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Il s'appelait Henry David Thoreau, et vécu dans le Massachussetts de la première moitié du XIXe siècle, dans un pays déjà malade de maux qui rongent son humanité et qui pourraient se résumer en cette formule : "son amour immodéré du profit est prêt à anéantir le pourtant diablement bien fichu habitat que la nature lui a gentiment offert".
Du grand Catherine Meurisse, une fois encore. ©Modified by DALIM SOFTWARE164 ans après la mort de Thoreau, Catherine Meurisse donne à ce penseur le rôle principal d'une histoire qui, si elle se nourrit de la vie et de l'œuvre de ce pionnier de l'écologie et de la désobéissance civile, prend des libertés pour appuyer la pertinence de son propos.
Un discours plus que jamais actuel et nécessaire. Elle a fait le tri : "En résumé, quand mon personnage dit des choses très belles, c'est du vrai Thoreau, et quand il y a des idioties dans le texte, c'est moi (rire). Je cherche à être au plus près de la pensée de l'auteur, mais je m'en extrais ensuite, car je ne veux pas faire quelque chose de scolaire, qui illustrerait bêtement son texte." Il y a dès lors des blagues, des personnages inventés, des fantômes, des cascades et de la poésie, Meurisse oblige, mais il y a surtout un message qui résonne encore aujourd'hui : "c'est une BD engagée je crois. Si, en terminant ma BD, un lecteur a envie de se plonger dans Thoreau, c'est déjà super, parce que c'est une langue et une écriture magnifiques. C'est assez saisissant d'intelligence : il avait compris, en évoquant ce qu'il appelait la nature, et qu'on nommerait aujourd'hui le vivant, le sentiment très fort que nous faisons partie de ce vivant, notre interdépendance. Tout ça était dans l'œuvre de Thoreau, mais je me l'approprie, et je choisis d'en avoir une approche comique, avec l'envie de créer une communauté d'humains qui seraient sensibles au vivant, et capables de le défendre."
L'art comme un refuge
"Le Marche-Lune" de Simon Spruyt : un grand livre sur les extraterrestres et le sens de nos viesEngagée comme jamais, à sa manière, Catherine Meurisse, rescapée des attentats de Charlie, a vu nombre de ses amis mourir. Elle avait raconté sa reconstruction dans une bande dessinée bouleversante de beauté, La Légèreté. Aujourd'hui, elle tente de réparer ce qui peut l'être dans le vivant qui nous entoure : "Je pense que l'art ne sauve personne, mais permet de transformer un petit peu, de colmater certaines failles. C'est un remède, un refuge, c'est même l'avenir. On peut trouver énormément de ressources dans l'art, comme dans la nature, d'ailleurs. Les deux vont ensemble. J'avais déjà fait ce mouvement avec La Légèreté, mais à l'époque, j'avais eu besoin d'aller voir les arts, la peinture. C'était une quête vers quelque chose d'apaisant, mais qui peut aussi vous bouleverser. Quand j'écrivais La Légèreté, je sentais quelque chose en moi qui bougeait, et qui me disait que je n'étais pas morte avec mes copains. Aujourd'hui, je parle du vivant."
"Le Clan de Walden", Bande dessinée, Catherine Meurisse, Dargaud, 152 pp.
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