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Cocorico ! Nous sommes (quasiment) champions du monde de la dépense publique !

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Notre pays est un des champions d’Europe en matière de dépenses publiques. Ce serait moins grave si les Français en avaient pour leur argent en termes de services publics. Mais dans tous les domaines – santé, école, enseignement supérieur, justice, transition énergétique… – il y a une gabegie déplorable. La France peut-elle éviter une intervention du FMI? L’analyse, chiffres à l’appui, d’André-Victor Robert.


C’est maintenant bien connu : au sein de l’Union européenne et même au sein de l’OCDE, c’est en France et en Finlande que les dépenses publiques sont les plus élevées, en pourcentage du PIB : 57,3 et 57,7 % du PIB respectivement, en 2024. Pour l’UE à 27 pays, la moyenne est à 49,1 %. Et en matière de prélèvements obligatoires, c’est-à-dire en matière d’impôts et de cotisations sociales, c’est avec le Danemark et non plus la Finlande que nous faisons la course en tête. Le niveau élevé des dépenses publiques conduit Franz-Olivier Giesbert, dans son dernier opus[1], à se demander si la France n’est pas devenue un pays communiste. L’interrogation n’est pas illégitime a priori : 57 % de dépenses publiques, cela signifie que l’État pèse davantage dans la décision d’affectation du produit de l’activité économique que les entreprises et les ménages réunis. 

Certes les dépenses de protection sociale expliquent-elles une part importante des écarts en matière de dépenses publiques entre la France et les autres pays développés. Dans certains pays comme aux États-Unis, l’assurance maladie relève d’entreprises privées. En matière de retraites, le dosage entre régimes par répartition et régimes par capitalisation varie de manière assez sensible entre pays, y compris au sein du continent européen. Le poids de l’enseignement privé varie aussi d’un pays à un autre. Pour autant qu’on considèrerait comme « inévitable » une socialisation des dépenses d’éducation, de santé ou d’assurance-retraite dès lors qu’un pays a atteint un niveau minimal de développement, les comparaisons internationales en matière de dépenses publiques doivent en conséquence être maniées avec précaution. 

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La question est alors celle de l’efficacité comparée du secteur public et du secteur privé pour rendre le service attendu, et la comparaison n’est pas toujours au détriment du secteur public : le poids des dépenses de santé dans le PIB, publiques et privées, est ainsi aux États-Unis bien supérieur à ce qu’il est en Europe de l’ouest, sans que la supériorité du modèle américain, en matière sanitaire, ne saute aux yeux : l’espérance de vie n’est pas plus élevée chez l’oncle Sam qu’elle ne l’est en Europe occidentale, elle est en outre en baisse pour certaines franges de la population comme les hommes blancs. Des régimes de retraite par répartition, plutôt que par capitalisation, peuvent aussi se justifier au motif que des assureurs privés sont susceptibles de faire faillite, ce qui expose les épargnants à un risque de perte en capital aux conséquences humaines potentiellement dramatiques, un risque que seule la collectivité serait en mesure de mutualiser correctement.  

Telle est l’argumentation – non dénuée de fondements — habituellement développée par les partisans de dépenses publiques élevées, en particulier par ceux qui souhaitent cautionner l’exception française en la matière. Mais dans ce cas, pourquoi s’arrêter en si bon chemin, pourquoi ne pas aller jusqu’à 80 ou 90 % comme certains pays communistes ?

Et bien, justement, si l’on en croit le FMI, les dépenses publiques représentent seulement 32,9 % du PIB en République populaire de Chine, 19,1 % au Vietnam, 27,1 % au Nicaragua sandiniste, 17,6 % au Venezuela – peut-être conviendrait-il d’informer M. Mélenchon que ce dernier pays qu’il a pris pour modèle est en réalité un enfer néo-libéral ! En réalité, le poids de l’État dans les décisions de dépense et d’affectation de la production n’atteint nulle part un niveau aussi élevé que dans l’Union européenne de Mme von der Leyen et de ses affidés.

Pour autant, avec toutes les dépenses publiques qui sont mises à leur charge par le biais des impôts, les Français en ont-ils pour leur argent ? Au sein de l’Europe, c’est en France certes que la dépense publique est la plus élevée, mais c’est en France aussi que le niveau de satisfaction vis-à-vis des services publics est le plus faible – à l’exception notable de l’Italie et de l’Espagne, si l’on croit les résultats de l’Eurobaromètre. 

En matière d’éducation par exemple, la France accomplit le triple et triste exploit de dépenser davantage – en % du PIB – que la moyenne européenne, tout en sombrant dans les profondeurs des classements internationaux et en payant ses enseignants au lance-pierre : à expérience et niveau d’enseignement comparables, les enseignants français sont en effet à peine mieux rémunérés que leurs homologues italiens ou portugais, un peu moins bien payés que leurs homologues espagnols, et nettement moins bien rémunérés que leurs collègues allemands, suisses, néerlandais ou scandinaves. 

On peut dresser un constat similaire dans bien d’autres domaines, par exemple en matière de santé ou encore de sécurité intérieure : dans ces deux domaines nous dépensons davantage que la moyenne européenne, alors que les niveaux de rémunération des infirmières, policiers et gardiens de prison dans les pays voisins du nôtre font pâlir d’envie leurs homologues français. Et dans ces deux domaines également les résultats de la France sont déplorables si l’on en juge par exemple par le taux de mortalité infantile, comme le révèle le récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales sur ce sujet, ou le taux d’homicides et de tentatives d’homicides – seules la Suède, la Finlande et la Belgique font pire que la France en la matière. 

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La situation financière de la France est déplorable, c’est le résultat cumulé de plusieurs décennies de gabegie. Il n’y a plus de marge pour augmenter les impôts, et si elle veut échapper à la tutelle du FMI, la France a tout intérêt à maîtriser strictement ses dépenses dans les plus brefs délais. L’effort à accomplir est une réduction pérenne des dépenses publiques annuelles de l’ordre de 120 à 150 Md€, ce qui représente environ quatre points de PIB.

L’argent public est mal dépensé et l’on peut légitimement s’interroger sur certaines priorités implicites ou explicites de nos responsables politiques. Une fraction importante des élèves entrant en classe de sixième est incapable d’effectuer une multiplication ou une division, mais bientôt, grâce aux enseignements sur la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), ils seront incollables sur la transsexualité ou l’anulingus ! L’actualité récente a aussi mis en lumière l’exemple des services de gendarmerie et de justice d’un département du sud-ouest de la France manifestement plus empressés de mater les agriculteurs de la Coordination rurale aux revendications somme toute légitimes que de mettre hors d’état de nuire des pédophiles récidivistes.

On pourrait évoquer aussi le cas des aides au logement (AL et APL), versées aux ménages pour les aider à se loger, qui représentent en France un pourcentage du PIB plus élevé que partout ailleurs en Europe. La brochure du ministère du logement qui en détaille le mode de calcul comporte pas moins de 80 pages : en maîtriser toutes les subtilités est évidemment hors de portée du profane mais aussi de tout parlementaire normalement constitué, qui a à connaître d’une foultitude d’autres sujets. Au motif de traiter finement toutes les situations possibles et imaginables dans toute leur diversité, tout semble se passer comme si l’administration s’efforçait, par le biais d’une sophistication toujours plus poussée de la réglementation, de justifier sa propre existence ainsi que les moyens financiers et humains placés sous son contrôle. 

Si l’on veut réduire la dépense publique sans porter atteinte au socle des fonctions régaliennes ni à la protection sociale dont bénéficient les citoyens français, deux voies – complémentaires – devront être empruntées : la première consistera à recentrer chaque département ministériel sur ce que devraient être ses priorités, et à s’assurer que chaque euro est dépensé de manière efficiente. 

Avec plus d’un étudiant sur deux qui quitte l’université sans avoir obtenu sa licence, le secteur de l’enseignement supérieur constitue un bon exemple de secteur où l’argent est mal dépensé. L’instauration d’une sélection à l’entrée à l’université constituerait à n’en pas douter un premier pas vers une meilleure utilisation de l’argent public dans ce secteur. On pourrait aussi imaginer réduire en partie les crédits dans les filières et disciplines offrant peu de perspectives professionnelles et présentant peu d’enjeux pour l’économie française, pour les réorienter vers les filières à plus fort enjeu, notamment les sciences de l’ingénieur et les disciplines scientifiques. L’instauration de la sélection à l’université sera d’autant mieux acceptée que l’on fera en parallèle l’effort de recentrer sur l’enseignement secondaire – au bénéfice de filières professionnelles et techniques – les crédits à l’apprentissage, plutôt que d’arroser l’enseignement supérieur comme c’est le cas à présent. On pourrait aussi évoquer, comme sources d’inefficience dans le secteur public, le personnel administratif pléthorique dans les hôpitaux ou dans l’éducation nationale. 

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La seconde voie consistera à s’attaquer aux gros volumes de dépenses dont l’utilité est contestable, soit qu’elles ne relèvent pas du socle régalien ou de la protection sociale, soit que bien qu’en relevant, elles ne permettent pas d’atteindre les objectifs qui leur sont assignés à un coût raisonnable. En la matière ce ne sont pas les exemples de dépenses inutiles ou peu utiles qui manquent : les dizaines de milliards consacrés chaque année à l’énergie éolienne ou photovoltaïque ou encore à la voiture électrique, pour un impact quasi-nul sur les émissions de CO2 ; l’aide au développement au bénéfice de pays qui ne sont plus sous-développés (comme la Chine) ou qui passent leur temps à dénigrer la France (comme l’Algérie) ; la fraude aux prestations sociales ; les aides sociales non contributives versées aux étrangers qui n’ont plus les moyens d’assurer leur subsistance sur le sol français en travaillant ; les subventions aux associations pro-immigrationnistes… Il ne serait pas illégitime aussi de s’interroger sur les plus de quinze milliards de contribution nette que nous versons chaque année à l’UE.

La tâche s’annonce certes politiquement difficile, mais nous n’avons plus le choix qu’entre le sursaut ou le chaos. Le chaos n’est du reste pas forcément le scénario le plus probable, car la situation dans laquelle nous nous trouvons est avant tout le résultat d’une perte de bon sens et d’une déresponsabilisation des décideurs publics : commençons par arrêter de marcher sur la tête, et tout ira mieux. 


[1] F.-O.  Giesbert, La France est-elle un pays communiste ? (Plon, 2026).

La France au bord de l'abîme: Les chiffres officiels et les comparaisons internationales

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