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Classes de Défense et Sécurité/Service National Volontaire : face à ses échecs, Macron envoie les élèves dans les bras de l’armée

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Depuis 2023, l’Éducation nationale promeut l’implantation de « classes défense » dans les collèges et lycées. Cette initiative révèle une réorientation du budget public et un détournement profond de l’école, transformée en instrument au service d’objectifs militaires et du budget de guerre de Macron, au moment même où l’école publique subit un sous-financement chronique et où les […]

Depuis 2023, l’Éducation nationale promeut l’implantation de « classes défense » dans les collèges et lycées. Cette initiative révèle une réorientation du budget public et un détournement profond de l’école, transformée en instrument au service d’objectifs militaires et du budget de guerre de Macron, au moment même où l’école publique subit un sous-financement chronique et où les résultats aux examens se dégradent.

Plus récemment, en novembre 2025, le président de la République annonçait la création d’un service national volontaire militaire de dix mois, aveu d’échec du SNU totalement improvisé qui renforce la logique militarisante adoptée par Emmanuel Macron face à sa responsabilité dans les difficultés rencontrées par l’école publique. Retour sur les classes de défense et sécurité et sur le SNV. Il est proposé une « année de césure » pour ce service national, payée 800 euros par mois. La conséquence est évidente : seuls les jeunes précaires pourraient s’y résoudre. Notre article.

Former des citoyens, pas des militaires

Suivant le Code de l’éducation, l’Éducation nationale a pour mission de « transmettre les connaissances et les méthodes de travail, ainsi que les valeurs de la République ». Cette mission est clairement civile et citoyenne, non militaire. L’école doit former des individus capables de penser de façon critique, de contribuer à la démocratie et d’exercer leurs droits et responsabilités de citoyens.

Les classes de défense, en instituant un cadre hiérarchique militaire au sein de l’établissement scolaire, opèrent une confusion entre instruction civique (réflexion sur les valeurs, les institutions, les enjeux géopolitiques) et conditionnement militaire (obéissance, discipline de corps). Elles répondent à une logique de sécurité interne et de préparation au service de défense. Une logique « d’acculturation » de la jeunesse à la guerre, conformément aux propos du chef d’État-major des armées qui a osé déclarer avec le soutien de Macron au mois de novembre dernier « accepter le risque de perdre des enfants, de souffrir économiquement ». Une logique qui n’est pas le rôle de l’école obligatoire.

L’école doit permettre l’égalité des droits. L’un des principes fondamentaux de l’école publique est de ne pas préjuger des destins individuels.

Je veux exprimer un désaccord total avec le discours du chef d'État-major des armées. Ce n'est pas à lui d'aller inviter les maires ni qui que ce soit à des préparations guerrières décidées par personne : ni le président, ni le gouvernement, ni le Parlement. Ni à prévoir des…

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) November 19, 2025

Chaque euro dépensé en classe de défense est un euro en moins pour une école émancipatrice

Depuis des décennies, l’école française fait face à des coupes budgétaires à la tronçonneuse. À titre d’exemple, les salaires des enseignants n’ont pas augmenté avec l’inflation (perte de pouvoir d’achat estimée à 8-12 % depuis 2017) ; Les effectifs des classes continuent de croître (moyenne de 25-27 élèves par classe) ; Les travaux de rénovation et maintenance des bâtiments scolaires sont reportés (20 milliards € de dettes d’entretien accumulées) ; Les moyens alloués aux élèves en difficulté scolaire ou en situation de handicap diminuent…

La création de classes défense entraîne des coûts importants, directs et indirects : salaires des formateurs, équipements (uniformes, matériel…), formation des enseignants participants, logistique et transports (sorties encadrées, camps d’été…). Chaque euro investi en classes de défense est un euro non dépensé pour, par exemple, l’augmentation des salaires des enseignants (crucial pour recruter et retenir les talents), la réduction du nombre d’élèves par classe, l’aide aux élèves en difficulté et l’accompagnement pédagogique, les équipements numériques et pédagogiques ou la formation continue des professeurs en pédagogie innovante.

Autre scandale : il est proposé une « année de césure » pour ce service national, avec 800 euros par mois. La conséquence est évidente : seuls les jeunes précaires pourraient s’y résoudre.

Le Service National Volontaire : nouvelle lubie d’Emmanuel Macron face à ses propres échecs

Les résultats au baccalauréat montrent une tendance inquiétante depuis 2022 avec une baisse du taux de réussite général (de 91,2 % en 2022 à 87,3 % en 2024), une augmentation des échecs en français et en mathématiques, matières fondamentales, un écart croissant – séparatisme scolaire – entre établissements privilégiés et établissements en REP.

Ces dégradations reflètent des causes bien identifiées comme le manque d’enseignants qualifiés et d’effectifs suffisants pour l’accompagnement, la perte de continuité pédagogique (crises sanitaires, turnover enseignant), les difficultés socio-économiques croissantes des familles, le fractionnement du temps d’apprentissage par les usages numériques et les réformes menées sans bilan critique.

Emmanuel Macron crée un service national volontaire militaire de 10 mois. C’est un aveu d’échec : SNU abandonné, LPM incapable de répondre aux besoins de la réserve opérationnelle, improvisation totale.

Et payer les engagés 800 euros par mois est une honte : l’engagement ne… pic.twitter.com/UZpjDS1GJa

— Bastien Lachaud (@LachaudB) November 27, 2025

Le Service National Volontaire est alors présenté par le gouvernement comme une réponse à plusieurs crises : cohésion nationale, orientation des jeunes, remobilisation scolaire. Les classes défense sont potentiellement présentées comme une voie d’intégration du SNV dans l’école régulière. Or cela repose sur une confusion majeure entre discipline militaire et mobilisation pédagogique. Le SNV mise sur l’autorité hiérarchique, le groupe, l’uniforme pour « transformer » les jeunes démotivés. Cela ne résout en rien les problèmes pédagogiques : compréhension de texte, apprentissage des mathématiques, construction d’une posture critique et réflexive. 

Pour aller plus loin : Service militaire volontaire : la nouvelle lubie d’Emmanuel Macron, mis face à ses propres échecs

Un élève qui ne comprend pas la physique ne la maîtrisera pas davantage après un camp militaire. La démotivation des élèves est liée à : manque de sens donné aux apprentissages, sentiment d’absence de perspective, conditions matérielles d’étude dégradées, expérience d’échec répétée.

🔴 Macron prépare vos enfants pour la guerre

Quelques jours après les déclarations du Chef d'État major des Armées, déclarant qu'il fallait accepter de « perdre nos enfants », Emmanuel Macron a annoncé… la mise en place d'un service militaire volontaire national. Les engagés… pic.twitter.com/WdMAEpErob

— L'insoumission (@L_insoumission) December 24, 2025

Le SNV, par sa logique de discipline externe, renforce l’expérience d’oppression plutôt que de restaurer le sens et l’autonomie. Les études en sciences de l’éducation démontrent que la motivation et l’apprentissage se fondent sur :  (1) L’autonomie (capacité à faire des choix, à participer à la décision) ; (2) La compétence (expérience réelle de progresser, de réussir) ; (3) L’appartenance (sentiment de compter dans le groupe, d’être écouté).

Le SNV et les classes défense jouent sur l’obéissance et la conformité, qui sont les antithèses de ces leviers pédagogiques fondamentaux. Le paradoxe est donc : face à une baisse documentée des résultats scolaires, on introduit une mesure qui n’a aucune vocation pédagogique et qui peut même renforcer l’aliénation des élèves.

Face à la réponse militaire de Macron, des solutions alternatives pour une école émancipatrice

Des solutions alternatives existent, portées notamment par la France insoumise aux échelles nationale et municipale. D’abord, recruter et reconnaître les enseignants en augmentant les salaires pour attirer les talents, en réduisant le nombre d’élèves par classe (maximum 20 en priorité), en investissant dans la formation continue.

Ensuite, refonder la pédagogie autour du sens à l’aide d’une articulation entre apprentissages scolaires et défis réels (climat, inégalités, citoyenneté), pédagogie de projet et d’enquête plutôt que transmission passive.

Réduire les inégalités socio-économiques à l’aide d’une politique familiale robuste (aides directes, gratuité complète des fournitures, bourses), favoriser l’accès aux transports, à la restauration scolaire, à la culture est inévitable pour une école émancipatrice, terrain de l’égalité des chances.

Enfin, réaffirmer la mission civique de l’école par une Éducation citoyenne, critique des médias, débat démocratique au cœur du curriculum, lutte contre la polarisation et les fausses informations, développement de l’esprit critique, pas de la discipline militaire, doivent s’imposer comme des priorités.

L’école doit rester l’école

Les classes de défense et sécurité, de même que le SNV, incarnent donc un détournement inacceptable des vrais enjeux de l’éducation en France en 2025. Elles constituent ainsi un détournement du rôle de l’école vers des objectifs militaires et de contrôle social ; Un gaspillage budgétaire alors que les besoins éducatifs criants ne sont pas satisfaits ; Une pseudo-réponse à une crise pédagogique qui exige des investissements ciblés et des transformations pédagogiques réelles.

L’école publique ne doit pas devenir un vivier pour les armées. Elle doit rester le lieu où se forment des citoyens libres, critiques et égaux.

Par Stéphane Renouf, professeur agrégé, doctorant en sciences de l’éducation et de la formation

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