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Le fondateur de La France insoumise lance une série d’initiatives à destination des patrons de PME, un public auquel la gauche radicale n’a pas l’habitude de s’adresser.

MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP
Jean-Luc Mélenchon au salon du Made in France en novembre.
La journée était présentée comme « un événement ». Samedi 24 janvier, l’Institut la Boétie a organisé un colloque sur les petites entreprises. Pendant plusieurs heures, des patrons de PME sont venus dialoguer avec des figures insoumises dans un temple de la gauche radicale, codirigé par Jean-Luc Mélenchon et la députée Clémence Guetté. « Me voici trotsko-poujadiste parce que je vous rencontre », a relevé le premier avec humour.
Le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) était là, celui de l’Union des entreprises de proximité (U2P) aussi. « C’est sans précédent dans l’histoire de la gauche. Et bien plus encore dans celle de la gauche radicale », a aussitôt souligné le triple candidat à l’élection présidentielle sur son blog.
De cette rencontre, qui a permis de mesurer l’ampleur des désaccords entre les deux parties mais aussi de créer des ponts et de faire ressortir des convergences inattendues, est née une idée : le dépôt d’une proposition de loi transpartisane sur la représentativité patronale. Le but : rééquilibrer le poids des petites entreprises face au Medef.
Il faut rembobiner quelques semaines plus tôt pour comprendre l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon pour le petit patronat. Fin novembre, il accepte d’être interrogé par trois patrons dans le cadre du douzième sommet de l’Économie organisé par le magazine Challenges et LCI. L’échange est retransmis en direct à la télévision. Adversaire de la réussite économique ? Ennemi des entrepreneurs ? L’ex-député des Bouches-du-Rhône prend le contre-pied de ce qui est attendu de lui et se veut courtois et mesuré. Au même moment, il affirme lors d’une conférence sur sa chaîne YouTube que les petites entreprises « ont intérêt à avoir les insoumis au pouvoir ».
N’en jetez plus : La France insoumise se range du côté des petits patrons. Si Jean-Luc Mélenchon ne nie pas que l’opération s’inscrit dans une volonté d’élargissement de sa base électorale (« Comme si c’était une honte de chercher à gagner des voix », écrit-il), il insiste surtout sur la nécessité de se préparer à diriger la France. « Quand nous gouvernerons, comment nous y prendrons-nous avec l’économie productive ? C’est une question complexe. Combien de fois la gauche dans le monde et en France n’a-t-elle pas buté sur sa totale impréparation sur ces sujets », estime-t-il.
« Franchir un plafond de verre »
À quinze mois de l’élection présidentielle, l’ancien sénateur n’est pas officiellement candidat mais travaille, officieusement, sa stature et son réseau. Pas complètement inutile de rassurer les petits chefs d’entreprise, très nombreux dans le pays. Ainsi Jean-Luc Mélenchon assure-t-il que son intention n’a jamais été « de nationaliser les coiffeurs, les restaurants, les maçons ».
Ces tentatives de rapprochement ne sont pas étonnantes, estime le politologue Tristan Haute, maître de conférences en science politique à l’Université de Lille. « Une partie des travailleurs indépendants vote pour la gauche, y compris pour LFI, qui a un électorat relativement interclassiste sur le plan socioprofessionnel. On trouve des votes LFI en proportion non négligeables dans des segments professionnels très différents », expose-t-il auprès du HuffPost. Y compris donc chez les artisans, les commerçants et les petits entrepreneurs.
D’autant que, ajoute-t-il, « ne pas faire l’impasse sur ce groupe social est compréhensible » compte tenu du fait que « la figure du patronat est devenue centrale comme horizon de réussite au sein des classes populaires ». « Tant de personnes s’identifient ou sont identifiées au petit patronat », assure le chercheur.
Michel Picon, le président de l’U2P, considère dans Libération que Jean-Luc Mélenchon a bien compris « qu’il est nécessaire de franchir un plafond de verre, et que ça ne se ferait pas sans les petits patrons ». À la tête de l’organisation patronale depuis plus de deux ans, il reconnaît que c’est la première fois qu’il est sollicité par le mouvement de gauche. « En quatre ans de mandat, mon prédécesseur n’avait jamais été sollicité », ajoute Michel Picon, qui dit s’être senti « compris » au cours des échanges.
Le Medef tenu à l’écart
D’ailleurs, note le politologue Tristan Haute, ces échanges avec les petits patrons ne s’accompagnent « d’aucune inflexion sur les questions de fiscalité, d’emploi ou de cotisations sociales par exemple ». Selon lui, « il s’agit pour LFI de montrer que son programme n’entre pas en contradiction avec les intérêts d’une partie de ce monde patronal ».
S’il caresse les petits patrons dans le sens du poil, en expliquant notamment que la planification économique et écologique qu’il souhaite mettre en place s’il accède au pouvoir leur sera bénéfique, cela lui permet en retour de continuer à cogner sur le grand patronat, celui du CAC 40 et des multinationales. Le Medef, incarnation du « grand capital », est d’ailleurs tenu à l’écart des discussions. Naturellement, ces rapprochements (ou du moins ces échanges) font grincer des dents dans certains milieux patronaux.
« C’est grave, s’est ainsi indigné Fabrice Le Saché, vice-président du Medef. Des organisations patronales s’associent à LFI pour tenter de modifier par une loi la représentativité qu’ils ne réussissent pas à obtenir dans la réalité. Une condition : que LFI soit au pouvoir… Irresponsable ». Sophie de Menthon, dirigeante du lobby patronal Ethic, a dénoncé dans un communiqué un « entrisme déclaré strictement électoral » de la part d’une formation politique à « l’idéologie dangereuse ». Cette dernière n’a pourtant jamais caché avoir participé à plusieurs entrevues avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Bref, si des contacts sont noués et des réseaux activés entre les petits patrons et La France insoumise, ce n’est pas un chemin bordé de roses.


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