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COMMUNAUTÉ. Après avoir connu l’itinérance, Mélanie Daunais habite maintenant dans un logement grâce à une aide financière qui lui permet de payer son loyer. Toutefois, ses fins de mois demeurent précaires. Le programme Travail Alternatif Payé à la Journée (TAPAJ) a cependant un effet positif sur sa vie, autant sur le plan financier que personnel.
«Comme tout le monde le sait, les fins de mois sont rough. Donc, TAPAJ m’aide beaucoup pour ma bouffe et pas mal d’autres petites choses. J’ai une aide financière pour mon logement, grâce au Programme de supplément au loyer [Québec]. Les temps sont durs», explique Mme Daunais, alors qu’elle obtient 54 $ après avoir effectué un plateau de travail de trois heures.
«TAPAJ est aussi bon pour mon estime de soi et la confiance, ajoute-t-elle. Les gens passent à côté de nous autres, ils nous remercient, sont contents et soulignent notre beau travail. Il y en a qui passent en auto et klaxonnent pour nous encourager. Ça fait du bien à l’âme de se faire remercier par monsieur et madame Tout-le-Monde!»
Mercredi en matinée, au parc nautique Sainte-Thérèse, Mme Daunais ramassait, avec d’autres tapajeurs, des déchets sur le sol, sous un temps particulièrement humide.
Mélanie Daunais aime ramasser les déchets dans les parcs pour assurer la sécurité des enfants. (Photo : Tristan Ouimet)C’est par ailleurs sa tâche depuis qu’elle s’est inscrite, cet été, au programme à Drummondville. Pour l’instant, Mélanie Daunais a fait des corvées de nettoyage dans d’autres parcs ainsi qu’à la bibliothèque municipale.
Sourire aux lèvres, la tapajeuse adore effectuer cette tâche.
«La propreté de Drummondville avant tout, affirme-t-elle. On ramasse ce que le monde ne jette pas dans les poubelles. On nettoie les parcs pour les enfants et les familles parce qu’il peut y avoir de la vitre. Les enfants risquent de se blesser si on ne ramasse pas celle-ci.»
«Ça nous tient occupés, continue-t-elle. Il y a beaucoup de déchets. Même quand on n’est pas en train d’être sur des plateaux de travail, on se promène et on réalise que ce n’est pas vraiment propre nulle part. À un tel point que nous sommes souvent repassés à la bibliothèque.»
Lors de notre passage, les tapajeurs se sont rassemblés pour savourer une petite collation et boire de l’eau, le temps d’une petite pause. Des discussions, des sourires et des rires, voilà l’ambiance qui ressort de cette dernière.
Mme Daunais a décrit la situation quotidienne de certains de ses coéquipiers. «Tu as des gens qui sont dans la rue, décrit-elle. TAPAJ les empêche de faire des bêtises pour avoir ce qu’ils veulent à la fin de la journée. Ils peuvent maintenant s’acheter ce qui leur manque. Ils sont contents!»
Mélanie Daunais était accompagnée de d’autres tapajeurs, mercredi, au parc Sainte-Thérèse. (Photo : Tristan Ouimet)TAPAJ à Montréal
À sa grande surprise, Mélanie Daunais a découvert que le programme TAPAJ était offert à Drummondville, elle qui avait déjà participé à celui-ci, à Montréal, il y a 24 ans.
Vivant une situation d’itinérance à ce moment-là, Mme Daunais avait aimé sa première expérience comme tapajeuse. «Comme la ville est plus grosse, on avait plus des tâches à l’intérieur, raconte-t-elle. On devait à peinturer des sous-sols de presbytères.»
Mélanie Daunais a déjà été à la rue à Drummondville, une période de vie assez difficile.
«Je vivais dans une tente à Fortissimo, décrit-elle. Les jeunes du secondaire venaient jeter des briques sur nos tentes. Ils venaient déchirer nos tentes à coups de couteau. Ils disaient : ″Maudits SDF, criss d’itinérants″. Des affaires de même. On ne l’a pas eu facile.»
«On est capable de travailler pour notre argent et l’on reste des êtres humains après tout», continue-t-elle.
Même si TAPAJ n’exige aucun engagement à long terme, Mme Daunais entend continuer d’y participer jusqu’à la fin de la saison estivale.
Catherine Ross, coordonnatrice du programme TAPAJ. (Photo : Tristan Ouimet)Une soixantaine de tapajeurs
Catherine Ross, coordonnatrice du programme TAPAJ, informe que 65 tapajeurs ont donné leur nom et s’alternent au fil des semaines, pour ramasser les déchets à travers la ville.
«On a cinq plateaux de travail présentement [à Drummondville], énumère-t-elle. D’habitude, c’est huit tapajeurs par plateau, donc 40 au total. Mais on va tomber à six avec potentiellement plus de plateaux. Dans l’approche de TAPAJ, il y a aussi le coude à coude, on jase avec les gens et on intervient. À huit tapajeurs, c’est moins évident.»
«La Ville de Drummondville est actuellement la seule partenaire-entreprise, ajoute celle qui souligne les encouragements de la population envers les tapajeurs. J’ai la chance d’avoir accès à quelque chose de super beau, d’avoir accès aux humains en dessous.»
Mme Ross fait savoir que l’initiative favorise avant tout la réinsertion sociale et potentiellement celle sur le marché du travail.
Elle avait par ailleurs que de bons mots pour le groupe de tapajeurs en action au parc Sainte-Thérèse, mercredi.
«J’ai un groupe vaillant et travaillant, dit-elle. Parfois, je dis même à certains de ralentir. On fait parfois des rues. On n’est pas obligé d’en faire 75 aujourd’hui! On fera deux ou trois rues, mais on va bien les faire et l’on n’aura pas besoin de revenir pour ramasser ce qu’il reste.»
«Mais c’est vraiment chacun à son rythme, continue-t-elle. Je m’adapte à tous les tapajeurs. Si quelqu’un a moins dormi, je vais lui donner plus de pauses. On fait aujourd’hui trois heures. On a deux pauses au lieu d’une, comme on est écrasé par la chaleur et l’humidité. Il n’y a pas d’engagement à long terme. Je ne veux pas mettre de pression.»
TAPAJ cet hiver?
Catherine Ross travaillera prochainement sur le dossier pour permettre de continuer le programme TAPAJ, en hiver, à Drummondville.
«En novembre-décembre, on ne va pas ramasser des déchets. C’est quelque chose que je vais commencer à voir tranquillement pas vite. À travers d’autres villes, en hiver, ils font du déneigement dans des cours, par exemple. Pour l’instant, on n’a pas de plan précis.»
«C’est de pouvoir continuer la pérennité du programme TAPAJ, ajoute-t-elle. On aimerait obtenir plus de plateaux pour la suite des choses. Si des entreprises ont des questions sur les plateaux de travail, je peux leur répondre.»
Pour l’instant, Mme Ross souhaite voir continuer les encouragements des citoyens envers les tapajeurs.


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