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« C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien s’annonce déjà comme le phénomène de cette rentrée littéraire

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Culture 16/08/2026 13:00 Actualisé le 16/08/2026 13:06

Après avoir secoué le Canada, le roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne paraît chez nous, aux éditions Grasset.

« C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien parait en ce mois d’août, aux éditions Grasset.

Le HuffPost

« C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien parait en ce mois d’août, aux éditions Grasset.

Amélie Nothomb, Philippe Jaenada, mais aussi Aurélien Bellanger et l’Américaine Laura Kasischke sont de retour en librairie. Ils sont loin d’être les seuls. En cette rentrée littéraire, 461 romans doivent être publiés. L’un d’eux s’annonce déjà comme un phénomène : C’était ça ou mourir, qui parait ce mercredi 19 août, aux éditions Grasset.

Parmi les plus attendus depuis son succès au Canada, le premier livre de Thélyson Orélien est un événement. Son histoire, c’est celle d’un certain Jonas Dorléon, un prof d’histoire-géo de Port-au-Prince, à Haïti. Un matin, celui-ci se lève, entend un premier « POW ». Cette fois, c’est décidé : il va fuir la terreur, la violence, le chaos des gangs.

Équipé de son seul sac plastique Carrefour (à l’intérieur duquel il a rangé un slip, une photo de sa mère, son diplôme et un recueil de poésie), ce dernier espère rejoindre le Québec, où l’attend une cousine éloignée. Le chemin n’est pas gagné, et va s’avérer plus dangereux, tragique et hostile à chaque étape, chaque frontière.

À cheval entre la République dominicaine, le Mexique, le Brésil, mais aussi l’Amérique de Trump, la jungle, la neige, un autobus surchauffé et une interface en ligne digne du « futur de l’inhumanité », son exode est parsemé d’humiliations. Il évolue au gré des visages et des rencontres, nous plongeant dans la psyché du héros.

Haletant et déchirant

Son épopée au titre équivoque est haletante. Déchirante, surtout. Un jour, se rappelle Jonas, un père et sa fille « ont dû traverser une rivière. Pas très large, mais profonde, et surtout vicieuse. […] L’homme a glissé. La gamine aussi. […] On a réussi à repêcher le père. Mais pas la fille. Après, il ne parlait plus. »

Lui n’élude rien de la dureté du périple, non sans sarcasme. « Un après-midi, un touriste canadien m’a demandé combien je gagnais par jour, raconte-t-il. J’ai répondu : “Depende del clima y del racismo.” (Ça dépend de la météo et du racisme.) Il a ri. Il m’a laissé dix pesos. Son rire était plus lourd que sa pièce. »

Vous l’avez compris, l’écriture est précise, imagée. Elle porte un texte ancré dans le réel sur l’accueil à géométrie variable des migrants. Des États-Unis, il dit par exemple : « Ce pays, il t’accueille avec des barbelés, des hélicoptères et des chiens. […] Ce pays qui avait choisi un président capable de désigner Haïti comme un “shithole country”. »

Pas un roman autobiographique, mais…

C’était ça ou mourir n’est pas autobiographique, mais reste marqué par l’histoire personnelle de son auteur. Thélyson Orélien, qui dit avoir documenté son récit de témoignages pour sortir le lecteur du questionnement et l’amener dans la compréhension, vient lui-même de Haïti, pays qu’il a quitté après le séisme de 2010.

Originaire d’une famille protestante de classe moyenne, il y est né en 1988. Son père l’a nourri de livres, dont ceux d’Homère. Sa mère, elle, l’a encouragé à écrire, la poésie notamment. Après des études à Port-au-Prince, il a poursuivi son chemin à Montréal. Là-bas, il y a découvert une diaspora haïtienne. Des rencontres sont nées. Des réflexions, aussi.

Ses questionnements liés à l’exile ont pris une place grandissante au fil de ses années à l’étranger, puis dans ses premiers écrits (des poèmes principalement). Ce n’est qu’en 2017 que les prémices d’un roman sont apparues. L’idée a surgi après un voyage en Floride, en découvrant de ses propres yeux la politique de l’ICE, la police anti-immigration.

« J’ai vu quelqu’un abandonner sa voiture au milieu de la route et s’enfuir, a-t-il déclaré au New York Times, au mois de mai. J’ai trouvé ça étrange. Après tout, nous sommes aux États-Unis, ce pays qui nous disait autrefois que nous devions être une démocratie et qui donnait des leçons aux pays pauvres. Pourquoi ? Pourquoi cela se passait-il ? »

« Mettre un nom »

En lui, une urgence a sonné. Celle de vouloir « mettre un nom sur ce qu’on entend tous les jours à la télévision, de rappeler aux gens qu’il y a des humains derrière les nouvelles et les chiffres, souffle-t-il dans une autre interview, cette fois au Devoir. Il y a des choses qui doivent être écrites, car le devoir d’écriture est avant tout un devoir de mémoire. »

Il rappelle : « Les migrants ne vivent pas seulement un déplacement géographique. Ils sont aussi exilés de leur enfance, de leur langue, de leur corps, de leur innocence. Ils ne quittent pas seulement un lieu, mais une version d’eux-mêmes. » Ces mots forts rejoignent ceux de Jonas Dorléon, son protagoniste. Nouvel extrait :

«  Tu sais pourquoi je voudrai mourir avant toi ?
J’ai fait non de la tête. Il a dit :
Parce que si je meurs avant… au moins, toi, tu pourras le raconter. […]
Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir - on l’avait tous déjà apprivoisée - c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. »

L’emballement international

À peine a-t-il été soumis aux Éditions du Boréale, que son manuscrit a suscité un fort, très fort intérêt au Québec, et ailleurs. Grasset a acquis les droits pour l’Europe avant sa parution en mars, suivie de 13 autres éditeurs dans le reste du monde, comme au Brésil, au Canada ou aux États-Unis, où le roman doit être traduit en anglais d’ici 2028.

Jamais dans l’histoire de cette maison indépendante fondée en 1963 par des historiens « un livre n’aura fait l’objet d’un intérêt précoce aussi marqué et soudain à l’étranger », s’est-elle emballée dans La Presse. De quoi surprendre son auteur, même si maintenant, dit-il, il se sent « beaucoup plus serein car les gens le lisent vraiment ».

À Montréal et ses alentours, les retours ont été unanimes. Chez nous, ça commence : « J’ai lu ce roman d’une traite, hors d’haleine. Un texte puissant. Un baume autant qu’une claque. » L’auteur de ses mots : Gaël Faye, dans un communiqué de presse. Depuis sa parution en 2016, Petit Pays, son best-seller, s’est écoulé à 1,5 million d’exemplaires. Un soutien annonciateur ?

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