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On se voit encore vendredi soir, en train de mettre le point final à notre article intitulé "Remco Evenepoel face à un double défi XXL". On espérait que ça tienne, que le Brabançon ne craque pas sur la pente très raide de l'inédit col du Haag (11,2 km à 7,3 % de moyenne) samedi face à de purs grimpeurs ni le lendemain dans l'ascension hors catégorie vers le plateau de Solaison (11,3 km à 9 %).
Crime de lèse-majesté, on avait presque oublié que le garçon se chauffe du bois des champions et qu'il se sert de ses coups durs pour revenir plus fort. Qu'il a un orgueil qui en fait un être à part, qu'il met tout en œuvre pour atteindre ses buts. Il voulait gagner un grand tour ? Il l'a fait en 2022 à la Vuelta. Il tenait absolument à devenir champion du monde ? Il y est parvenu l'année d'après. Et que dire de son doublé olympique il y a deux ans à Paris ?
Quand il a annoncé au printemps dernier qu'il ne ferait ni le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, ni le Tour de Suisse en juin, on se demandait s'il était sûr de son coup. Cela voulait dire qu'il ne ferait pas de course entre Liège-Bastogne-Liège et le grand départ de Barcelone. Soit plus de deux mois. Des voix s'étaient élevées pour assurer qu'il effectuait un mauvais choix.
Remco Evenepoel n'en revenait pas. ©AFP or licensorsUne nouvelle fois, le surdoué au mental d'acier, a tout balayé par une réponse aussi cinglante que convaincante. Avec les jambes et la tête. "Remco fait partie de ces gars qui ne sont pas comme tout le monde, nous a-t-on glissé dans son entourage. Il est capable de sacrifices incroyables."
Il l'a confirmé en s'astreignant un entraînement stakhanoviste durant trois semaines en altitude et en perdant quatre kilos depuis la Doyenne. "Je suis prêt", avait-il assuré à la veille du départ de Barcelone. "Ne vous inquiétez pas pour lui", nous avait encore affirmé Klaas Lodewyck, l'un de ses directeurs sportifs, avant que le Tour prenne son envol.
On avait eu un premier indice de sa bonne forme lors de l'étape qui s'achevait à Gavarnie-Gèdre. Il avait, en effet, accompagné les meilleurs dans l'ascension du Tourmalet, ce col dans lequel il avait perdu pied durant la Vuelta 2023 avant d'abandonner l'an dernier. Samedi, il a souffert dans la partie la plus raide du col du Haag "mais je suis monté à mon rythme, sans me mettre dans le rouge" et il profita du replat final vers Le Markstein pour limiter la casse et préserver sa troisième place au classement général. Or c'était la journée que redoutait le plus le staff des Red Bull-BORA-hansgrohe parce que "ça monte et ça descend tout le temps et ça demandera des variations incessantes de tempo".
Mais ce dimanche, le triple champion du monde de l'effort en solitaire ne pourrait pas compter sur un replat après avoir atteint le sommet du dernier col du jour. Et alors ? Parfait dans sa gestion des événements, s'appuyant sur des jambes qui tournent mieux que jamais, il a été le seul en mesure de suivre le duo Pogacar-Del Toro dans la longue montée finale. Mieux : il a répondu aux deux accélérations du Mexicain, avant de battre ses deux adversaires au sprint.
Cette victoire prouve que j'ai eu raison de ne pas faire de compétition pendant deux mois.
"C'est juste incroyable. Si on m'avait dit, avant le Tour, que je battrais l'un des meilleurs coureurs de tous les temps, peut-être le meilleur, dans une étape de montagne, je ne l'aurais jamais cru, dit-il les yeux pétillants de bonheur. Quand Pogacar est là, il est presque impossible de le battre et j'y suis parvenu. C'est dingue ! Pour moi, grimper un col n'est pas quelque chose de naturel. J'ai travaillé tellement dur pour m'améliorer. Cette victoire prouve que j'avais raison de ne pas faire de compétition pendant deux mois. J'ai passé mon temps à faire des longs efforts intenses en montagne. Je suis fier de moi."
Au plateau de Solaison, Evenepoel aura, donc, remporté sa 3e étape sur le Tour, mais sa première en ligne. "C'est difficile de comparer ce succès à des titres mondiaux ou olympiques, mais en termes d'étape, c'est sans aucun doute la plus belle", estime-t-il.
Au pied du bus de l'équipe austro-allemande, Zak Dempster, le manager de la performance, révéla qu'Evenepoel connaissait cette ascension sur le bout des doigts pour l'avoir reconnue à six reprises. "Peu de temps avant le Tour, je suis venu en stage à Combloux, à 40 kilomètres d'ici. Donc, j'ai fait des efforts très intenses dans les passages les plus raides de la montée. Ça m'a donné confiance pour aujourd'hui, mais je ne m'y attendais quand même pas."
Le voilà désormais deuxième du Tour de France, à 5:00 de Pogacar, mais avec près d'une minute d'avance (0:58 exactement) sur le troisième, Isaac Del Toro.
Avec la perspective du chrono de mardi (26,1 km), notre compatriote peut espérer augmenter son avance sur ses poursuivants au classement général. "Maintenant, j'ai un jour pour me reposer et pour bien réaliser ce que j'ai accompli ce dimanche." C'est-à-dire un exploit XXL qui renforce encore un peu la place qu'il occupe dans le cyclisme mondial.
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