ses illustrations permettent d’imaginer plus concrètement à quoi ressemblerait une canicule « supportable », dans une ville comme Paris.
Depuis un an et demi, Benjamin Marquette partage son travail sur les réseaux sociaux, avec l’envie de sensibiliser aux enjeux climatiques, en montrant que des solutions existent. Une vision rafraîchissante de l’avenir, qu’il a accepté de partager avec Le HuffPost. Car le réchauffement climatique se poursuit et promet des canicules plus fréquentes, plus longues et plus intenses dans les décennies à venir.
Le HuffPost : Qu’est-ce qui vous a donné envie de lancer ce projet de dessiner l’avenir des villes françaises ?
Benjamin Marquette. Avec ma double casquette d’urbaniste et illustrateur, j’ai développé ce concept un peu nouveau : « les macro-illustrations ». Je dessine tout un quartier, voire toute une commune, dans une illustration très grand format, avec énormément de détails à l’intérieur.
L’idée est de montrer concrètement à quoi pourront ressembler demain nos quartiers, nos rues, nos monuments. Comme je travaille sur format numérique, chaque élément peut être modifié ou déplacé pour imaginer différents scénarios.
Que faudrait-il changer dans une ville comme Paris pour mieux supporter les canicules à l’avenir ?
Il existe plein de solutions en réalité ! À commencer par la plantation d’arbres : un simple alignement d’arbres peut refroidir une rue de près de 5 degrés lors d’un épisode de canicule. À Paris intra-muros, le potentiel de plantation est estimé à près de 20 000 arbres d’alignement, selon une étude de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme, NDLR).
Il faut également transformer progressivement les espaces publics. Je pense par exemple aux cours d’écoles, qui peuvent être végétalisées. À terme, ce qui serait génial, ce serait de créer des sortes de grandes avenues vertes dans les villes : des axes plantés, conçus pour les cyclistes et les piétons. C’est ce que je représente dans mes dessins. Par exemple, j’ai imaginé avec 300 citoyens une place de la Concorde plus végétalisée et vivante.
Il est aussi important de transformer les barres d’immeubles, les grandes tours, pour mieux les isoler. C’est un chantier colossal et coûteux, mais indispensable pour mieux vivre les canicules en ville.
Ces solutions sont-elles faciles à mettre en œuvre dans des villes déjà très construites comme Paris ?
Dans les grandes villes, on a forcément des contraintes. Les réseaux souterrains nous empêchent par exemple de planter des arbres partout où l’on le voudrait. Mais cela reste possible. Reprenons l’exemple de la place de la Concorde : un projet a finalement été retenu par la municipalité, et il prévoit de végétaliser les trois quarts de l’espace.
Et puis les villes continuent de se construire, et cela représente un levier important. On pourrait imaginer une norme imposant que chaque nouveau bâtiment intègre une part de toiture ou de façade végétalisée. Ces aménagements permettent de faire baisser la température de plusieurs degrés ; ce n’est pas négligeable en temps de canicule.
À l’inverse, quelles sont les erreurs que continuent de commettre certaines villes et qui risquent d’aggraver encore les effets des canicules dans les années à venir ?
Le nerf de la guerre, c’est la mobilité. Certaines communes se vantent encore de proposer des parkings de plusieurs centaines de places en plein centre-ville, parfois sur la place principale. Pourtant, ces espaces pourraient être consacrés à la végétalisation, tandis que les parkings seraient déplacés en périphérie sous forme de parkings relais.
Les voitures ne se contentent pas de polluer : elles nécessitent aussi des infrastructures importantes, notamment de vastes surfaces asphaltées qui accumulent puis restituent la chaleur.
À l’inverse, les vélos ou les tramways peuvent circuler sur des espaces plus végétalisés. C’est un sujet central quand on parle de température en ville. D’autant que les bénéfices sont multiples : un sol désimperméabilisé va non seulement moins se réchauffer, mais aussi mieux absorber l’eau, et donc contribuer à réduire les risques d’inondation.
Vous êtes suivi par plus de 20 000 personnes sur Instagram. Quelles réactions suscitent vos illustrations futuristes ?
Les réactions sont plutôt positives, à part pour certaines illustrations qui cherchent volontairement à provoquer le débat. Je considère en effet qu’il s’agit d’une étape importante de mon travail, qui fait vraiment partie du processus de sensibilisation, et qui permet ensuite de créer de nouveaux imaginaires. Par exemple, j’ai dessiné une grande autoroute traversant Central Park.
L’objectif était de rappeler que New York aurait pu prendre une telle direction. Il s’agit d’une des seules villes américaines à avoir échappé à la philosophie du « tout voiture » notamment grâce au travail de l’activiste Jane Jacob, qui avait lutté contre l’essor de la voiture dans les années 60-70. Ce sont souvent ces illustrations-là qui suscitent les échanges les plus intéressants dans les commentaires.
Quel est votre processus de travail pour concevoir et dessiner ces illustrations ?
D’abord, il n’y a pas d’intelligence artificielle dans mon travail. Produire une illustration me demande au minimum 100 heures de travail. Je pars généralement de vues aériennes, notamment de Google Earth, puis je m’appuie sur des documents, comme des archives d’études d’urbanisme ou des concours de paysage, et sur ce que l’on sait de l’avenir climatique.
Je m’inspire aussi de ce qui se fait à l’étranger, notamment aux Pays-Bas, en termes d’aménagement de la ville. Enfin, je prends en compte les contraintes du territoire. Je travaille d’ailleurs régulièrement avec les collectivités et des élus pour les aider à se projeter dans leurs transitions.
À terme, j’aimerais produire une macro-illustration pour chaque grande ville française, pour montrer les différentes solutions dont nous disposons pour faire face aux fortes chaleurs, repenser les déplacements et adapter nos espaces urbains. Quoi de mieux que l’illustration pour cela ? Un coup de crayon, des mini-bandes dessinées… Et l’on peut rendre tangible ce qui paraît encore abstrait. J’espère que cela contribuera à nourrir le débat public et à inspirer les villes de demain.


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