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Christine Fréchette se dit prête à analyser un projet de pipeline qui passerait par le Québec

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La première ministre du Québec Christine Fréchette se dit prête à analyser un projet de pipeline qui traverserait le territoire de la province afin de permettre à l’industrie des sables bitumineux d’exporter davantage de pétrole à partir d’un port de l’est du Canada. L’Alberta veut doubler la production de cette énergie fossile qui sert de carburant à la crise climatique.

Avec le projet « Northern Shield » présenté lundi par l’Alberta et l’Ontario, l’idée de construire un pipeline en sol québécois a refait surface. Il faut dire que la première ministre albertaine Danielle Smith a profité de l’occasion pour réitérer son souhait que l’industrie puisse avoir « un meilleur accès aux ports en eau libre » afin d’exporter du pétrole par navire à partir de l’est du Canada.

En réponse aux questions du Devoir, le cabinet de la première ministre Christine Fréchette a indiqué que le gouvernement du Québec ne ferme pas la porte au retour d’un projet de pipeline, près de 10 ans après l’abandon du controversé pipeline Énergie Est.

« Si un projet concret et clair l’était, comme pour tous les projets de développement économique, nous l’analyserions dans le respect des normes environnementales québécoises, sous réserve de son acceptabilité sociale et de retombées concrètes pour le Québec », a-t-on expliqué dans une réponse écrite.

Le bureau de la première ministre a du même souffle insisté sur les impacts de la présidence du climatonégationniste Donald Trump. « Le monde a profondément changé depuis le retour de Donald Trump à la tête des États-Unis. Pour protéger et propulser notre économie, nous devons diversifier nos marchés et réduire notre dépendance envers les États-Unis », a-t-on expliqué.

« Aucun projet n’a été déposé », a toutefois indiqué le cabinet de Mme Fréchette. Si un nouveau pipeline lié au projet de 3300 km « Northern Shield » devait être présenté, il ne serait vraisemblablement pas lancé avant la fin du mandat de Donald Trump.

Selon ce que des experts des questions énergétiques ont fait valoir mardi au Devoir, ce pipeline pourrait potentiellement bénéficier d’un projet de « corridor énergétique » qui serait partagé avec le gazoduc de 1000 km que l’entreprise Marinvest Energy souhaite construite au cœur de la forêt boréale pour rejoindre le port en eaux profondes de Baie-Comeau. Marinvest Energy affirme toutefois que cette option n’est pas envisagée.

Pour le moment, il n’existe pas de promoteur privé intéressé à financer le projet « Northern Shield », qui se rendrait à Sarnia, en Ontario, ou une éventuelle extension vers le territoire québécois. Pour pouvoir aller de l’avant, le projet de pipeline annoncé la semaine dernière par Mark Carney vers la côte ouest canadienne aura besoin de plusieurs milliards de dollars de fonds publics. Aucune entreprise du secteur n’a voulu financer ce projet conçu pour faciliter l’expansion de l’industrie la plus polluante au pays.

Vers une relance du gaz de schiste ?

Ce n’est pas la première fois que Christine Fréchette se montre ouverte à des projets liés à l’industrie des énergies fossiles. Elle a évoqué en mars dernier l’idée de relancer la filière du gaz de schiste au Québec, une industrie qui a provoqué une vive controverse au début des années 2010 et qui réclame une indemnisation de plus de 18 milliards de dollars « pour tous les dommages causés » par la décision de mettre un terme à leurs projets.

« Je pense que c’est quelque chose qu’il faut considérer, qu’il faut analyser », avait-elle alors affirmé. « Je pense qu’il faut avoir une stratégie qui va nous permettre de reposer davantage sur nos propres ressources, d’être moins dépendants des États-Unis et de reposer davantage sur nos atouts », avait également souligné Mme Fréchette.

Selon ce qu’on peut lire dans le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques 2026-2050, le Québec n’est toutefois absolument pas dépendant des États-Unis dans le domaine gazier.

« Depuis 2025, Énergir, qui distribue plus de 95 % du gaz naturel consommé au Québec, s’approvisionne en gaz naturel presque entièrement auprès de producteurs canadiens (99,5 %), que ce soit par des contrats conclus directement auprès de ceux-ci ou par l’entremise de courtiers qui confirment l’origine canadienne du gaz naturel », peut-on lire dans le plan dévoilé mardi par le gouvernement caquiste.

Le Québec copréside depuis 2023 la Beyond Oil&Gas Alliance (BOGA), une coalition de gouvernements qui ont promis de travailler en faveur de « la sortie » des énergies fossiles, un passage obligé pour éviter le naufrage climatique.

La « déclaration » que tous les membres doivent signer insiste plus largement sur la nécessité de favoriser la transition énergétique, en prenant acte du fait que « nos engagements climatiques sont minés par la production actuelle et prévue de combustibles fossiles ». La BOGA cite d’ailleurs les Nations unies, qui préviennent que cette production est « deux fois trop élevée » pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris.

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