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Interdits, les camions passent quand même. Dans plusieurs villes du Pays de Meaux, les poids lourds transforment les rues en voie de passage, au grand dam des habitants, démunis.
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Par Laura Bourven Publié le 15 avr. 2026 à 6h06
« Nous subissons devant chez nous un ballet incessant de camions bennes dans les deux sens de circulation. Quand ces camions passent devant chez nous, les murs de notre maison tremblent, alors que nous sommes à environ 20 mètres et en contrebas de la route principale ! » Habitant de Varreddes, Kevin subit quotidiennement le passage des camions en bas de chez lui et déplore notamment un manque de sécurité avec une vitesse excessive et un risque de se faire renverser pour les piétons.
Ce témoignage n’est pas isolé dans le Pays de Meaux. Depuis de nombreuses années, plusieurs communes vivent au rythme des poids lourds qui empruntent des axes secondaires, peu adaptés. Si les camions sont autorisés de circuler sur la route départementale qui traverse Varreddes, ce n’est pas le cas partout dans l’agglomération, et plusieurs villes ont constaté la présence dans ces véhicules malgré leur interdiction de rouler dans certains villages du territoire.
Des camions dans des villes interdites aux poids lourds
Trilbardou en est le parfait exemple. Le maire du village, Romuald Jala, estime même que c’est le sujet qui « pourrit la vie » des habitants. « On a un arrêté qui interdit la traversée. La voirie ne le permet pas et pourtant, on continue de voir des »super poids lourds » ! » Résultat : des maisons, comme celle de Kévin à Varreddes, tremblent, des fissures apparaissent, des candélabres sont arrachés, tout comme des boîtes aux lettres et les panneaux de signalisation.
Frontalier de Trilbardou, le village de Vignely dresse le même triste constat. « Ça fait 4-5 ans qu’on voit une hausse du trafic des camions. Ils sont interdits à Vignely mais nous avons quand même de nombreux passages. Ça dégrade nos routes, crée de la poussière et des vibrations dans les maisons. Sur l’artère principale, il y a un vrai danger pour la sécurité de nos enfants », pointe Franck Calado, nouveau maire de Vignely, engagé dans la vie du village depuis 2014. Les conséquences sont immédiatement visibles. La route départementale, remise en état en 2018, doit déjà subir une réparation. « Des fissures apparaissent. Il va falloir reboucher les trous. »
À une moindre mesure, le village de Poincy est également impacté, notamment en raison de sa proximité avec sa zone d’activités et ses nombreuses entreprises. Pourtant, la partie urbaine du village reste interdite aux poids lourds. Ce qui n’empêche pas certains camions de traverser Poincy. « C’est marginal mais on a quelques cas ! Le D17 sert de contournement », explique Daniel Berthelin, le maire. D’autres camions s’engagent dans la rue Charles-de-Gaulle qui mène directement au pont permettant à la voie ferrée de passer. « C’est limité à 3,70 mètres de hauteur », rappelle le maire de Poincy. Les poids lourds sont donc bloqués et contraints de réaliser des dizaines de manœuvres pour faire demi-tour, sous les fenêtres des habitants.
La faute aux GPS ?
Et ce phénomène se produit à n’importe quel moment, de nuit comme de jour. À Trilbardou, les camions passent très tôt le matin, mais aussi tout au long de la journée, et même entre minuit et 1 h du matin, selon le maire. Il comptabilise en moyenne une vingtaine de poids lourds dans son village chaque jour. De son côté, le maire de Poincy voit 3 à 5 camions par jour.
Mais pourquoi les camions continuent-ils de passer malgré les panneaux et les arrêtés pris par les mairies ? Pour les maires interrogés par La Marne, cette situation est générée par les GPS de type Waze, pas adaptés aux poids lourds. « Ils suivent Waze, plus personne ne regarde les panneaux… » déplore Daniel Berthelin. Contactée par des élus du Pays de Meaux, l’application mobile d’assistant d’aide à la conduite n’a pas répondu.
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L’impact de ces applications GPS se voit aussi directement à Meaux, plus grande ville de l’agglo. En octobre 2025, la mairie a pris un arrêté pour interdire la circulation des plus de 3,5 tonnes sur le Pont Neuf, après l’apparition de fissures. Ici, jusqu’à 800 poids lourds par jour traversaient le pont. Pourtant, dès 2010, un arrêté municipal a aussi interdit le passage des véhicules de plus de 3,5 tonnes en ville, hors desserte locale.
« Ils ont voulu gagner du temps, on va leur en faire perdre »
Alors, de quels moyens disposent les communes pour empêcher les camions de traverser les villes et villages du Pays de Meaux et les inciter à respecter les interdictions mises en place ? Il y en a peu en réalité. À Trilbardou, Vignely, Poincy et même Meaux, la police intercommunale réalise régulièrement des contrôles. Si ce n’est pas suffisant, les maires partent directement à la rencontre des chauffeurs. « De temps en temps, on fait les guetteurs, on les attrape. J’appelle leur employeur », confie Romuald Jala, maire de Trilbardou. Et hors de question pour l’élu de les aider à faire demi-tour et à sortir des petites rues étroites du village. « Ils ont voulu gagner du temps en passant par chez nous, on va leur en faire perdre encore plus que s’ils étaient passés par la RN3 ! Je les laisse se débrouiller. Ils ont voulu jouer, ils ont perdu ! », témoigne l’édile qui veut confronter les chauffeurs « à leur propre bêtise ».
Romuald Jala a de son côté déjà déposé plainte contre X, sans résultat. « J’ai aussi fait changer les panneaux à l’entrée du village l’année dernière. Ils sont plus gros, plus visibles, et malgré ça, les camions continuent de passer… » Il a aussi demandé à la direction des routes d’Île-de-France (DiRIF) d’ajouter des panneaux pour indiquer l’interdiction de traverser Trilbardou pour les poids lourds sur la RN3. « Ça va être fait, les panneaux sont en cours de fabrication. À part ça, je n’ai pas trouvé plus de solutions. Il faudrait faire quoi ? Une manifestation aux quatre coins des entrées du village ? »
Des craintes pour les prochains mois…
Aujourd’hui, les villages du Pays de Meaux se sentent dans une impasse et ont usé tous les moyens légaux possibles pour contrer le trafic des camions. Car, en plus d’être interdit, les poids lourds se mêlent à la circulation des voitures et autres véhicules légers. Dans certains villages de l’agglomération, le trafic est amené à se densifier dans les prochains mois. Après la fermeture du pont de la Marne à Trilbardou qui a entraîné une déviation, les élus et les habitants craignent les conséquences de la fermeture, dès l’été 2026, du pont de la Libération, qui enjambe la Marne, cette fois-ci, à Esbly.
Des travaux sont prévus pendant plusieurs mois avec une fermeture du pont 24 h/24. Si le plan de déviation n’est pas encore connu de manière définitive, les riverains craignent un report du trafic vers Vignely et Trilbardou, notamment. « On a déjà beaucoup de mal à absorber la circulation des véhicules légers, si en plus on a des camions, ça va être n’importe quoi ! » s’offusque Romuald Jala, qui a déjà demandé à la police intercommunale d’assurer une présence, lors des premiers jours des travaux à Esbly, dans son village.
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