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«Ça aurait pu être tragique»: soulagement au lendemain du déraillement à Repentigny

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« Le bruit infernal des wagons qui se cognent, la poussière qui se soulève… » C’est ce qui a frappé d’abord Serge Leblanc lorsqu’il est sorti de chez lui. Puis, le vacarme a laissé brusquement place au silence. « Heureusement, il n’y avait rien dans le train », lâche-t-il, visiblement soulagé. Lundi, la poussière retombait lentement dans le secteur Le Gardeur, à Repentigny, dont Le Devoir a rencontré des résidents au lendemain du déraillement d’un train de 45 wagons du Canadien National (CN) tout près de leurs maisons.

L’événement remet à l’avant-plan des questions sur la proximité des chemins de fer et des quartiers résidentiels.

Sommés d’évacuer les lieux en vitesse, plusieurs ont pu retrouver leur domicile quelques heures après l’événement, mais d’autres ont dû passer la nuit ailleurs, ne sachant pas combien de temps le périmètre de sécurité allait être maintenu. C’est le cas de Florian Beaupré, 93 ans, qui dépend d’un respirateur jour et nuit. Sa fille l’a elle-même conduit en lieu sûr avec ses médicaments, à Joliette, peu après avoir appelé le 911. Les services d’urgence n’étaient pas en mesure d’assurer l’évacuation du nonagénaire.

« Elle est où, l’aide ? Mon père aurait dû être dans les premiers évacués », déplore Josée Beaupré, qui l’avait inscrit sur une liste d’évacuation du poste de pompier municipal cinq ans plus tôt. Se disant déçue et en colère, elle dit vouloir déposer une plainte auprès du poste de pompiers.

La femme, en arrêt de travail, a perdu un collègue de travail chez General Dynamics à la suite d’une explosion il y a quelques années. « Ça m’a replongée là-dedans. [La nuit dernière], je circulais dans la rue à 3 h 30, je n’arrivais pas à dormir », explique-t-elle, visiblement ébranlée.

Mme Beaupré se dit reconnaissante qu’aucune explosion n’ait retenti cette fois-ci. « On a été très chanceux, parce que ça aurait pu être tragique », se console-t-elle.

Situation maîtrisée

Le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, juge que le service de police et les pompiers sont intervenus rapidement. Un constat partagé par plusieurs résidents du secteur Le Gardeur, dont fait partie Serge Leblanc, retraité depuis un an et demi. « Vers 17 h, 17 h 30, toute la parade des policiers, des pompiers et du CN défilait dans la rue. Ça s’est bien fait », estime-t-il.

M. Dufour a expliqué lundi que la situation était maintenant maîtrisée alors que des équipes de nettoyage du CN et des grues s’affairaient à concasser les wagons et à les dégager du chemin de fer. « On est dans un secteur qui est en ligne droite. Normalement, ce n’est pas accidentogène et propice aux déraillements, a fait valoir le maire. On s’explique mal comment c’est arrivé, surtout que c’est dans un secteur où ils viennent de faire des réparations pas plus tard qu’il y a deux semaines. »

« Pour avoir rencontré les citoyens habitant dans le secteur du déraillement, il y avait beaucoup d’inquiétudes, mais surtout du soulagement de voir qu’il n’y avait pas eu de problématiques outre mesure, pas de blessés », a-t-il poursuivi.

La cause du déraillement fait toujours l’objet d’une enquête de la part du CN, qui a déployé ses équipes sur les lieux. L’entreprise a confirmé que 45 wagons du convoi avaient déraillé et qu’aucune fuite, aucun incendie, ni aucun blessé n’avait été signalé. « Trois wagons ayant précédemment transporté du diesel étaient impliqués dans le déraillement, mais ils n’étaient pas chargés au moment de l’événement », a précisé le CN dans un courriel. « Aucun wagon transportant des marchandises dangereuses n’a été impliqué et l’évacuation préventive ordonnée par la Ville a été levée. » L’entreprise a présenté ses excuses pour les « inconvénients occasionnés par cet incident ».

De son côté, le Bureau de la sécurité des transports du Canada a dépêché une équipe d’enquêteurs sur les lieux dès dimanche.

« À leurs risques et périls »

Les rails sur lesquels circulait le convoi qui a déraillé dimanche se trouvent en plein cœur d’un quartier résidentiel construit dans les années 1970 et 1980, selon le maire Dufour. Devrait-on revoir les normes concernant les distances à respecter entre les habitations et les chemins de fer ?

« Des rails près des résidences, ce n’est pas unique. Il y a plein de villes au Québec où les quartiers ont été construits au bord des voies ferrées », indique Jacques Roy, professeur émérite au Département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal. « Si les gens s’installent près des rails, c’est un peu à leurs risques et périls. Les rails étaient là bien avant. »

En 2024, le gouvernement du Québec avait revu les règles en matière d’aménagement afin d’interdire la construction de projets résidentiels à moins de 300 mètres des voies ferrées. Il avait toutefois reculé à la suite de critique d’élus municipaux craignant que ces normes freinent le développement immobilier et fassent baisser la valeur des propriétés situées à proximité des rails.

L’an dernier, Québec a fait passer de 300 à 30 mètres les restrictions pour les voies ferrées, et de 1000 à 300 mètres les distances à respecter pour les gares de triage.

« Peut-être que Québec avait raison, souligne M. Roy. C’est comme les aéroports qui s’installent loin des résidences, mais après, il faut empêcher les gens de s’installer à côté. »

Le déraillement survenu à Repentigny n’a pas eu de conséquences tragiques comme celui survenu à Lac-Mégantic il y a 13 ans. Reste qu’au-delà des risques, qui peuvent être importants, les trains seront toujours une nuisance, qu’il s’agisse du bruit ou des vibrations, fait remarquer Jacques Roy.

La première ministre Christine Fréchette a évoqué l’idée d’une voie de contournement pour Repentigny, comme celle planifiée à Lac-Mégantic. « Est-ce qu’une telle alternative en termes de trajet doit être considérée ? On va laisser les enquêtes se faire, mais toujours est-il que ça reste une possibilité, et si c’est ce qui est recommandé, il faudra aller de l’avant », a-t-elle dit, selon Radio-Canada.

Avec Jeanne Corriveau

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