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Le Parlement européen et les États membres de l'UE se sont mis d'accord sur un nouveau règlement relatif au retour de migrants, qui devrait entrer en vigueur dès le 12 juin, en même temps que la réforme de l'asile de l'UE adoptée en mai 2024.
Cela ouvre les vannes aux attaques contre les droits démocratiques et aux expulsions massives, et ce, à deux égards.
Premièrement, il s'agit d'un nouveau coup porté au droit d'asile, tel qu'il a émergé après la Seconde Guerre mondiale en réponse à l'Holocauste et aux flux migratoires de millions de personnes. Les droits démocratiques et humains fondamentaux sont aujourd'hui bafoués. Les personnes en fuite – y compris leurs enfants – ne sont plus considérées comme des êtres humains dotés de droits inaliénables, mais comme des hors-la-loi pouvant être emprisonnés, déportés et expulsés contre leur gré vers des pays tiers.
Deuxièmement, avec le nouveau règlement de retour est finalement tombé le prétendu «cordon sanitaire» empêchant toute collaboration avec les fascistes et les extrémistes de droite. Ce règlement a été élaboré en étroite coordination entre le groupe conservateur PPE et les trois groupes d'extrême droite au Parlement européen, ce qui a fourni la majorité nécessaire.
Ont tiré les ficelles le chef du groupe PPE Manfred Weber et le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt, tous deux membres de l'Union chrétienne-sociale (CSU), la branche bavaroise de la CDU. Comme l'a révélé l'agence de presse dpa, les accords ont été élaborés lors de discussions en ligne et de réunions privées entre parlementaires. Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) était également impliqué.
Le nouveau règlement vise à accélérer l'expulsion des demandeurs d'asile. À cette fin, les décisions de refus d'asile seront reconnues mutuellement dans toute l'UE et pourront être exécutées par n'importe quel État membre. Si, par exemple, une autorité en Pologne ou en Hongrie, pays réputés pour leurs politiques restrictives, décide de débouter un demandeur d'asile, la police allemande pourra l'expulser d'Allemagne sans qu'il puisse disposer d'aucun recours légal.
Les prestations sociales des personnes contraintes de quitter le pays seront supprimées de manière uniforme dans toute l'Europe si elles ne coopèrent pas à leur expulsion. Si un agent soupçonne un risque de fuite, les personnes concernées peuvent être placées en détention jusqu'à 24 mois, et dans des cas exceptionnels jusqu'à 30 mois.
Au cœur de ce règlement se trouve la création de centres de rétention dans des pays tiers. Les demandeurs d'asile déboutés qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays d'origine, soit parce que celui-ci refuse de les accueillir, soit parce qu'il n'entretient pas de relations diplomatiques avec les États membres de l'UE, doivent être transférés vers ces « centres de retour ». Ils doivent y séjourner soit indéfiniment, soit jusqu'à leur retour dans leur pays d'origine. Cela s'applique également aux familles avec enfants.
À ce jour, aucun accord n'a été conclu avec les pays tiers disposés à les recevoir. Cependant, le ministre allemand de l'Intérieur Dobrindt a annoncé, en collaboration avec d'autres États membres de l'UE – dont l'Autriche, le Danemark et la Grèce – qu'il s'efforcerait de conclure des accords d'ici la fin de l'année. Des pays comme le Rwanda, la Libye, la Mauritanie, l'Ouzbékistan et l'Éthiopie, en proie à la guerre civile ou à des régimes autoritaires, font l'objet de discussions.
La portée de cette nouvelle réglementation sur le retour et le rôle des fascistes dans son adoption dépassent largement le cadre des réfugiés. Ils ouvrent la voie à une attaque généralisée contre tous les droits démocratiques. Si ces droits ne s'appliquent plus à un groupe social, d'autres suivront: les jeunes qui refusent la conscription et le militarisme ; les travailleurs qui se défendent contre les licenciements et les baisses de salaire ; les locataires qui protestent contre le coût exorbitant des logements.
Le détournement de centaines de milliards d'euros vers la guerre et le réarmement, les attaques frontales qui en découlent contre l'éducation, la santé, les retraites et les prestations sociales, la saignée des industries automobile et métallurgique où plus de 10 000 emplois sont détruits chaque mois, ainsi que la hausse des prix et des loyers, mettent à l’ordre du jour de véhémentes luttes des classes. C'est pourquoi la classe dirigeante se rapproche des fascistes: elle a besoin d'eux pour intimider et réprimer l'opposition grandissante.
Dans de nombreux pays européens, les partis d'extrême droite gagnent du terrain: le Rassemblement national (RN) en France, Reform UK en Grande-Bretagne, l'AfD en Allemagne. En Italie, la fasciste Giorgia Meloni dirige le gouvernement depuis trois ans et demi, notamment grâce au soutien actif de Manfred Weber, chef du PPE, qui a appuyé son élection. Meloni a fait grimper le taux d'extrême pauvreté en Italie au niveau record de 9,8 pour cent et transformé le pays en paradis fiscal pour les plus riches. Elle place systématiquement des partisans fascistes au sein de l'appareil d'État répressif, des universités et des institutions culturelles.
L' AfD poursuit le même objectif en Allemagne. Elle admire Donald Trump, cet escroc fasciste de l’immobilier qui s'est fait passer pour un opposant à l’establishment pendant sa campagne électorale afin de servir les intérêts des ultra-riches et d'instaurer un État policier autoritaire une fois président. La terreur exercée par Trump contre les migrants a servi de modèle à la nouvelle réglementation européenne.
L’appel à la fin du «cordon sanitaire»
Il est significatif que les appels à la levée du «cordon sanitaire» empêchant toute coopération gouvernementale avec l’AfD se multiplient parallèlement à la crise en Allemagne. Quatre-vingts ans après la chute d’Hitler, le fascisme est à nouveau banalisé.
Des hommes politiques connus, des grands patrons et des éditorialistes en vue plaident en ce sens. Le nouveau président du Parti libéral-démocrate (FDP) Wolfgang Kubicki a déclaré avant son élection: «Je ne connais pas de cordon sanitaire.» Son secrétaire général, Martin Hagen, a exigé la fin de «l'exclusion parlementaire de l'AfD».
Torsten Albig, ancien ministre-président du Land de Schleswig-Holstein, est devenu le premier social-démocrate de premier plan à recommander à son parti de faire tomber le «cordon sanitaire». «On ne peut plus prétendre que l'AfD est un fléau», a-t-il déclaré, appelant le SPD à accepter des gouvernements minoritaires soutenus par l'AfD.
Albig a cité le Danemark en exemple, où les sociaux-démocrates ont collaboré avec des extrémistes de droite pour mettre en œuvre un programme anti-réfugiés d'extrême droite. Le quotidien économique Handelsblatt a affirmé qu'au lieu de s'indigner des propos d'Albig, les Allemands devraient reconnaître que «le rempart contre l'AfD a échoué politiquement».
L’ancien patron de Siemens, Joe Kaeser, l’un des chefs d’entreprise allemands les plus connus, a appelé le terme «pare-feu» une «terminologie incorrecte», « extrêmement discutable» et une « dangereuse erreur ».
Caspar Brockhaus, directeur du groupe Brockhaus, a déclaré au tabloïd Bild am Sonntag: «Ce pare-feu paralyse la politique, l’économie et donc notre pays.» La simple possibilité de coopérer avec l’AfD «renforcerait considérablement la pression en faveur des réformes», a-t-il affirmé, faisant référence à l’austérité et à la déréglementation.
L'important syndicat patronal allemand et organisation de lobbying ‘Die Familienunternehmer’ (Les entrepreneurs familiaux), qui représente environ 6 500 entreprises familiales dans divers secteurs, avait déjà levé son «interdiction de contact» avec les membres de l'AfD au Bundestag à la fin de 2025. Il s'opposait à ce que l'on parle de l'AfD exclusivement dans les «catégories du bien et du mal».
Toujours à l'avant-garde dans un virage à droite, la presse conservatrice Springer (l'équivalent allemand de la presse Murdoch, dont le portefeuille comprend des journaux nationaux comme Bild et Die Welt) milite pour la normalisation de la coopération politique avec l'AfD.
Comme le démontre depuis des années le World Socialist Web Site, l’invocation du «cordon sanitaire» n'a pas empêché la montée de l’AfD, mais a caché le fait que ce parti d'extrême droite était délibérément construit par la classe dirigeante. Nous écrivions l'an dernier, par exemple: «Le soutien et l'intégration de l'AfD sont pleinement conformes à la politique du gouvernement allemand. Ce dernier fait des réfugiés et des migrants des boucs émissaires, procède à des expulsions massives, réduit les dépenses sociales au niveau national, régional et local, et réarme à une échelle sans précédent depuis Hitler.»
L'adoption de sa politique par le gouvernement a fait de l'AfD un acteur majeur. À présent, on en a besoin comme parti de gouvernement afin d’imposer cette politique contre la résistance croissante de la population. C'est ce que veulent dire les appels à se débarrasser du cordon sanitaire.
Si le gouvernement hésite encore, c'est uniquement parce qu’il craint une résistance explosive. Lorsque Merz a fait adopter avec le soutien de l'AfD une motion sur la politique migratoire au Bundestag en janvier 2025, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues pour protester contre.
Cette résistance doit être développée. La lutte contre l'AfD n'est pas une question de calculs parlementaires; c'est une lutte de la classe ouvrière pour ses besoins sociaux et démocratiques et ses moyens de subsistance. Aucun parti de l'establishment bourgeois ne peut mener cette lutte: celle-ci exige un mouvement socialiste indépendant qui s'attaque aux causes de la guerre et du fascisme, c'est-à-dire au système capitaliste même.
(Article paru en anglais le 4 juin 2026)


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