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Imaginez-vous Anderlecht en rouge et blanc ? En Autriche non plus mais c'est pourtant arrivé à l'adversaire du Sporting ce jeudi en Europa League. Et cela a engendré l'une des plus jolies histoires dans l'impitoyable foot business d'aujourd'hui. Astérix qui résiste à Jules César au pays de l'apfelstrudel.
L'histoire commence en avril 2005. Un peu plus dans le rouge financièrement chaque année, l'Austria Salzbourg est racheté par Red Bull. Le milliardaire Dietrich Mateschitz, fondateur de la marque de boisson énergisante et originaire de la région, veut faire du club le meilleur d'Autriche. Et même s'approcher du subtop européen. Les supporters de l'Austria sont joyeux : le temps des vaches maigres est terminé au pied des Alpes.
Ils n'ont juste pas encore compris que Red Bull ne veut pas sauver le club mais en récréer un nouveau, à son image. "On pouvait accepter que le nom évolue, c'est une pratique courante en Autriche, nous explique Harald Mittermaier, le directeur général de l'actuel Austria. Notre club avait d'ailleurs changé plusieurs fois d'identité en prenant des noms ridicules selon ses sponsors, comme Casino. Quand on avait affronté Anderlecht en 1997, c'était sous ce nom mais en Autriche, tout le monde disait Austria quand même."
Anti-nazisme et logo Adidas
Mais, cette fois, Red Bull exige une refonte totale du club. Un nouveau nom mais aussi un nouveau logo et de nouvelles couleurs, le rouge et le blanc de la boisson qui donne des ailes. Sur le coup, elle donne surtout des boutons aux supporters. "On a demandé à voir la nouvelle direction, poursuit Mittermaier, qui n'était alors qu'un supporter parmi d'autres. On a multiplié les réunions pour leur expliquer à quel point le mauve et le blanc étaient importants."
Les joueurs de l'Austria célèbrent un but devant leurs fans en D2. ©AustriaFondé en 1933, l'Austria était un bastion de résistance anti-nazi à Salzbourg. "Et le mauve et le blanc étaient des couleurs apolitiques pour montrer qu'on ne soutenait pas le régime. Hitler ne supportait pas le nom 'Austria'. Mais Red Bull s'en moquait totalement. Ils voulaient le rouge et le blanc. On leur a demandé pourquoi ils ne déguisaient pas les joueurs comme les canettes grises et blanches aussi…"
La nouvelle direction se lasse et lance un ultimatum : "Ils proposaient de mettre le logo Adidas des chaussettes du gardien de but en mauve et de donner un brassard mauve au capitaine… On a bien compris qu'on se payait notre tête. On venait aux matchs avec des écharpes à nos couleurs mais c'était mal vu. Certains ont même eu des interdictions de stade pour des motifs futiles."
On sentait de la tristesse chez tous les supporters de foot en Autriche.
Le moment marque une scission définitive dans les tribunes. "Certains n'étaient là que pour le foot et étaient contents de voir de bons joueurs et de l'ambition. Les autres voulaient retrouver leurs couleurs. J'ai vu des amitiés se terminer radicalement." En septembre 2005, 3200 supporters quittent le stade à la 72e minute d'un match, comme les 72 années d'existence de l'Austria. Ils ne reviendront plus jamais. En conférence de presse, l'entraîneur du Red Bull balaie la question : "S'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à créer leur club."
C'est exactement ce qu'ils feront le 7 octobre 2005. "Ça faisait parler partout en Autriche, se souvient Axel Lawaree, alors attaquant du Rapid Vienne. On sentait de la tristesse chez tous les supporters de foot. Et du soutien pour ceux qui quittaient leur stade pour de bon. L'Austria était un chouette club mais loin des ambitions de Red Bull. Cela dit, les nouveaux dirigeants pensaient tout écraser et ils ont mis beaucoup de temps avant d'atteindre la Champions League."
Le Red Bull Salzbourg devient quand même rapidement l'ogre du championnat en remportant quatorze titres entre 2007 et 2023. Un palmarès qui a aussi provoqué une situation surréaliste quand la nouvelle direction a demandé qu'on efface les années avant 2005. Ce que la Ligue a refusé, obligeant le club à… conserver ses trois titres remportés sous le nom d'Austria.
2000 membres qui paient 85 € pour voter
Le nouvel Austria, lui, doit attendre la saison 2006-2007 pour se lancer au plus bas échelon, la septième division. "On a monté une équipe avec des supporters et des footballeurs retraités mais on avait une équipe. On jouait parfois sur un terrain à côté d'une ferme avec 1000 supporters. On a bien rigolé, reprend Mittermaier.
Harald Mittermaier, le directeur général de l'Austria qui porte un maillot de Pär Zetterberg. ©AustriaDès 2008, le club enchaîne quatre montées successives et se retrouve en D3 à la porte du professionnalisme. "On a toujours eu 2000 membres qui payaient 85€ par an pour avoir un droit de vote à l'assemblée générale. Cela nous a permis de vite grimper dans la hiérarchie. On a aussi mis de l'argent de côté pour se préparer au monde pro. On ne se rendait juste pas compte de l'ampleur des coûts."
En 2015, l'Austria monte en D2 et est directement noyé sous les dépenses, notamment dans les travaux obligatoires du stade. "On n'était pas prêt et on est redescendu. On est même passé proche de la faillite mais la mobilisation des fans a permis de rester en vie. La structure n'avait pas eu le temps de se mettre en place avec autant de promotions. On est retombé en D4 mais on a commencé à bâtir autrement."
Pour la D1, on doit construire un stade et on va suivre un modèle: l'Easi Arena de La Louvière.
C'est à cette époque qu'Harald Mittermaier devient directeur général. L'an dernier, l'Austria est revenu en D2 et est aujourd'hui quatrième, aux portes de l'élite. "C'est notre ambition, même si on a le plus petit budget de la série avec deux millions. Le stade est notre seul problème. Il ne fait que 1500 places. La bonne nouvelle, c'est que l'administration de la ville a voté la semaine passée en faveur d'une nouvelle enceinte. On l'espère pour 2030. J'ai regardé les stades construits récemment et on a choisi notre modèle : l'Easi Arena de La Louvière. Je compte prendre contact avec ce club pour venir faire la visite."
La perspective d'un derby Austria-Red Bull prend forme, même si l'affiche a déjà eu lieu une fois, en 2023. "Le tirage de la Coupe nous a offert ce plaisir. On a perdu (0-4) mais l'essentiel était ailleurs : on a montré aux dirigeants de Red Bull qu'on ne pouvait pas nous tuer. Ce week-end, on affronte leur équipe B (NdlR : le FC Liefering) et c'est déjà très chaud. Jeudi, on sera tous derrière Anderlecht, même si ça reste notre pire souvenir européen."
En 97, l'Austria menait 0-2 à la pause au Parc Astrid en Coupe UEFA. "J'y étais et on faisait déjà la fête dans la tribune. Puis on s'est écroulé en quelques minutes (4-2). Je n'ai pas dormi de la nuit à Bruxelles et le lendemain, j'ai acheté un maillot de Zetterberg à la boutique. Ce joueur m'avait épaté. Et, puis, le mauve et blanc me plaisaient. Je vais peut-être le porter jeudi tiens, en espérant une victoire belge contre eux (sic)."
Une dernière chose : une boisson est totalement interdite à la consommation au Sportzentrum de l'Austria. Doit-on vous préciser laquelle ?
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