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Analyse

Lucie Robequain

La banque italienne Intesa Sanpaolo s’apprête à racheter Monte dei Paschi di Siena. Un nouveau mariage européen qui témoigne de l’urgence à créer des géants financiers capables de rivaliser avec leurs concurrents américains.

Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.

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Au début des années 2010, la plus grande banque américaine valait deux fois plus que la première banque européenne. Aujourd’hui, le rapport est de un à cinq : la capitalisation boursière de J.P. Morgan est de presque 800 milliards d’euros, quand celle de l’espagnol Santander dépasse à peine 160 milliards d’euros. C’est pour conjurer leur décrochage et revenir dans la cour des grands que les banques européennes consentent enfin à se rapprocher.

Après plus de cinq siècles d’autonomie, la plus vieille banque du monde, l’italienne Monte dei Paschi di Siena, a levé jeudi 29 octobre l’un des derniers obstacles à son rachat par la deuxième banque du pays, Intesa Sanpaolo. Unicredit, qui constitue le premier champion transalpin, a quant à lui toutes les chances de mettre la main sur l’allemand Commerzbank dans les prochains mois. En France aussi, les opérations de consolidation vont bon train : après avoir racheté le portugais Novobanco le 30 avril, BPCE a annoncé le 6 octobre une prise de participation de 7 % au capital de Sabadell, la quatrième banque espagnole. Six jours plus tard, c’était au tour du Crédit agricole d’acquérir la banque allemande IKB.

De tels mariages transfrontaliers n’avaient rien d’évident jusqu’alors. Qu’ils soient de gauche ou de droite, les chefs d’Etat n’ont jamais aimé que leurs acteurs financiers diluent leur identité nationale. C’est ce qui avait poussé la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, à bloquer le mariage de Generali avec le français Natixis en décembre 2025. C’est pour les mêmes raisons que le chancelier allemand, Friedrich Merz, a longtemps fait barrage au rachat de Commerzbank par UniCredit, avant de s’y résoudre.

« Après des années d’immobilisme, les banques bougent enfin », se réjouit Enrico Letta, ancien président du conseil italien qui a publié en avril 2024 un rapport décisif sur la nécessité de créer une union de l’épargne et de l’investissement à l’échelle de l’Europe. Cela implique de multiplier les rapprochements dans trois domaines stratégiques : la finance, l’énergie et les télécoms. Des trois secteurs, c’est finalement la finance qui évolue le plus rapidement.

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