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Ce que des chercheurs ont trouvé sur ces objets préhistoriques remet en question tout ce qu'on croyait savoir sur l'origine de l'écriture

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L'invention de l'écriture est une véritable pierre angulaire dans l'évolution des sociétés humaines : elle marque la fin de la Préhistoire et le début de l'Histoire. Grâce à cette innovation majeure, l'Humanité a pu commencer à consigner de nombreuses informations, à transmettre le savoir acquis au fil des siècles et millénaires précédents et à organiser les sociétés sous des formes de plus en plus complexes.

Ce qui se transmettait jusqu'alors uniquement par oral - évènements, transactions commerciales, lois et connaissances culturelles - a ainsi pu être « enregistré » pour durer au-delà de la mémoire individuelle. L'apparition de l'écriture est ainsi souvent associée avec l'origine des premières « civilisations ».

Des premières peintures rupestres à l’écriture cunéiforme : le développement du codage de l’information

C'est en Mésopotamie, dans l'actuel Irak, qu'apparaissent les premières formes d'écriture, dites cunéiformes, il y a environ 5 000 ans. Les premiers « textes » retrouvés consistent principalement en registres commerciaux servant à compter le bétail ou enregistrer les récoltes. D'autres formes d'écriture apparaîtront ensuite en Égypte, en Chine et en Mésoamérique, de façon indépendante.

Si ces premières formes d'écriture sont depuis longtemps étudiées, une grande question demeure : comment le langage écrit s'est-il développé ?

Une tablette écrite en cunéiforme relatant le contrat de vente d'un champ et d'une maison, Shuruppak, v. 2600 av. J.-C. © Louvre Museum, Wikimedia Commons, domaine public

Il faut rappeler que l'Humanité utilise depuis bien longtemps des représentations picturales pour transmettre des idées ou des croyances, raconter des scènes de chasse. C'est le but premier des peintures rupestres que l'on retrouve dans de nombreuses grottes, notamment en France. Toutefois, il ne s'agit pas d'écriture. Le sens de ces représentations n'est en effet pas codifié de manière systématique : elles dépendent de l'interprétation de l'observateur.

Ces figures dansantes de l’art rupestre des San pourraient témoigner de rituels de transe et d’états de conscience modifiés pratiqués il y a des millénaires. © Adapté de Stow et Bleek, 1930 - Margarita Díaz-Andreu
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Peintures rupestres et écriture représentent ainsi les deux extrêmes d'un long cheminement vers l'élaboration d'une méthode de « codage » de l'information. Or, il est peu probable que l'Humanité soit passée de l'une à l'autre sans transition.

Traits, croix, points gravés au Paléolithique : information codée ou représentation artistique ?

Les études archéologiques révèlent que, depuis longtemps, les Hommes tracent des symboles - croix, traits, points - souvent répétitifs, en association avec des peintures rupestres, sur des figurines ou des outils. Mais comment savoir s'il s'agissait déjà d'une forme de codage symbolique ?

Pour résoudre cette énigme, une équipe de chercheurs a analysé plus de 3 000 signes géométriques retrouvés sur 260 objets du Paléolithique, datant de 45 000 à 34 000 ans, la plupart provenant de grottes du plateau souabe, en Allemagne. Les chercheurs ont observé les tendances de fréquences et les aspects concrets et mesurables de ces signes afin de voir ce que ces systèmes de signes ont en commun avec les systèmes d'écriture ultérieurs, et en quoi ils en diffèrent.

De nombreux petits objets datant du Paléolithique sont ornés de séquences de signes. © Bentz et Dutkiewicz, 2026, Pnas

« Nos résultats montrent que les chasseurs‑cueilleurs du Paléolithique ont développé un système de symboles dont la densité d'information est statistiquement comparable aux toutes premières tablettes proto‑cunéiformes de l'ancienne Mésopotamie, apparues 40 000 ans plus tard. Les séquences de signes du proto‑cunéiforme sont elles aussi répétitives, et les signes individuels sont répétés à un rythme similaire. En matière de complexité, les séquences de signes sont comparables », ajoute Christian Bentz, auteur d'une étude publiée dans la revue Pnas, dans un communiqué.

Tablette roto-cunéiforme datant de la période Uruk V (environ 3 500 à 3 350 ans). De nombreux signes y sont représentés, d'une façon comparable aux signes gravés sur les artefacts du Paléolithique. © Staatliche Museen zu Berlin, Vorderasiatisches Museum, Olaf M. Tesmer, CC by-sa 4.0

Un système d’encodage de l’information existait déjà il y a 40 000 ans

Étonnamment, les analyses suggèrent donc que la complexité informationnelle de ces systèmes est restée stable pendant des dizaines de milliers d'années, jusqu'aux premières tablettes proto-cunéiformes. Puis, soudainement, un tout nouveau système, bien plus complexe, a émergé il y a environ 5 000 ans, permettant de retranscrire à l'écrit le langage parlé.

Dater l'origine du langage est très compliqué. © Yuliia, Adobe Stock
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Si la signification des signes tracés au Paléolithique reste totalement mystérieuse, cette étude révèle que les premiers chasseurs-cueilleurs arrivés en Europe avaient déjà développé un système de signes conventionnel qu'ils gravaient sur divers objets destinés à être transportés, suggérant que des systèmes structurés d'encodage de l'information existaient déjà il y a 40 000 ans.

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