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La réforme de la décentralisation n’est un sujet pour quasiment personne exceptée la classe politique qui fait son miel du système, grand pourvoyeur de carrières. Le surcoût annuel de gestion de Cette organisation, qui dépasse de 2 milliards l’effort demandé aux retraités dans le projet de budget 2027, ne semble pas faire de remous excessifs chez ces notables persuadés de « faire le bien ». Derrière les discours creux, on voit poindre cependant une organisation pensée pour éviter tout débat et surtout toute diminution de mandats locaux.
Le silence des élus
Porter un regard critique sur les collectivités territoriales, leurs financement, les élus locaux et leurs choix, peut vous valoir au mieux profond silence, un retrait de commentaires sur les réseaux sociaux mais quelquefois aussi quelques critiques acerbes, voire quelques insultes, ou bien des phrases définitives comme « La démocratie à un coût » destinée à clore tout débat...
A part cela aucun échange constructif sur le constat du surcoût énorme de fonctionnement de notre système actuel de gestion des collectivités territoriales estimé, a minima à 7,5milliards d’euros par an dans un rapport tout ce qu’il y a de plus officiel (1) et sur les moyens d’y mettre fin.
Il faut dire que le système d’empilement des structures locales offre de belles opportunités pour la classe politique désireuse de faire carrière localement et peut servir de tremplin à des ambitions nationales. Donc, le « pas touche à nos mandats », semble être la raison, non avouable, bien évidemment, de ce silence et de ces attitudes.
Le silence organisé
A ces comportements individuels s’ajoute une stratégie pensée et mise en place depuis plusieurs années (lobbying, entrisme, partenariats…), afin de préserver l’intégrité de ce système bancale.
1°) l’attitude des médias, en particulier la presse locale
La presse écrite, locale et régionale, notamment, observe une prudence de sioux sur ce dossier caractérisée par la rareté d’articles sur ce sujet ou au contraire la stigmatisation du « méchant Etat » qui diminue les aides aux collectivités, obligées par conséquent d’augmenter la taxe foncière.
Jérôme Fourquet (2), en évoquant le cas d’une municipalité RN du sud de la France, a parlé de son mécontentement, et à donc coupé les partenariats avec la presse locale, en rétorsion. Le « partenariat » porte sur la parution de pages de pub institutionnelle, la souscription d’abonnements et de la participation financière à des évènement locaux. Ce système de dépendance organisé semble assez très répandu, ce qui constitue, qu’on le veuille ou non, un moyen de pression sur cette presse.
Rappelons que les dépenses au titre de la « communication » des Collectivités territoriales se sont élevées en 2023 à 1,7 Milliards d’euros, dont une partie consacrée à une forme de recherche de « bienveillance éditoriale », sans doute.
2°) Le rôle de Instituts d’Etudes français (I.E.P.)
La nature des enseignements dispensés dans ces établissements les conduit normalement à être en veille sur les sujets en rapport avec les collectivités territoriales : là aussi, un grand silence a suivi l’envoi des communiqués de presse à la sortie de mes livres (3).
En allant visiter le contenu du site web de l’I.E.P. de Rennes qui anime une chaire « Territoires et mutations de l’action publique » j’ai pu observer que la majorité des « partenaires » étaient des collectivités territoriales, ce qui n’incite certainement pas à porter un regard trop critique sur le périmètre d’un système nécessitant pourtant, pour le moins, des aménagements.
3°) Les think tank, instituts et autres fondations.
Par contre, il n’est pas interdit de penser à un nouveau système destiné à modifier le cadre actuel de la décentralisation. C’est ce qu’a fait l’institut Terram, association loi 1901 associé au Laboratoire de la République (fondé par J. M. Blanquer) pour proposer une gouvernance basée sur la subsidiarité, écartant la différenciation territoriale ainsi que le fédéralisme, en vogue actuellement (4).
Le travail réalisé par Benjamin Morel (5), très argumenté, présente selon ma modeste analyse, la difficulté de ne pas évoquer la nécessité d’un état des lieux préalable qui aurait rendu plus fluide la lecture des effets de la subsidiarité, laquelle n’envisagerait pas, a priori, la simplification qui parait pourtant inévitable, pour répondre à la question du surcoût de 7,5 Milliards mis en évidence dans le rapport Ravignon.
Enfin, la présence parmi les partenaires de l’Institut Terram de nombreuses entreprises de réseaux ou de travaux publics, ayant des liens avec les collectivités publiques (ou ayant des attentes vis à vis d’elles), est peut-être susceptible de brouiller la lecture de ce projet qui, au motif d’une facilité de gestion nouvelle, enjamberait de fait les difficultés, carences et surcoûts constatés, en recyclant, en l’état, des dispositifs de gouvernance qui n’ont pas fait leur preuve. C’est ce même défaut (majeur) que l’on peut pointer chez les partisans de la différenciation entre collectivités ou du fédéralisme.
C’est dans ce contexte que le gouvernement Lecornu, soumis aux pressions des lobbies d’élus locaux, a choisi de retirer son projet initial de réforme pour le transformer en un nouveau concernant « l’Etat local » qui fleure bon le retour de la tutelle, sans s’attaquer aux dérives financières de la décentralisation, en inventant un nouveau concept de « déconcentralisation ».
La classe politique locale pourrait se satisfaire de cette évolution dans la mesure où elle n’aurait plus à répondre de ses manquements sur la gestion de ses compétences, ce qui est déjà le cas actuellement pour les rénovations thermiques des bâtiments scolaires ou bien en matière de gestion des SDIS, questions qui remontent désormais aux Ministères de l’Education ou de l’Intérieur.
On peut, dès lors, reprendre la formule de Jacques Rondin dans son livre écrit en 1985, intitulé « Le sacre des notables » qualifiant la décentralisation de réforme « faite par des élus, pour des élus, et pour faire de grands élus ».
- Rapport Ravignon
- C dans l’air sur la 5 - 9 octobre 2026
- Décentralisation, il faut que tout change pour que rien ne change (01/2025)
Collectivités territoriales – les dérives financières et politique de la décentralisation (06/2026)
Publiés aux éditions L’Harmattan
- Jean Louis Borloo
- Maitre de conférences à l’université de Paris Panthéon-Assas


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