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À un an de l'élection présidentielle en France, les contacts se multiplient entre l'extrême droite et le patronat. Dernier épisode en date, lundi midi, lorsque le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a été reçu par le principal syndicat patronal, le Medef. Lors d'un déjeuner avec les membres du bureau exécutif de l'organisation, celui-ci leur a présenté "les grandes lignes" du programme économique du RN.
Toujours ce lundi, Jordan Bardella et la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen ont également envoyé un courrier aux chefs d'entreprise. Dans leur lettre, ils indiquent vouloir "entendre les propositions des patrons pour redresser la France". "Notre objectif est d'élaborer un grand projet d'ordonnance de simplification, qui sera publié dès le début du mandat, afin de libérer l'économie française de ces entraves coûteuses et d'accompagner la relance de la production" peut-on y lire.
Deux semaines plus tôt, le 7 avril, Marine Le Pen rencontrait déjà dans un restaurant chic de la capitale, une quinzaine de patrons du CAC 40 à l'initiative du club "Entreprise et Cité". Parmi eux figuraient l'homme le plus riche de France et PDG de LVMH, Bernard Arnault, le dirigeant de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, la directrice générale du groupe Engie, Catherine MacGregor, le président du groupe Renault, Jean-Dominique Senard, ou encore le président du groupe Capgemini et de l'association Entreprise et Cité, Paul Hermelin.
Attaque – défense
Ces rencontres entre l'extrême droite et le patronat suscitent interrogation et crispation. La secrétaire nationale de la CFDT Marylise Léon a déploré le "cynisme" du Medef. "Aujourd'hui, on a besoin de repères clairs et pour la CFDT, l'extrême droite et le Rassemblement national en particulier n'est pas un parti comme les autres", a-t-elle souligné sur Franceinfo.
"Des digues s'affaissent, des rapprochements s'organisent, alors même que la plus grande partie du patronat considère toujours les propositions de l'extrême droite comme funestes", a déclaré pour sa part Pascal Demurger, directeur général de la mutuelle d'assurance MAIF dans une tribune au Monde. C'est pourtant une erreur tactique autant qu'une illusion politique. Ce rapprochement sert avant tout les intérêts d'un parti qui a un besoin vital de renforcer sa culture économique et de consolider ses réseaux pour asseoir sa légitimité."
"Oui, je suis allé au dîner du RN. Il faut parler avec tout le monde car nous sommes en démocratie, mais cela ne veut pas dire que nous sommes alignés", s'est notamment défendu Thomas Buberl, directeur général d'Axa, sur BFMTV.
Un seul candidat serait capable de barrer la route à Jordan Bardella à la présidentielle, selon un sondage qui "fait grimacer le RN""Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment que non, c'est une force qui pèse lourd au Parlement", s'est justifié Patrick Martin, le président du Medef, lors d'une conférence de presse, le 15 avril, où il a exposé le plan de bataille de son organisation en vue de peser dans la campagne de l'élection présidentielle. Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait pris massivement le parti du Rassemblement national, c'est faux".
Premier tête à tête
Patrick Martin a d'ailleurs relevé que le Medef avait déjà rencontré d'autres présidents de parti dont Gabriel Attal (Renaissance), Olivier Faure (Parti socialiste) ou encore le centriste Hervé Marseille et le communiste Fabien Roussel. Il a aussi programmé d'autres rendez-vous avec des responsables politiques : Marine Tondelier, François Bayrou, Manuel Bompard, Éric Ciotti, Édouard Philippe et Bruno Retailleau.
Ce déjeuner entre le président du RN et le Medef constitue néanmoins le premier tête-à-tête entre l'extrême droite française et le syndicat, en rupture avec la ligne jusqu'alors tenue. Présidente de l'organisation syndicale de 2005 à 2013, Laurence Parisot considérait jadis le Front national comme "une menace pour le pays".
Mais depuis, le FN est devenu le RN. Marine Le Pen a développé une stratégie de normalisation et de banalisation, et son camp a progressé au fil des scrutins, jusqu'à être largement en tête des intentions de vote au premier tour de la prochaine élection présidentielle.
En quête de légitimité
Le parti à la flamme se cherche encore toutefois une légitimité sur le plan économique. Il cherche donc à séduire le patronat, et pour cela, il a récemment musclé son équipe en engageant François Durvye, ex-directeur général d'Otium Capital, fonds d'investissement créé par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, qui devient conseiller spécial de Jordan Bardella.
Marine Le Pen ou Jordan Bardella candidat à la présidentielle, du pareil au même ?À en croire plusieurs médias français, les patrons du CAC 40 n'ont toutefois guère été convaincus par leur rencontre avec Marine Le Pen et son équipe. Des années durant, le RN a par exemple défendu l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans, puis à 62 ans, quand le Medef est resté inflexible sur les 64 ans de la réforme Borne. Ce syndicat, qui se décrit comme pro-européen, a également dû écarquiller les yeux après le retrait des drapeaux européens des frontons de plusieurs mairies remportées par le RN à l'issue des élections municipales des 15 et 22 mars.
Le RN, lui, joue les équilibristes pour ratisser large et doit ainsi justifier ses grands écarts. En discutant avec le patronat, en cherchant par ce biais une crédibilisation sur le plan économique, il se retrouve aussi au cœur du système, aux côtés des élites qu'il prétend combattre, générant une nouvelle incohérence qui risque, cette fois, de braquer ses électeurs.
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