NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Madrid possède Ceuta et Melilla, mais Rabat détient une partie de la clé de leur stabilité.
Les scènes filmées ces derniers jours ne se déroulent pas sur une plage andalouse. Elles ont été tournées en Afrique, à Ceuta, où plusieurs milliers de personnes ont franchi la frontière depuis le Maroc, notamment à la nage autour de la digue du Tarajal. Les forces espagnoles ont été débordées et Madrid a décidé d’envoyer des militaires en renfort. Pour une grande partie du public européen, ces images ont aussi révélé l’existence d’une frontière terrestre de l’Union européenne sur le continent africain.
Une précision est indispensable : Ceuta et Melilla ne sont pas situées sur la péninsule Ibérique, mais elles sont juridiquement espagnoles. Ce sont deux villes autonomes dotées d’assemblées élues, dont les habitants possèdent la nationalité espagnole. Le statut d’autonomie de Ceuta et celui de Melilla les présentent comme des parties intégrantes de l’Espagne. Géographiquement africaines, politiquement espagnoles : toute la difficulté tient dans cette formule.
Crédit : Le Média en 4-4-2 — Infographie représentant la localisation de Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord du Maroc.Ceuta et Melilla sont espagnoles depuis plusieurs siècles
Leur histoire ne commence pas avec le protectorat espagnol établi dans le nord du Maroc au XXe siècle. Ceuta a été prise en 1415 par le Portugal, aux dépens du sultanat mérinide. La conquête marque l’un des premiers actes de l’expansion maritime portugaise. Lorsque le Portugal retrouve son indépendance en 1640 après l’union des couronnes ibériques, Ceuta reste fidèle au roi d’Espagne. Le traité de Lisbonne de 1668 formalise définitivement son rattachement à la couronne espagnole.
Melilla suit une autre chronologie. La ville est occupée en 1497 par les troupes du duc de Medina Sidonia, quelques années après la chute du royaume de Grenade. Elle devient une place forte castillane sur la côte méditerranéenne. Le musée historique de Melilla présente cette date comme celle de sa « refondation comme ville espagnole ».
Ces deux prises sont donc bien antérieures au partage colonial de l’Afrique, au protectorat franco-espagnol instauré au Maroc en 1912 et même à la constitution de l’Espagne contemporaine. Cela ne fait pas disparaître le caractère militaire de leur conquête. Ceuta et Melilla ont été prises par des puissances chrétiennes européennes à des autorités musulmanes d’Afrique du Nord. Mais les présenter comme de simples restes du protectorat espagnol de 1912 serait historiquement faux.
Il faut également éviter de projeter les frontières actuelles sur le XVe siècle. Ceuta se trouvait sous autorité mérinide lorsque les Portugais l’ont conquise. Le Maroc actuel n’existait pas encore dans sa forme politique et territoriale moderne, mais Rabat revendique une continuité historique avec les dynasties qui régnaient alors dans la région. Madrid répond que sa souveraineté sur les deux villes précède de plusieurs siècles l’indépendance du Maroc obtenue en 1956.
Colonies marocaines ou villes espagnoles : deux récits opposés
Pour l’Espagne, le dossier est fermé. Ceuta et Melilla ne sont ni des colonies ni des territoires administrés à distance en attendant leur indépendance. Elles disposent d’institutions locales, participent aux élections espagnoles et européennes et sont habitées par des citoyens espagnols de confessions chrétienne, musulmane, juive et hindoue.
Les deux villes ne figurent d’ailleurs pas sur la liste des territoires non autonomes de l’Organisation des Nations unies. Elles ne font donc pas l’objet d’un processus officiel de décolonisation comparable à celui du Sahara occidental ou de Gibraltar. Cette absence ne tranche pas à elle seule le conflit historique, mais elle empêche d’affirmer que l’ONU considère Ceuta et Melilla comme des colonies marocaines occupées.
Le Maroc adopte une lecture inverse. Dans son vocabulaire politique, Ceuta devient souvent Sebta. Les deux villes sont présentées comme les dernières possessions coloniales européennes sur le territoire marocain. Rabat ne reconnaît pas officiellement leur souveraineté espagnole et rappelle périodiquement sa revendication, notamment lorsque les relations avec Madrid se détériorent.
Le parallèle avec Gibraltar est alors commode : l’Espagne réclame au Royaume-Uni un territoire situé à l’extrémité de la péninsule Ibérique, tout en refusant au Maroc la moindre discussion sur deux villes situées en Afrique. L’argument fonctionne politiquement, même si les histoires, les traités et les statuts juridiques ne sont pas identiques.
Une « Españafrique » comparable à l’Algérie française ?
Le terme « Españafrique » peut servir à rappeler que l’Espagne a longtemps possédé des territoires africains : le nord du Maroc sous protectorat, le Sahara espagnol, la Guinée équatoriale, Ifni et plusieurs îlots toujours administrés par Madrid. Le mot frappe juste lorsqu’il désigne la continuité d’une présence militaire, économique et politique espagnole au sud de la Méditerranée.
La comparaison avec l’Algérie française atteint cependant rapidement ses limites. L’Algérie était un immense territoire conquis à partir de 1830, transformé en colonie de peuplement puis découpé en départements français. La population autochtone y a longtemps subi un régime politique et juridique profondément inégalitaire avant l’indépendance de 1962.
Ceuta et Melilla sont deux petites villes fortifiées, contrôlées par des royaumes ibériques depuis les XVe et XVIIe siècles. Leurs habitants actuels sont des citoyens espagnols disposant du droit de vote et de la pleine citoyenneté. L’analogie reste donc utile pour comprendre le décalage entre géographie africaine et intégration administrative européenne, mais elle ne permet pas de confondre les deux situations.
Pourquoi le Maroc souhaite récupérer Ceuta et Melilla
Le premier intérêt est symbolique. Une récupération des deux villes serait présentée comme l’achèvement de l’unité territoriale marocaine. Elle renforcerait la monarchie, flatterait le sentiment national et offrirait à Rabat une victoire historique comparable, dans son récit, à la récupération du Sahara occidental.
L’intérêt est également militaire. Ceuta abrite une garnison espagnole à proximité immédiate du détroit de Gibraltar. Son passage sous souveraineté marocaine supprimerait une implantation militaire européenne sur la côte nord-africaine. Melilla permettrait de faire disparaître une seconde frontière espagnole plusieurs centaines de kilomètres plus à l’est.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que la récupération de Ceuta donnerait au Maroc le contrôle du détroit. Le royaume contrôle déjà l’essentiel de la rive sud et possède le vaste complexe portuaire de Tanger Med. Ceuta renforcerait sa continuité territoriale et retirerait un point d’appui à l’Espagne, mais la navigation dans le détroit dépend aussi de Gibraltar, des ports espagnols, des règles internationales et des rapports de force navals.
Enfin, Ceuta et Melilla constituent des monnaies de négociation. Leur stabilité dépend du commerce transfrontalier, des douanes et surtout du travail de la police marocaine. Madrid peut ériger des clôtures, mobiliser la Guardia Civil et envoyer l’armée ; si plusieurs milliers de personnes se présentent simultanément du côté marocain, la frontière devient presque impossible à tenir.
La migration a déjà servi de moyen de pression en 2021
L’hypothèse d’un relâchement volontaire des contrôles marocains ne sort pas de nulle part. En mai 2021, environ 8 000 personnes avaient rejoint Ceuta en deux jours après l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario et adversaire du Maroc dans le dossier du Sahara occidental.
Les autorités marocaines avaient alors fortement réduit la surveillance de la frontière. Le Parlement européen avait adopté une résolution dénonçant explicitement « l’instrumentalisation des mineurs par les autorités marocaines ». Il ne s’agissait donc pas seulement d’une accusation lancée par l’opposition espagnole : une institution européenne avait publiquement établi le lien entre le conflit diplomatique et l’ouverture momentanée de la frontière.
L’épisode avait rappelé une réalité assez brutale. L’Espagne possède Ceuta, mais le Maroc conserve une partie de la clé permettant de la protéger. Rabat n’a pas besoin d’envoyer des soldats ni de revendiquer officiellement une annexion. Il lui suffit éventuellement de réduire pendant quelques heures l’effort policier pour placer Madrid devant une crise sécuritaire, humanitaire et politique.
La situation actuelle comporte toutefois un autre élément. Le Tribunal suprême espagnol a récemment jugé que les personnes interceptées en mer ne pouvaient pas être immédiatement renvoyées au Maroc selon la procédure appliquée aux franchissements des clôtures terrestres.
Cet arrêt n’accorde aucun droit automatique au séjour. Il impose une procédure administrative individuelle avant un éventuel retour. La nuance a néanmoins pu être transformée, par les passeurs et les réseaux sociaux, en un message beaucoup plus vendeur : arriver par la mer empêcherait toute expulsion. Une rumeur de frontière ouverte, quelques vidéos de passages réussis et une surveillance insuffisante peuvent suffire à déclencher un mouvement collectif.
Parler de « colonisation migratoire » va plus loin que les faits
Le terme peut sembler logique : le Maroc laisserait entrer ses ressortissants dans un territoire qu’il considère comme marocain afin d’en modifier progressivement l’équilibre.
La plupart des personnes qui franchissent la frontière ne déclarent pas vouloir reprendre Ceuta au nom du Maroc. Elles cherchent à entrer en Espagne, à demander l’asile ou à rejoindre la péninsule et le reste de l’Europe. Beaucoup refusent précisément d’être renvoyées au Maroc. Elles ne se comportent donc pas comme des colons envoyés par leur État pour occuper un territoire.
Le scénario crédible est plus simple : la pression migratoire peut saturer Ceuta, augmenter son coût pour Madrid, fragiliser la vie locale et rappeler aux Espagnols que le calme dépend de la coopération marocaine.
Autrement dit, l’objectif éventuel ne serait pas de conquérir démographiquement la ville en quelques jours, mais d’user progressivement la position espagnole. La frontière peut servir à obtenir une concession sur le Sahara occidental, les douanes, les visas, les relations avec l’Algérie ou, à plus long terme, le statut même de Ceuta et Melilla.
La gauche espagnole face à une contradiction politique
L’Espagne est actuellement dirigée par une coalition formée autour du Parti socialiste et de Sumar. Elle se présente comme attachée au droit international, à l’antiracisme et aux droits des peuples. Voir ce même gouvernement défendre deux territoires africains conquis par des puissances européennes offre naturellement au Maroc un angle d’attaque.
Madrid répond qu’il n’existe aucune contradiction puisque Ceuta et Melilla ne sont pas, selon le droit espagnol, des colonies. Leurs habitants participent à la vie démocratique du pays et une remise au Maroc contre leur volonté poserait elle aussi un sérieux problème de souveraineté populaire.
La gêne est donc surtout politique et visuelle. Une Espagne qui critique les occupations territoriales ailleurs doit expliquer pourquoi ses propres possessions africaines relèvent d’un cas totalement différent. L’ancienneté historique, les traités et la citoyenneté espagnole apportent des arguments solides, mais ils n’effacent pas l’image de deux villes européennes ceinturées de barrières sur le sol africain.
Des signaux américains, mais aucune opération commune démontrée
Le Maroc bénéficie d’un partenariat étroit avec les États-Unis et a normalisé ses relations avec Israël. En avril 2026, un rapport de la commission des crédits de la Chambre des représentants américaine a qualifié Ceuta et Melilla de villes « administrées par l’Espagne » situées « en territoire marocain ». Le texte encourage aussi le département d’État à favoriser un dialogue entre Madrid et Rabat sur leur futur statut.
Ce passage ne constitue ni une loi, ni une décision de la Maison-Blanche, ni une reconnaissance officielle de souveraineté. Il montre cependant que la thèse marocaine commence à trouver des relais dans certains cercles politiques américains. Le ministre espagnol des Affaires étrangères a aussitôt répondu que l’appartenance de Ceuta et Melilla à l’Espagne était hors de toute discussion.


2 hour_ago
12



























.jpg)






French (CA)