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Ce piège que vous avez posé en avril pour sauver vos abeilles est sur le point de tuer le seul insecte qui les défend vraiment

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Avril, la ruche bourdonne de nouveau. Le jardinier consciencieux sort son piège à sucre fermenté, le suspend à un arbre fruitier, et rentre chez lui avec la satisfaction du devoir accompli. C’est exactement ce geste-là, répété dans des milliers de jardins français, qui est en train de tuer silencieusement l’un des meilleurs alliés naturels de nos abeilles. Le frelon européen.

À retenir

  • Il existe une date limite cruciale pour retirer les pièges : laquelle et pourquoi ?
  • Le frelon européen n’est pas l’ennemi que vous croyez — quel rôle joue-t-il vraiment ?
  • Vos pièges artisanaux détruisent bien plus que le frelon asiatique — quel est le vrai bilan ?

Sommaire

  1. Un calendrier à respecter à la lettre
  2. Le frelon européen, ce défenseur méconnu
  3. Le piège à noyade, pire ennemi de la biodiversité
  4. Arrêter les pièges mi-mai : une règle, pas un conseil

Un calendrier à respecter à la lettre

Le piégeage des reines fondatrices de frelon asiatique s’effectue au printemps, généralement entre la mi-février et la mi-mai, avec un pic d’activité en avril, période à laquelle les reines émergent de l’hibernation à la recherche d’un emplacement pour fonder leur nid. Jusque-là, la logique est imparable. Une seule fondatrice peut être à l’origine d’un nid de plus de 3 000 individus en automne. Autant dire que chaque reine capturée en mars représente une colonie en moins à l’été.

Mais la mi-mai marque une frontière biologique que beaucoup ignorent. À cette date précise correspond la sortie des fondatrices de frelon européen. Ce détail, anodin en apparence, change tout. Dès le 1er mai, les fondatrices du frelon européen (Vespa crabro) ont été plus nombreuses dans certains pièges que les fondatrices du frelon asiatique. Laisser un piège en place au-delà de cette date, c’est retourner l’arme contre la mauvaise cible.

Les pièges doivent être retirés à la fin du mois de mai pour éviter de capturer des insectes non ciblés et pour garantir l’efficacité de la lutte. Ce n’est pas une recommandation de principe : c’est la condition sine qua non pour que le piégeage de printemps ait un sens écologique.

Le frelon européen, ce défenseur méconnu

Le frelon européen (Vespa crabro) est le plus grand hyménoptère social présent sur notre territoire. Malgré sa taille imposante et son vrombissement grave, il reste l’un des insectes les plus mal compris du jardin, souvent confondu avec son cousin invasif le frelon asiatique. Cette confusion est lourde de conséquences. Parce que les deux insectes n’ont pas du tout le même rapport aux ruches.

Contrairement au frelon asiatique, qui chasse en faction devant les entrées de ruches pour capturer les abeilles au retour du butinage, le frelon européen ne s’attaque que très rarement aux ruches de manière systématique. Il représente une menace marginale pour les colonies d’abeilles en bonne santé, et son action prédatrice sur la fausse teigne de la cire en fait même un auxiliaire bénéfique pour certains apiculteurs.

Son rôle dépasse la simple neutralité. La LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) le décrit comme un grand prédateur d’insectes, dont le frelon asiatique lui-même. En tant que prédateur généraliste, il chasse mouches, guêpes, chenilles et autres insectes tout au long de la belle saison. Une colonie en pleine activité peut capturer des dizaines de milliers d’insectes au cours de son développement, contribuant ainsi à réduire les populations de ravageurs dans les forêts et les jardins. Un nid de frelons européens dans le coin d’un jardin, c’est finalement un régulateur naturel qu’on ferait mieux de laisser tranquille.

Le piège à noyade, pire ennemi de la biodiversité

Autre problème de taille : le type de piège utilisé. Les pièges à noyade, souvent fabriqués avec des bouteilles en plastique remplies d’appât sucré, ne laissent aucune chance aux insectes qui y rentrent et sont donc à proscrire en raison de leur impact écologique désastreux. Or ce sont précisément ces bouteilles recyclées, bricolées le week-end avec du sirop de grenadine et de la bière, qui garnissent encore la majorité des jardins français en ce début mai.

Le problème des appâts sucrés non spécifiques est qu’ils attirent toutes sortes d’insectes différents. Dans ces pièges où les insectes se noient dans l’appât, on trouve principalement des mouches, des papillons, des guêpes, des abeilles, des frelons européens et quelques frelons asiatiques. La cible ne représente parfois qu’une fraction infime des victimes. Un bilan écologique catastrophique pour un résultat qui reste discuté.

Les pièges sélectifs, eux, fonctionnent sur un principe différent. Des réducteurs d’entrée empêchent physiquement les reines du frelon européen (Vespa crabro), plus grosses, de pénétrer à l’intérieur. Leur taille est étudiée pour laisser passer les reines du frelon asiatique, plus petites, permettant de concentrer les efforts de piégeage sur l’espèce invasive tout en préservant le frelon européen. Cette différence de gabarit entre les deux espèces, quelques millimètres à peine, est la clé d’un piégeage vraiment ciblé.

Arrêter les pièges mi-mai : une règle, pas un conseil

Les pièges doivent être retirés lorsque les premiers frelons européens sont piégés. Passé cette période, les pièges devront être obligatoirement retirés pour limiter l’impact sur les espèces non ciblées. La formulation est sans ambiguïté. Ce n’est pas une suggestion de bonne pratique réservée aux apiculteurs chevronnés.

Piéger après la mi-mai, c’est aussi une erreur tactique, pas seulement éthique. Fin mai-début juin, le nid primaire du frelon asiatique contient déjà environ 20 ouvrières. La fondatrice ne sort plus du nid à ce stade : elle pond. La capturer devient improbable, et les captures d’autres espèces deviennent, elles, quasi certaines. Une fois les premières ouvrières apparues, le piégeage perd en sélectivité et risque d’affecter davantage d’insectes non ciblés.

Il faut aussi garder en tête que les données scientifiques montrent qu’une grande partie des fondatrices meurt naturellement. Le froid tardif, le manque de nourriture, la compétition entre elles et la prédation limitent fortement la survie. Le piégeage peut même diminuer la compétition entre les reines au printemps, cette compétition intra-spécifique étant responsable naturellement de 90 % de mortalité chez les reines, permettant ainsi à certaines de s’installer plus facilement. Un paradoxe que peu de gens soupçonnent en posant leur piège avec les meilleures intentions du monde.

La bonne nouvelle : depuis 2024, un plan de lutte a été élaboré par FREDON France et GDS France, et une loi adoptée le 14 mars 2025 précise désormais les modalités du plan national de lutte contre le frelon asiatique. Le cadre légal existe. Ce qui manque, c’est que l’information atteigne les jardins ordinaires avant que les pièges ne restent suspendus une semaine de trop. Retirer son piège mi-mai, c’est précisément ce qui distingue une lutte utile d’un dommage collatéral silencieux.

Sources : lpo.fr | allo-frelons.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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