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Construite après la mort accidentelle du fils de Louis-Philippe, Notre-Dame de Compassion fait partie des 100 sites retenus par le Loto du patrimoine 2026.
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Par Thomas Martin Publié le 1 sept. 2026 à 6h04
Elle a déjà survécu à un déménagement pour le moins spectaculaire. Plus d’un demi-siècle après avoir été démontée puis reconstruite pierre par pierre à quelques dizaines de mètres du périphérique parisien, la chapelle Notre-Dame de Compassion a désormais besoin d’être sauvée. L’édifice situé porte Maillot, dans le 17e arrondissement de Paris, fait partie des 100 projets départementaux retenus pour l’édition 2026 du Loto du patrimoine, dévoilés lundi 31 août 2026 par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern. Pour l’Île-de-France, huit sites ont été sélectionnés, soit un par département.
Une chapelle née d’un drame royal
Derrière ce petit édifice coincé aujourd’hui entre les grands axes de l’ouest parisien se cache une histoire directement liée à la monarchie de Juillet.
Le 13 juillet 1842, Ferdinand-Philippe d’Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe et héritier du trône, est victime d’un accident de calèche rue de la Révolte, à proximité de l’actuelle porte Maillot. Il meurt quelques heures plus tard, à seulement 32 ans.
La famille royale décide alors de construire une chapelle commémorative à l’endroit du drame. Louis-Philippe confie le projet notamment à Pierre-François-Léonard Fontaine, architecte des bâtiments de la Couronne.
Un an plus tard, la petite chapelle en forme de croix grecque est achevée. Son décor intérieur est confié à plusieurs grands artistes de l’époque : Ary Scheffer, Henri de Triqueti et Jean-Auguste-Dominique Ingres.
La chapelle renferme notamment le cénotaphe du duc d’Orléans et une Pietà. Surtout, 17 verrières figuratives sont réalisées par la manufacture de Sèvres à partir de cartons dessinés par Ingres. Le diocèse de Paris présente cet ensemble de vitraux comme un exemple unique.
Démontée et reconstruite pierre par pierre
Mais l’histoire de Notre-Dame de Compassion connaît un nouveau bouleversement plus d’un siècle après sa construction. À la fin des années 1960, le réaménagement complet du secteur de la porte Maillot et la construction du Palais des Congrès menacent directement l’édifice.
Plutôt que de le détruire, une solution exceptionnelle est retenue : déplacer la chapelle.
Entre 1968 et 1971, celle-ci est démontée puis reconstruite pierre par pierre environ 150 mètres plus loin, à son emplacement actuel, place du Général-Kœnig. Une crypte et des locaux sont également aménagés sous l’édifice.
Cette opération a cependant laissé des traces.
Pollution, infiltrations et risques de chutes de pierres
Plus de cinquante ans après son déménagement, l’état de la chapelle inquiète désormais suffisamment pour justifier sa sélection par la Mission Patrimoine.
Selon la Fondation du patrimoine, des malfaçons apparues lors du démontage et du remontage, combinées à certains principes de construction d’origine, ont provoqué « de nombreux problèmes structurels et d’étanchéité ».
La gestion des eaux pluviales provoque notamment des infiltrations et une dégradation des maçonneries. La couverture en pierre n’est plus étanche.
À cela s’ajoute un voisin particulièrement agressif pour ce monument du XIXe siècle : le boulevard périphérique.
La pollution a recouvert pierres et vitraux de croûtes noires. Algues et mousses se développent sur les façades tandis que certaines pierres se désagrègent. La Fondation du patrimoine évoque même des risques importants de chutes de pierres.
Les vitraux d’Ingres doivent être déposés
Le chantier doit donc d’abord permettre de remettre hors d’eau et de sécuriser l’édifice, avec notamment la réfection des couvertures en plomb et une amélioration de l’évacuation des eaux pluviales.
Une seconde phase concernera les façades : nettoyage, travaux de maçonnerie, réfection des joints et remplacement à l’identique des pierres et sculptures trop abîmées.
Les précieux vitraux feront eux aussi l’objet d’une intervention particulièrement lourde. Ils doivent être protégés puis déposés et envoyés en atelier pour être nettoyés et restaurés. Des doubles verrières de protection seront ensuite installées.
Selon la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, le chantier est actuellement évalué à 800 000 euros, avec des travaux prévus en 2027.
Notre-Dame de Compassion bénéficiera désormais de l’aide financière du Loto du patrimoine. Les dotations accordées aux 100 projets départementaux seront annoncées en fin d’année en fonction des ventes des jeux Mission Patrimoine.
Depuis la création du dispositif en 2018, plus de 1 080 sites ont bénéficié d’une aide. Selon la Fondation du patrimoine, plus de 70 % des projets sélectionnés sont aujourd’hui sauvés ou sur le point de l’être.
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