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Chapeaux d’un autre temps, coupes de cheveux soignées, costards propres et colorés : les cinq gars de Salebarbes ont peut-être un style sérieux, mais l’attitude, elle, ne l’est pas. Et fort heureusement, les connaissant ! Les joyeux lurons font paraître cette semaine leur quatrième album, Ça veut rien saouère, une ode à leur amitié, toujours aussi brûlante, qui donne envie de danser pour oublier tous les malheurs du monde.
Le doigt d’honneur à la fatalité que mentionnait le collègue Cormier il y a trois ans est toujours d’actualité, plus que jamais. Donald Trump a fait ci ? L’IA va nous voler ça ? Ça brûle en France, en Espagne ? « Au diable », crierait Salebarbes ! Ou plutôt : « Aé ! », cette innocente interjection typiquement madelinienne qui donne son nom au quatrième morceau de la galette. Aux gens qui vivent « pognés par la peur » et qui trouvent « errien d’beau », chantent-ils sur le titre, Salebarbes offre un exutoire : la scène, la musique.
En faisant jouer Ça veut rien saouère dans les écouteurs, on s’imagine déjà se dandiner parmi un public nombreux, fêtard, s’abandonnant au groove, quitte à y laisser le panache.
« On a le droit d’être debout, on a le droit de crier. On a même le droit, s’il le faut, de casser une guitare sur le stage parce qu’à un moment donné, l’électricité, la charge est trop importante ! » s’exclame Éloi Painchaud.
« [Aujourd’hui], il n’y a plus beaucoup de lieux où tu n’es pas bombardé d’opinions », dit Jonathan Painchaud, le frère d’Éloi. « On essaye d’offrir au public [cet endroit] où la fierté est gratuite, puis pas au détriment de la fierté de quelqu’un d’autre. »
Des personnes qui ne s’écroulent pas face à la morosité ambiante, il en existe encore ! « Moi, je sais que faire de la musique avec ces quatre gars là, ça me fait me sentir fondamentalement bien », confie Jean-François Breau. « Quand on monte sur scène et qu’on bâtit un show, c’est ce qu’on veut transmettre aux gens. Puis là, on s’en va sur une tournée qui est pleine jusqu’à l’année prochaine. C’est un signal que les gens ont encore envie de vivre ça. »
Ne jamais s’endormir au volant
Après un peu plus de 200 spectacles dans les trois dernières années dans le cadre de la tournée d’À boire deboutte, la flamme Salebarbes était aussi vivante qu’autrefois, mais le quintette sentait qu’il lui manquait un brin de… nouveauté. En à peu près six mois de studio (au B-12, à Valcourt), de novembre à mai derniers, Ça veut rien saouère naissait.
« Ce disque-là, c’est un espresso bien tassé. C’est un album qui est bien compact, avec 27 minutes de musique, mais qui donne un coup de poing », lance Jean-François Breau.
Dix courtes chansons, dix tranches de vie et autres aventures à la sauce régionale : Salebarbes honore les histoires vécues, mais évite le dangereux piège de la nostalgie. « On a tous eu des carrières avant Salebarbes, puis on sait ce que ça vaut aujourd’hui, ce qu’on est en train de vivre, explique Jean-François Breau. C’est sûr qu’on veut le goûter tout de suite et qu’on apprécie chacun des moments. »
Partager l’archet, du classique au folklore
D’abord envisagé comme un projet de reprise du répertoire cajun, avec un premier album live en 2019, le quintette lançait son premier disque studio en 2021, Gin à l’eau salée. À peine quatre ans après, Salebarbes vivait une consécration à laquelle d’autres pourraient rêver toute leur vie : un spectacle avec un orchestre, et pas n’importe lequel, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).
Dina Gilbert, maître dans l’art d’unir des mondes que tout semblerait opposer, était une fois de plus derrière la baguette pour ces quatre soirs à guichets fermés à la Maison symphonique.
« Un orchestre de 70 musiciens qui ont tous des maîtrises, puis des doctorats, c’est une formule 1 qui est tunée au millième de millimètre, là », dit Jonathan Painchaud. « Mais en même temps, nous, on leur a montré la plus-value de notre approche, puis eux, ils ont eu l’humilité d’honorer ça. Nous autres aussi, à un moment donné, il faut reconnaître le grand talent de ces gens-là, puis les laisser shiner dans ce qu’ils font de mieux. »
« Ça nous faisait du bien aussi de voir qu’il peut y avoir un raffinement, même à travers nos trucs qui sont plus… rustiques, on va dire », ajoute son frère, avec le sourire.
Un spectacle-événement avec l’OSM, un Centre Vidéotron en 2024, la clôture des Francos de Montréal 2025 : rien n’arrête la troupe madelino-acadienne. Son drapeau, semble-t-il, elle voudrait prochainement le planter sur le Vieux Continent.
En juillet dernier, Salebarbes a offert pour la première fois de sa carrière une performance en Europe, plus précisément aux Francofolies de La Rochelle.
Le mot s’est passé après la prestation du groupe, invité initialement pour donner un spectacle dans une petite salle de 300 personnes, et, de fil en aiguille, voilà le quintette sur la scène principale du festival, le 14 juillet (fête nationale !), à jouer entre Gaëtan Roussel (de Louise Attaque) et Mika.
La joie est contagieuse, comme souvent avec Salebarbes : « On s’est sentis comme de la famille. On nous a dit que ça n’arrivait pas souvent, que ce soit aussi spontané et unanime », lance Éloi Painchaud. « Ça a été comme une communion. Puis, je pense que ça va faire des petits. On s’est fait beaucoup d’amis là-bas. Ça fait beaucoup de monde à aimer. »
De La Rochelle à Paris : Salebarbes, bientôt sur une scène française près de chez vous.


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