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Ce moment de l’année où les matins ont rafraîchi, où le soleil commence à décliner plus tôt, et où les érables rouges se colorent toujours avant les autres marque la fin des vacances. La rentrée scolaire, c’est un point d’orgue qui annonce le retour de la routine pour tout le monde, pas seulement pour les parents d’élèves et le personnel éducatif. C’est toute la société qui reprend le rythme du boulot, des semaines de cinq jours et du 9 à 5.
J’ai toujours adoré la rentrée. Enfant, je contemplais la blancheur immaculée de mes nouvelles gommes à effacer. Je prenais grand soin d’écrire le nom des matières sur mes cartables, qui sentaient le plastique neuf. En tant que mère, j’appréciais cette soirée où j’étalais tout le matériel de mes enfants sur le tapis du salon. Je mettais ensuite un film que je connaissais par cœur, comme ceux de la trilogie Star Wars, et j’inscrivais leurs noms sur tous les crayons, les cahiers, les règles, etc. L’opération durait assez longtemps. Pour ceux qui ont la référence, je finissais rarement avant l’arrivée de Lando Calrissian dans L’empire contre-attaque.
Ainsi, cette semaine, c’est le grand retour en classe. Il y a fort à parier que, dans notre étrange système scolaire à trois vitesses, certains élèves entament leur année dans des conditions optimales, tandis que d’autres se retrouvent dans des milieux scolaires qui manquent de tout. Cette forme de ségrégation scolaire est très bien expliquée par le mouvement École ensemble, qui tente depuis longtemps de changer ce système d’éducation, le plus inégalitaire au pays. Le mouvement propose plusieurs pistes de solution et je trouve important de lui donner un peu de lumière dans cette chronique.
La réussite scolaire — ou le décrochage scolaire — est plus qu’une statistique sociologique qui permet de mesurer le niveau de diplomation d’une société. C’est le reflet de la place que l’éducation occupe dans nos préoccupations collectives. En 2025, 24 % des élèves fréquentant les écoles publiques, dans un parcours dit « régulier », ont quitté l’école sans avoir obtenu leur diplôme.
On parle donc de près d’un élève sur quatre empruntant la voie courante qui ne parvient pas à terminer son secondaire. Ces élèves qui n’ont pas réussi à trouver les outils, la motivation ou le cadre pour s’épanouir à l’école seront les adultes de demain. Bien qu’il soit possible de gagner sa vie dans des emplois qui n’exigent pas de diplôme, c’est tout de même assez handicapant dans la vie. Ça restreint de manière sévère le champ des possibles pour ces jeunes.
Si l’on souhaite faire du Québec une société, ou même un pays, prospère et en santé, le nerf de la guerre réside dans l’éducation. Trop souvent perçue comme une dépense, et non un investissement, l’éducation a perdu des plumes au fil des ans. Cela a entraîné un système public-privé qui augmente sans cesse les inégalités.
Je sais, pour avoir rencontré des dizaines d’intervenants du système scolaire public, que ces gens ont à cœur la réussite de tous leurs élèves. Mais la volonté politique n’est pas toujours au rendez-vous. J’ai vu des écoles publiques déployer des trésors d’inventivité pour essayer de rendre leur milieu stimulant. Cependant, quand les murs tombent en ruine, quand les enseignants tombent en surmenage, quand les demandes d’aide tombent dans les craques de la bureaucratie des centres de services scolaires, la chute devient de plus en plus inévitable.
Comment le citoyen lambda peut-il ralentir cette chute ? Je crois qu’il faut former un filet plus solide autour de l’éducation. Il faut s’impliquer comme on peut. Participer aux conseils d’établissement, faire du bénévolat à la bibliothèque de l’école, accompagner les élèves lors des sorties. Il faut aussi soutenir moralement les membres du corps enseignant. Nos enfants doivent savoir que l’école est une petite société dont les règles existent pour le bien de tous. Renforcer le respect de ces règles à la maison est très important. J’appelle ça « être du bord de l’école ». Même si j’ai croisé des professeurs que je trouvais un peu moins adéquats avec mes enfants, j’ai toujours dit que, dans la classe, les consignes de l’enseignant sont aussi importantes que les directives d’un capitaine de bateau. Il faut les écouter si l’on veut arriver à bon port.
Et pour ce qui est des citoyens qui n’ont pas d’enfants dans le système scolaire, mais qui croient que notre société peut faire beaucoup mieux en matière d’éducation, je les encourage à s’exprimer durant la prochaine campagne électorale pour que les partis entendent leurs préoccupations.
Il est vraiment urgent que le Québec redevienne fou de ses enfants. Plus de 30 ans après la publication de Camil Bouchard et près de 60 ans depuis le rapport Parent, le Québec doit prendre à bras-le-corps les ratés en éducation et redresser ou améliorer tout ce qui peut l’être dans les plus brefs délais. De la formation des enseignants jusqu’à l’ouverture de programmes particuliers sans frais ni sélection, tout le système a besoin d’amour, d’argent et de bonne volonté.
En attendant, il serait bien de voir les personnalités publiques qui ont une tribune encourager tous les enseignements, même les bricolages de maternelle. Car au-delà de l’expression de la créativité et du bien que cela fait à plusieurs enfants, l’apprentissage de la motricité fine fait aussi partie des éléments nécessaires pour les futurs architectes et chirurgiens, pas juste pour les artistes visuels. Vive les cours d’art plastique, de français, de mathématiques et tout le reste, pour nourrir les petits cerveaux des adultes de demain. Bonne rentrée.


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