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Dee Dee Bridgewater et China Moses sont les invitées exceptionnelles toute cette semaine du Monde d’Elodie, pour la sortie de leurs albums respectifs, "Elemental", pour la mère et "It’s complicated", pour la fille. Épisode 3 : "It's okay, I'm not alone", de China Moses.
Article rédigé par Elodie Suigo - édité par Etienne Présumey
Radio France
Publié le 22/07/2026 15:30
Temps de lecture : 4min
China Moses, le 24 juillet 2025, à Nice. (Dylan Meiffret / MAXPPP)
En octobre 2025, China Moses sortait son album It's Complicated. Un opus qui est une ode à la bienveillance et une façon de s'accepter tel que nous sommes, dans toute notre entièreté. Il est également un hommage à la culture américaine reçue de sa mère, Dee Dee Bridgewater.
franceinfo : Quand China vous a annoncé qu'elle voulait chanter, Dee Dee, comment avez-vous réagi ?
Dee Dee Bridgewater : C'est moi qui l'avais poussée quand elle avait perdu son papa. Elle était tombée dans une déprime grave et je n'arrivais pas à lui faire quoi que ce soit. Elle n'a pas voulu aller à l'école pendant deux mois, et un jour je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose. Je suis allée la voir et je lui ai dit d'écrire sur un papier, ses sentiments. Je lui ai donné un carnet et elle est revenue me voir plus tard avec ce papier. Elle avait écrit un truc et je lui ai dit que c'était un poème et une chanson.
China Moses : Tu m'avais même dit qu'on aurait dit l'écriture de papa, ça m'avait marquée.
Vous avez mis du temps à accepter de chanter, China.
China Moses : J'ai mis du temps à accepter que ça allait vraiment être ma vie. Maman a vu quelque chose en moi que je ne voyais pas et qui m'a pris très longtemps à comprendre, à accepter pleinement, jusqu'à à peu près mes 20 ans. Je ne pense pas l'avoir déjà dit ça, maman, mais jusqu'à à peu près mes 26 ans, je ne comprenais pas pourquoi c'était aussi facile pour moi de monter sur scène quand, tout autour de moi, les gens avaient le trac.
"Les seuls moments où j'ai le trac, c'est quand je dois faire la première partie de ma mère, ça, je peux passer la nuit à l'hôpital."
Enfin bref, il est arrivé des choses. Ma mère a fait l'Olympia, elle m'a mise en première partie, elle m'a même acheté les lettres rouges. J'ai eu une sorte de crise de panique tellement intense que j'ai passé la nuit à l'hôpital, je croyais que j'étais en train de mourir et, en fait, il fallait juste que je dorme et qu'on me donne des liquides. C'était horrible, mais c'est ça, la confiance que ma mère a mise en moi. C'est seulement quand je suis arrivée sur MTV que j'avais l'émission en direct avec Mouloud Achour et que je ne pouvais plus faire de la musique, que j'ai vu à quel point ça me manquait. C'est là où j'ai compris ce que ma mère essayait de me dire depuis 10 ans. Donc, à tous les parents, soyez patients, vos enfants vont finir par comprendre .
Je voudrais qu'on parle de votre rôle de maman, parce qu'on voit que ça vous tient énormément à cœur de transmettre justement. Alors qu'une carrière comme la vôtre a éloigné beaucoup d'artistes de leurs enfants.
Dee Dee Bridgewater : Être une femme dans le monde, une femme avec des enfants, une femme célibataire, j'avais très envie qu'elles soient hyper indépendantes. Mais j'étais une mère assez dure, j'étais très dure.
China Moses : C'est drôle, souvent on pense que les parents artistes sont en dilettante, mais ma mère est stricte. Je ne sais pas du tout comment elle a réussi à faire ça, parce qu'elle n'était pas souvent là. Elle nous a instillés une peur, mais une bonne peur. Je me rappellerai toujours, j'avais fait une bêtise à l'école, ils ont appelé ma mère, elle était au Japon et je me suis fait engueuler par téléphone. J'étais punie à distance par une mère au Japon alors que je croyais être maligne en train de faire des bêtises pendant que maman n'était pas là. Mais en fait non, elle savait toujours tout, tout le temps.
Je voudrais qu'on parle de It's ok, I'm not alone, cette chanson est une ode à la bienveillance.
China Moses : Je suis partie sur ce morceau parce que j'étais à la suite d'un divorce. La chose que je voulais le plus au monde, c'était d'être mère, ça m'avait échappé. Donc, j'étais là en train de me dire, je sers à quoi ? Je suis une femme, je suis divorcée, de 40 ans, sans enfant. Et c'est drôle, parce que j'ai beaucoup d'amis qui sont dans mon cas et on fait partie des statistiques.
"On nous jette là dans le coin, mais en fait, il y a beaucoup de femmes de mon âge, sans enfant, qui ont soi-disant, entre guillemets, raté le coche."
Elles n'ont pas voulu ou pas pu pour X ou Y raisons et on est un peu rejetées. Est-ce que c'est moi qui suis fautive de ne pas avoir eu un enfant plus tôt ? D'avoir fait un avortement parce que j'étais tombée enceinte de quelqu'un qui ne voulait pas d'enfant ? J'ai eu cette liberté-là, est-ce que c'était un mauvais choix ? Tous ces questionnements, je les ai mis dans une chanson, It's ok, I'm not alone, parce que je ne suis pas la seule dans ce cas-là. Je ne suis pas la seule à sortir d'un divorce ou d'une relation longue durée et de me sentir obligée de me reconstruire. De me demander qui on est.


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