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Canada : la fin des experts radar au profit de l’IA inquiète les météorologues

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Le démantèlement de l'équipe de recherche sur les radars d'Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) suscite l'inquiétude des experts en sécurité publique. Cette décision coïncide avec un virage majeur du ministère fédéral vers l'utilisation de l'intelligence artificielle pour les prévisions météorologiques.

Jenny Hagan, chasseuse de tempêtes et spécialiste des phénomènes météorologiques violents dans les Prairies, utilise les données nationales sur le terrain pour informer le public.

Elle affirme que la fin du développement de la technologie radar compliquera sa tâche. Selon elle, les capacités radar actuelles permettent de connaître tout, de la vitesse des vents transportés par ces tempêtes à la taille potentielle des grêlons.

Elle précise que ces données sont vitales pour la sécurité : Cela nous permet en quelque sorte de savoir à quel point nous pouvons nous approcher d'une tempête pour obtenir l'information destinée au public, ou à quelle distance nous devons rester en raison de conditions extrêmement dangereuses.

Mme Hagan indique qu'elle aurait souhaité des investissements plutôt que des coupes : Cela nous freine vraiment beaucoup dans les informations que nous pouvons recueillir sur le terrain, afin d'assurer non seulement notre propre sécurité, mais aussi celle du général public.

ECCC a confirmé par communiqué que des changements ont été apportés à la recherche radar, tout en assurant que l'expertise pour l'entretien du réseau existant sera maintenue. Le ministère a toutefois refusé de commenter les changements de personnel.

La chasseuse de tempêtes et spécialiste des conditions météorologiques extrêmes Jenny Hagan.

La chasseuse de tempêtes et spécialiste des conditions météorologiques extrêmes Jenny Hagan passe ses journées à parcourir les Prairies, à capturer des images de tempêtes violentes et à suivre les tendances météorologiques afin d’assurer la sécurité du public.

Photo : Radio-Canada / Halyna Mihalik

Sur le terrain, le retard technologique est déjà ressenti. Lee Stanley, un agriculteur de Carievale, en Saskatchewan, affirme que les radars canadiens accusent 15 ans de retard sur ceux des États-Unis. Je peux me fier à certaines applications américaines, dit M. Stanley, tout en ajoutant qu'il serait agréable de voir le gouvernement canadien et le gouvernement de la Saskatchewan investir un peu plus dans les prévisions.

Bien qu'il salue la précision des alertes d'ECCC lors de récentes tempêtes, il note les limites de la préparation : C'est bien de savoir ce qui s'en vient, mais on ne peut pas faire grand-chose si on est frappé par des vents de 120 km/h, à part s'assurer que tout ce qui peut être attaché l'est [...] et espérer que le bâtiment ne s'envolera pas.

Le virage vers l'intelligence artificielle

Dès la dernière semaine de mai, le Canada lancera un système hybride de prévision par IA, une première mondiale. Ce modèle combinera la physique traditionnelle et l'IA pour améliorer les prévisions à long terme.

Jean-François Caron, chercheur à l'ECCC, explique que la qualité est meilleure, mais le type de résultats est similaire . Il précise que les humains interpréteront toujours le même type de données, c'est simplement que l'ensemble de données sera plus précis qu'auparavant .

Selon M. Caron, le système apprend le fonctionnement de l'atmosphère à partir de données passées : Lorsque nous lui donnons la météorologie du jour, il peut établir une prévision basée sur cela, tout comme le ferait un modèle basé sur la physique.

Le ministère affirme avoir réalisé une amélioration assez significative en peu de temps.

Une imagerie radar lors de la violente tornade EF4 près de Didsbury, en Alberta, le jour de la fête du Canada 2023, est présentée ci-dessus.

Une imagerie radar lors de la violente tornade EF4 près de Didsbury, en Alberta, le jour de la fête du Canada 2023, est présentée ci-dessus. Ce qui devrait être un signal clair de potentiel tornadique pour les prévisionnistes de phénomènes météorologiques violents est plutôt difficile à interpréter.

Photo : Environnement et changement climatique Canada

Une logique contestée par les experts

Pour David Sills, directeur du Northern Tornadoes Project à l'Université McMaster, cette transition est ambivalente. Bien qu'il admette que le système sera plus rapide pour prédire quand les conditions seront réunies pour des tempêtes tornadiques , il critique la suppression de la recherche radar.

D'un côté, ils augmentent la capacité à suivre les conditions météorologiques violentes ; de l'autre, ils la réduisent. Il est difficile de voir la logique là-dedans, déclare-t-il.

M. Sills souligne que l'IA ne remplace pas le radar pour les risques immédiats au sol. Il cite des études montrant que des tornades sont parfois manquées car la qualité des images radar est si médiocre qu'il est difficile de dire qu'il y a un potentiel de tornade à cet endroit.

Enfin, l'expert s'inquiète de la perte de main-d'œuvre qualifiée. Les ingénieurs et scientifiques radar ne courent pas les rues , prévient-il. Une fois que cette expertise a disparu, c'est pratiquement définitif ; il faut repartir de zéro si l'on veut reconstruire cette équipe.

Une campagne de mobilisation lancée par M. Sills a déjà recueilli près de 10 000 lettres envoyées aux élus pour contester ces coupes.

Avec les informations de Halyna Mihalik

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