Les vêtements de seconde main sont-ils toujours une bonne alternative sociale, économique et environnementale au neuf ? Non, selon Oxfam, qui publie ce jeudi un rapport sur l’impact des différents circuits d’achat-vente de seconde main.

Juliette Mitoyen - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Si vous avez déjà acheté un t-shirt sur Vinted, craqué pour une veste dans une friperie ou déniché une pièce ancienne à Emmaüs, vous faites partie de ces dizaines de millions de Français - de plus en plus nombreux - qui diminuent leurs achats de vêtements neufs. Par souci écologique, bien sûr, à l’heure où la fast fashion et l’ultra-fast fashion sont pointées du doigt pour leur impact environnemental désastreux, mais aussi économique (pour 77 % d’entre eux), la seconde main étant la plupart du temps plus abordable que le neuf.

Mais toutes les secondes mains ne se valent pas, alerte Oxfam France dans un rapport paru ce jeudi. L’ONG note que 6 vêtements de seconde main sur 10 passent aujourd’hui par des circuits lucratifs, à savoir des friperies de ville ou même des grandes marques, ou des plateformes en ligne, où la seconde main n’est parfois pas aussi responsable qu’on pourrait le croire. Et de moins en moins d’acheteurs se dirigent vers des boutiques solidaires, des ressourceries ou des recycleries, telles qu’Emmaüs.

« Les plateformes de revente et les boutiques lucratives, donc la seconde main lucrative en général, pollue jusqu’à cinq fois plus que la seconde main solidaire. C’est frappant », assure Éloïse Bazin, chargée de plaidoyer mode durable chez Oxfam France. Concernant la vente en ligne, ces émissions de CO2 sont essentiellement liées au transport depuis le vendeur chez l’acheteur. Quant aux friperies lucratives, « on estime que 90 % des textiles qui constituent les rayons sont importés de l’étranger », poursuit Éloïse Bazin. En effet, même s’ils sont collectés dans l’Hexagone, de nombreux vêtements sont encore exportés, notamment au Pakistan, pour y être triés avant d’être renvoyés en France.

Le risque d’une surconsommation de seconde main

L’ONG déplore également que les grandes enseignes, conscientes de l’importance que de plus en plus de Français accordent à la consommation responsable, l’intègrent à leur stratégie commerciale, sous couvert d’économie - faussement - circulaire, recréant ainsi les logiques de surconsommation du neuf. « Des grandes marques de fast fashion ont désormais des “corner seconde main”. Ils ont des stratégies commerciales de plus en plus agressives pour encourager les gens à surconsommer de la seconde main. Certaines proposent même des bons d’achat aux gens qui ramènent des vêtements usés pour leur permettre d’acheter du neuf en boutique », résume Éloïse Bazin.

Reproduisant les schémas des grandes marques classiques, les plateformes de revente en ligne entre particuliers misent sur des algorithmes de recommandations, des notifications à outrance et des offres attractives. Ce qui provoque un « effet rebond » chez certains acheteurs : ils achètent plus de produits de seconde main, moins chers, ce qui annule finalement les bénéfices économiques et environnementaux qu’ils auraient réalisés en achetant un seul vêtement de seconde main à la place d’un vêtement neuf. Selon une étude de l’Ademe, de l’université Paris Dauphine et du Crédoc parue en 2023, 51 % des acheteurs de seconde main réutilisent ainsi les économies réalisées via la seconde main pour consommer davantage.

Les vêtements déjà portés seront toujours « la meilleure alternative »

Alors, existe-t-il un modèle plus vertueux que les autres. Oui, selon Oxfam, qui donne ses bons points aux boutiques solidaires - et qui plaide également pour sa paroisse ; ses propres boutiques solidaires. « À pièce similaire, on paye cinq fois moins dans une boutique solidaire en moyenne. Elles polluent moins car les vêtements n’ont pas été importés et ont été collectés localement. Ça crée des emplois d’insertion, et ça fait vivre un tissu associatif local et le territoire autour de nous. »

Malheureusement, selon Oxfam, les friperies lucratives ont de plus en plus tendance à s’approprier les vêtements de seconde main dit « crème » : les plus beaux, de meilleure qualité, de marque, laissant de plus en plus souvent aux circuits courts et solidaires la tâche de trier des quantités toujours plus grandes de vêtements de moins bonne qualité, de plus en plus issus des circuits de l’ultra-fast fashion. Il faut également reconnaître que la revente en ligne peut permettre, à l’inverse du don, d’arrondir un peu les fins de mois des vendeurs. « Mais la mise en ligne, l’empaquetage des colis, c’est du travail pas payé qui, on l’a calculé, revient entre deux à quatre euros de l’heure », remarque Éloïse Bazin. Un maigre revenu, certes, mais qui peut avoir son importance pour certains vendeurs.

Mais qu’elle se revende sur les plateformes en ligne, dans des boutiques lucratives ou via des boutiques solidaires, Éloise Bazin l’assure : « Consommer de la seconde main, ce sera toujours la meilleure alternative au fait de consommer du neuf d’un point de vue environnemental. Elle pollue en moyenne 262 fois moins qu’un vêtement neuf. »

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