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Cinq chefs face à la controverse

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« Distractions » fomentées par les adversaires pour les uns, brebis galeuses à expulser manu militari pour les autres : quand la controverse surgit dans les rangs de leur parti, les cinq chefs réagissent de façon diamétralement opposée, dans ce marathon électoral où il y a déjà eu six coureurs disqualifiés avant même la deuxième semaine.

C’est un supplice de la goutte chez les troupes conservatrices. Chaque jour ou presque, les propos passés d’un candidat surgissent pour hanter les points de presse du chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime. Le dernier à faire la une, David Alarie, se présente dans Brome-Missisquoi. Il appelait à l’euthanasie des gens favorables aux mesures sanitaires et au harcèlement des élus de la Coalition avenir Québec (CAQ) pendant la pandémie.

Il s’agissait d’un « humour » maladroit, selon le principal intéressé. « Je reconnais aujourd’hui que c’était de mauvais goût », a-t-il avoué à Radio-Canada. Son chef, mercredi, a passé l’éponge sur la polémique et maintenu son candidat en place — comme il l’a fait pour les six autres candidats conservateurs qui ont fait les manchettes tantôt pour des propos complotistes, méprisants ou indignes, tantôt pour avoir louangé l’annexion du Canada par les États-Unis ou, même, l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi.

Polémique après polémique, Éric Duhaime a maintenu la même stratégie de défense : il s’agit de « distractions » exhumées par ses adversaires politiques pour nuire au débat d’idées. Cette semaine, il a ciblé plus particulièrement le camp caquiste et l’a accusé de mener « une campagne de vidage de poubelles pour détourner l’attention du bilan de Christine Fréchette ».

Les « moutons noirs » ont beau se compter en nombre plus important dans les troupes conservatrices que dans les autres, aucun n’a encore franchi la ligne au point de devenir une brebis galeuse aux yeux de son parti. Le PCQ demeure, jusqu’à présent, la seule formation à n’avoir exclu personne de ses rangs.

« Il y aurait sans doute un coût supérieur à désavouer ces candidats-là que de continuer à se faire critiquer pour les maintenir, analyse Philippe Dubois, professeur adjoint en communication et en gouvernance à l’École nationale d’administration publique. Une partie importante de la base militante conservatrice a joint le parti dans un contexte de forte remise en question de l’action étatique, des élites politiques, de la couverture médiatique et des institutions. Un parti politique aspire à rejoindre de la meilleure façon qu’il peut ses segments électoraux — même si parfois, ça se fait de façon un peu carrée dans l’espace public. »

Une gestion « révélatrice » au Parti québécois

Tous les autres partis ont expulsé au moins un candidat jusqu’ici. Les libéraux remportent la palme avec trois — et un quatrième, Charles Hudon, se trouve présentement sur la sellette —, suivis de Québec solidaire, de la CAQ et du Parti québécois (PQ), tous comptant une seule sortie de route officielle.

La plupart ont agi dès qu’une polémique montrait le bout de son nez.

« Il y a des partis pour qui leur base militante et leur clientèle électorale sont profondément allergiques à des propos jugés controversés ou inacceptables », poursuit Philippe Dubois. La controverse, dans ces partis, se révèle « drôlement gênante » parce qu’elle a des répercussions sur la marque même de la formation. Trahir cette intégrité peut démobiliser la base et désillusionner l’électorat, insiste le professeur.

Au PQ, la gestion de crise s’avère particulièrement révélatrice. Le candidat pressenti dans Taschereau, Vincent Marissal, a dû rebrousser chemin vers Montréal à peine 48 heures après son atterrissage à Québec en raison d’un usage de son appartement de fonction « contraire au code d’éthique des parlementaires ». Pendant ce temps, le chef Paul St-Pierre Plamondon défend coûte que coûte François Gariépy, vilipendé tous les deux jours pour des propos tenus à Radio X, et refuse de céder à ce qu’il considère comme des tentatives d’annulation de son candidat.

« Ça envoie des indications intéressantes sur notre seuil de tolérance collective, souligne Philippe Dubois. Ça fait maintenant consensus en politique québécoise, post-commission Charbonneau, qu’un manquement à l’éthique ou des soupçons de corruption sont extrêmement toxiques pour l’ensemble des partis et, généralement, c’est tolérance zéro partout. À l’inverse, quand nous tombons dans les propos jugés inacceptables, nous sommes moins dans le consensus social. »

Faire face à la tempête peut même s’avérer payant d’un point de vue électoral.

« En politique, c’est possible de se faire critiquer sévèrement sur la place publique et de quand même gagner des points, explique Philippe Dubois. Ça permet de conforter notre offre politique et de se présenter comme étant incompris ou comme étant les seuls qui portent telles voix. »

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