NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Mes années de collège et de lycée furent un long et interminable ennui. J'y passais tout mon temps à rêvasser et à attendre l'heure où, enfin, je pourrais retrouver un peu de liberté. Aucun cours ne me plaisait vraiment, et tandis que les cours s'enchaînaient, je me demandais à quoi rimait toute cette comédie, ces journées entières à étudier des matières sinon vides d'intérêt, du moins si nombreuses que le cerveau, assommé de fatigue, n'en comprenait qu'une infime partie.
Qui fut assez fou pour décréter qu'un enfant ou un adolescent puisse disposer de suffisamment d'énergie pour étudier de 8 heures du matin à 16h ou 17h en demeurant stoïquement le cul vissé à une chaise? Par quel miracle un cerveau normalement constitué pourrait demeurer ainsi concentré et enregistrer les milliards d'informations édictées jour après jour dans une sorte d'apoplexie de la connaissance qui ne rime à rien puisque vouée à être oubliée sitôt apprise?
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
→
Bien sûr que les lycéens ont raison de se révolter, mais l'objet de leur colère devrait se porter plutôt sur le concept même de leur enseignement que sur les conditions où il s'exerce. À quoi bon passer toute son adolescence cadenassé dans un collège qui, au lieu de se préoccuper de l'épanouissement des élèves, n'est là que pour broyer leur part d'enfance, leur aspiration à parfaire leurs connaissances sans contredire leur soif d'innocence et d'idéal?
La connaissance n'est rien sans l'amour de la connaissance. La France, dans son obsession à engraisser les élèves comme on gave des oies dont on espère un jour prochain tirer profit, ne respecte en rien la singularité de chacun. Elle déploie son magistère avec la force de la tyrannie, d'une tyrannie aveugle et stupide qui entend amener une classe d'âge à raisonner pareillement. Elle érige l'excellence comme un dogme et, ce faisant, impose un rythme de travail qui n'a rien à envier aux cadences d'un ouvrier enchaîné à sa ligne de production.
La culture du résultat, son obsession même, n'engendre que traumatismes et peur de mal faire. On a treize, quatorze ans, on n'est rien, un ado en prise avec la réalité du monde, et voilà que déjà on nous impose de réfléchir à notre avenir comme si vivre consistait seulement à trouver un emploi et fonder une famille, au détriment de tout le reste, la conquête de sa propre liberté, cette indépendance d'esprit où l'on parvient à être complètement soi-même.
Tout est à revoir dans l'éducation à la française. L'accueil, les horaires, l'état d'esprit, l'orientation, la pédagogie, les examens, tout, absolument tout. La France se porterait mille fois mieux si elle traitait sa jeunesse avec plus de délicatesse et d'enthousiasme. Si elle se souciait de l'éduquer, non pas l'œil vissé sur les résultats, mais bien plus en tâchant de lui ouvrir ses horizons, de l'amener à considérer le temps en classe non point comme une corvée mais comme une ouverture au monde.
Commencer les cours à 9heures, les achever à midi, consacrer les après-midis au sport, aux arts, à l'étude de la nature, à toutes ces choses qui n'ont pas de valeur marchande, mais sans lesquelles l'existence ne rime à rien. Respecter la jeunesse pour qu'elle se respecte elle-même. Lui apprendre à apprendre. Ne pas l'agonir de cours qui sont des mascarades du savoir où l'élève n'apprend rien sinon à noter bêtement ce que l'enseignant débite afin d'être capable de réciter sa leçon, le jour voulu. Et de l'oublier, le lendemain.
Apprendre à se conduire en société, c'est-à-dire à respecter l'autre dans toutes ses singularités possibles, vaut mille fois mieux que cette course imbécile à la connaissance où l'enfant se voit sommé d'apprendre dans la même journée et la déclinaison des verbes irréguliers en anglais et la nature du commerce extérieur de la Chine et les poésies de Rimbaud et la résolution d'une équation du second degré et le principe d'Archimède, cet empilement abracadabrantesque de faits et de données qui finissent par former une sorte de brouillard vaporeux où l'étudiant en oublie presque son nom.
L'éducation ne consiste pas à remplir un vase, mais à allumer un feu, disait en son temps Montaigne. Non pas des feux de poubelles, mais des feux qui incendient le cerveau et lui apprennent le sens critique, c'est-à-dire la capacité à appréhender sa place dans le monde tout en se remettant sans cesse en cause, cette quête du savoir, non pas pour savoir, mais pour être tout simplement.
Je sais, je suis candide. Et naïf, immensément naïf. Mais face à un monde qui, de jour en jour, s'assombrit, dans ce crépuscule qui s'abat sur nous, je veux croire encore en la rébellion d'une jeunesse lasse d'être manipulée par des adultes sans scrupules. Je rêve d'une école citoyenne où nos enfants, nos adolescents, grandiraient sans la peur chevillée au corps, conscients des difficultés à venir, mais si résolus à les affronter que l'avenir cesserait de leur apparaître comme une menace.
Une autre école pour un autre monde.
Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale





























.jpg)






French (CA)