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Le nouveau président colombien, l'avocat d'extrême droite Abelardo de la Espriella, 47 ans, célébrera dimanche prochain, 7 novembre, ses trois premiers mois à la tête du pays. Des premières semaines marquées par un tournant sécuritaire annoncé et assumé. Le candidat de la Espriella avait fait de la lutte contre les narcotrafiquants et les gangs son cheval de bataille.
Le nouveau venu en politique avait battu au second tour le candidat du bloc de centre gauche Ivan Cepeda au terme d'un scrutin marqué par un taux de participation historique (plus de 63 %), le plus élevé depuis 1998, et par la faiblesse de l'écart entre les deux finalistes, moins de 1 % (un peu plus de 251 000 voix sur plus de 26 millions de votes au total).
Coût humain élevé
Le bilan de cette nouvelle politique particulièrement musclée suscite d'importantes controverses en raison du nombre élevé de morts. En rupture complète avec la stratégie de "paix totale" de son prédécesseur de gauche Gustavo Petro, le nouveau gouvernement prône l'affrontement militaire direct contre les organisations criminelles, entraînant une multiplication des victimes. Des morts que la communication présidentielle assume sans état d'âme.
Quelques jours après la prestation de serment du nouveau président, le 7 août, l'armée colombienne a lancé d'importantes frappes aériennes et des raids contre les dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC – dissoutes en 2017) et le groupe de narcotrafic du Clan del Golfo (le plus grand cartel de la drogue qui dispose d'un important groupe armé). Ces opérations militaires ont causé la mort de dizaines de membres présumés.
La mort lors de bombardements en Amazonie de six mineurs enrôlés de force a provoqué une autre vive indignation en Colombie. À la mi-septembre, un juge avait ordonné une "vigilance accrue" en cas d'informations faisant état de la présence de mineurs enrôlés au sein des groupes armés visés. Cette mesure a été purement et simplement annulée le 28 octobre par la Cour supérieure de Bogota.
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Les méthodes de cette "guerre totale contre le narcoterrorisme" alarment toutes les organisations de défense des droits humains. Des enquêtes ont été ouvertes par le bureau du médiateur national après la mort suspecte de civils et de jeunes hommes tués par les forces armées, ravivant dans l'opinion publique le spectre du scandale des "faux positifs". Une expression derrière laquelle se cache l'assassinat extrajudiciaire de civils innocents par l'armée nationale, qui les faisait ensuite passer pour des guérilleros tués au combat afin de gonfler ses statistiques de réussite militaire et d'obtenir des primes ou des promotions. Des cas ont été recensés dès le début des années 1980 mais le pic de ces assassinats se situe entre 2002 et 2008 sous la présidence d'Alvaro Uribe.
Le candidat de l'extrême droite surfe sur une tendance anti-parti en Amérique latineLe président de la Espriella assume toutes ces dérives au nom de sa promesse électorale de lutte contre les gangs. Il sait aussi qu'il peut compter sur le soutien de la Maison-Blanche. Le ministre colombien de la Défense a ainsi annoncé le 26 octobre le déploiement de plus de 300 soldats américains pour renforcer la lutte contre le narcotrafic. Une opération conjointe qui durera au moins jusqu'au 11 novembre. La justice colombienne, elle, tente au moins de refréner la surenchère macabre dans la communication du chef de l'État. Un tribunal de Bogota a contraint les services de communication de la présidence à masquer sur ses réseaux sociaux officiels des vidéos montrant le chef de l'État marchant au milieu de cadavres de criminels présumés disposés dans des sacs plastiques.
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