Une épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo — pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement homologué — a déjà fait plus de 200 morts en RDC et en Ouganda depuis mai. Des projections redoutent plus de 20 000 cas en trois mois sans intervention efficace. Trois équipes travaillent en urgence sur des vaccins candidats.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi le virus Bundibugyo pose des défis différents des épidémies d’Ebola précédentes
- Quelles trois technologies vaccinales sont en développement — et leurs avantages respectifs
- Pourquoi les vaccins seuls ne suffiront pas à enrayer rapidement cette épidémie
Un virus différent, une situation inédite
La RDC connaît sa 17e épidémie d’Ebola depuis 1976. Mais cette fois, le virus en cause n’est pas le Zaïre — celui pour lequel des vaccins et des traitements existent depuis les épidémies précédentes — mais le virus Bundibugyo, une espèce découverte plus récemment, moins mortelle mais totalement dépourvue de vaccin ou de traitement homologué.
Depuis la déclaration d’urgence de santé publique internationale en mai, plus de 900 cas suspects et 200 décès ont été signalés en RDC et en Ouganda. Des modélisations publiées dans le Morbidity and Mortality Weekly Report projettent plus de 20 000 cas dans les trois prochains mois en l’absence d’interventions efficaces. Les experts soupçonnent que l’épidémie a probablement débuté en février — plusieurs mois avant sa détection officielle.
Crédit : NIAID/FlickrTrois vaccins en développement urgent
La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) finance trois vaccins candidats portés par des institutions différentes, chacun reposant sur une technologie distincte.
L’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (IAVI) utilise la technologie rVSV — la même que celle du vaccin zaïrois qui avait montré une efficacité de 95 à 100 % en une seule dose lors des épidémies précédentes. Oxford s’appuie sur sa plateforme ChAdOx1, déjà utilisée pour son vaccin contre la COVID-19 : plus facile à adapter aux nouvelles souches, elle présente l’avantage de ne nécessiter qu’une réfrigération classique plutôt qu’une congélation profonde. Moderna développe un vaccin à ARNm, la technologie réputée pour sa rapidité de production et sa flexibilité de conception. Les trois vaccins seront fabriqués par le Serum Institute of India.
Selon l’OMS, le processus complet — de la conception aux essais cliniques et à l’autorisation d’urgence — pourrait prendre de sept à neuf mois. Lors des précédentes épidémies, la production avait été lancée en parallèle des essais pour accélérer le déploiement.
Les vaccins ne changeront pas la donne immédiatement
Si les vaccins restent l’outil le plus prometteur à moyen terme, les experts sont unanimes sur un point : ils n’inverseront pas le cours de l’épidémie dans les semaines à venir.
La réponse immédiate repose sur les fondamentaux : dépistage et isolement des cas, traçage des contacts, protection du personnel soignant. Ces efforts sont compliqués par le conflit armé dans la région, le manque d’infrastructures de chaîne du froid dans de nombreuses zones rurales et une défiance significative des populations vis-à-vis des intervenants extérieurs.
Pour Anne Rimoin, directrice du département des maladies infectieuses à l’UCLA, le principal défi n’est pas technique — c’est la confiance. Des outils qui n’arrivent pas sur le terrain à temps, ou que les communautés refusent, n’auront aucun impact.


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